Les Recettes Du Bonheur (The Hundred Foot Journey) Richard C. Morais, 2011

Les Recettes Du Bonheur (The Hundred Foot Journey) Richard C. Morais, 2011

The Hundred Foot Journey
The Hundred Foot Journey

Lectures indiennes 2/3.  C’est le second livre (en anglais) que j’ai dévoré lors de nos vacances en Inde l’hiver dernier. Un livre également tiré de la bibliothèque de mon beau-frère (qui adore cuisiner – décidément, ses livres lui ressemblent!), et que j’ai choisi car j’étais curieuse de comparer le livre et le film. J’avais vu le film éponyme à la fin de l’année dernière, et il m’avait beaucoup plu!  

Il est intéressant de noter que la traduction française ne semble avoir été publiée qu’après la sortie du film en 2014. Avant ça, il n’existait que la version québécoise, dont le titre est une traduction littérale du titre anglais: Le Voyage De Cent Pas.

D’ailleurs on perd beaucoup dans la traduction française du titre, qui élimine toute notion de rencontre culturelle (ce qui est quand même le coeur de ce livre, d’après moi) pour ne garder que l’aspect culinaire de cette belle aventure. Ci-dessous, quelques exemples de couvertures dans différentes langues:


L’histoire: C’est l’histoire d’Hassan, un jeune chef indien dont la famille, musulmane, a du fuir l’Inde à cause des persécussions contre les musulmans. La famille d’Hassan va d’abord s’établir au Royaume-Uni, où de la famille les accueille. Lors de cette étape britanique, Hassan et son père vont être confrontés aux différences de goûts culinaires entre l’Inde et la Grande-Bretagne. Mais ça tourne court à cause d’une cousine « délurée » (comprendre « née au Royaume-Uni et donc moins Sainte-Nitouche que si elle était née en Inde) qui fait du gringe à Hassan.

Toute la famille embarque donc pour le continent pour un périple culinaire à travers l’Europe. La famille finit par s’établir en France, dans le bien nommé village de Lumière (un peu cliché, mais souvenons-nous que le livre a été écrit par un anglophone, et ce nom doit sonner « romantique » pour eux). Le papa d’Hassan craque pour un vieux domaine en vente et l’achète pour y ouvrir la Maison Mumbai, le premier restaurant indien que le village (et même ma région) ait jamais eu.

Le hic, c’est que juste de l’autre côté de la rue, à exactement cent pieds de distance (soit 30,48 mètres), se trouve le Saule Pleureur, un restaurant étoilé tenu par Gertrude Mallory. C’est le début d’une guerre sans merci entre les restaurants français et indien. Le Saule Pleureur est tout en grâce, délicatesse et voix feutrées. De l’autre côté de la rue, les hits Bollywood dispensés par des hauts parleurs et les effluves des épices envahissent Maison Mumbai. Bref, c’est le clash des cultures.

Banière du film en anglais - quand une rue sépare deux mondes
Banière du film en anglais – quand une rue sépare deux mondes

Hassan va faire la connaissance de Marguerite, qui se trouve être sous-chef au Saule Pleureur, et qui l’initiera à la cuisine française en lui prêtant ses livres de cuisine. Cette petite guerre continue jusqu’au jour où, dans sa fureur, Mme Mallory provoque un accident lors duquel les mains d’Hassan seront brûlées. S’en suit une remise en question de la Grande Dame de la cuisine française, et une réconciliation. Les « cent pas » ont finalement été franchis, et Hassan commence un apprentissage de la cuisine française qui lui vaudra une étoile au Michelin.

Au Saule Pleureur
Au Saule Pleureur

La dernière partie du livre concerne la vie d’Hassan à Paris, où il part faire carrière. Il finira par ouvrir son propre restaurant avec sa soeur, et connaitra enfin l’amour avec une jeune chef qu’il avait connue chez Mme Mallory. Leurs aspirations professionelles personelles les avaient alors conduits à mettre fin à leur romance, Hassan ayant décidé de partir pour Paris.


Mon avis: On en apprend tellement dans ce livre, c’est fascinant! L’auteur a fait un travail de recherche très poussé non seulement sur les cuisines indienne et française, lais aussi sur les réalités politiques et culturelles de ces deux pays. La première partie du livre se passe intégralement en Inde, et on suit les tribulations du grand-père d’Hassan, pauvre villageois musulman, qui vient tenter sa chance à Mumbai, la capitale économique du pays. On va suivre le développement de la ville, en parallèle du business de la famille d’Hassan, jusqu’aux évènement tragiques qui pousseront la famille d’Hassan à émigrer. indian food Les recettes sont finement décrites et vous mettent l’eau à la bouche, que ce soit les plat indiens ou français. L’auteur sait de quoi il parle, manifestement. Le monde de la haute cuisine est bien décrit, avec un personnage secondaire qui n’est pas sans rappeler Bernard Loiseau. Enfin, on est en France, et les droits qui protègent les employés sont sont décriés dans le cas d’un salarié qui s’arrange pour en faire le moins possible, mais qu’il est impossible de virer. Le thème du racisme est aussi abordé.

L’histoire se tient plus ou moins, les personnages sont hauts en couleurs et intéressants, et le livre bien écrit. Seule la dernière partie sur la vie d’Hassan en grand chef restaurateur parisien m’a semblée un peu longue et superflue. Dans l’ensemble, une réussite!


Film Le film: C’était mon point de départ. Bien sur des raccourcis ont été faits, mais l’essence du livre est là. Toute la première partie sur le grand-père d’Hassan est éclipsée, seul le drame qui a fait fuir la famille est évoqué.

Le périple à travers l’Europe est aussi raccourcit pour ne devenir qu’une recherche d’un endroit où ouvrir un restaurant en France.

Au niveau de l’intrigue principale, Hassan va convaincre Mme Mallory de son talent de cuisinier en lui préparant une omelette, alors que dans le livre c’est elle qui goût l’un de ses plats et se rend compte qu’il a un don. Il y a aussi  un petit rebondissement avec Marguerite, la sous-chef de Mme Mallory dont Hassan est amoureux. Elle est jalouse du fait qu’il ait réussi à se faire embaucher, et se montre très compétitive. Dans le livre, c’est l’autre sous-chef, Jean-Pierre, qui est jaloux.

Enfin,  la dernière partie qui m’avait déjà semblée longue dans le livre a été considérablement raccourcie : Hassan monte à Paris, s’essaie à la cuisine moléculaire, devient un chef hyper tendance mais sombre dans l’alcool et la dépression. Un soir, il hume le délicat fumet d’un met indien, et cela lui rappelle la cuisine authentique qu’il goûtait tant. Il quitte tout et rentre à Lumière, où il s’associe avec Marguerite à la tête du saule Pleureur. Exit l’amitié avec un restaurateur de la vieille école qui se suicide, l’ouverture de son propre restaurant, etc… En lisant le livre, j’ai compris le pourquoi de cette partie dans le film. Elle m’avait déjà semblée « rajoutée », mais en voyant la longueur dans le livre, on ne peut tout de même pas faire l’impasse dessus.

J’ai apprécié le jeu des acteurs, dont certains sont d’ailleurs des valeurs sures du cinéma Hollyodien et Bollywoodien. Les jeunes recrues se débrouillent très bien aussi. Helen Mirren est Madame Mallory (j’ai regretté que ce ne soit pas une française, mais j’imagine qu’on ne peut pas trop en demander car ce n’est pas un film français), le fabuleux Om Puri interprète le père d’Hassan, Hassan lui-même est incarné par le savoureux Manish Dayal (excusez le jeu de mots, mais vraiment, il est délicieux!), enfin, la pétillante Charlotte Lebon donne vie à Marguerite.

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9 réflexions sur “Les Recettes Du Bonheur (The Hundred Foot Journey) Richard C. Morais, 2011

  1. J’aime bien tes illustrations d’articles où tu mets les différentes couvertures de chaque pays du même livres ! Moi qui adore les langues étrangères, je trouve ça super 😉 j’avais entendu parler du film mais je ne m’y étais pas arrêtée plus que ça. Mais pour le coup maintenant ça m’intrigue bien plus.

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    1. Effectivement, je trouve que c’est super interessant de voir de quelle maniere le titre du livre a ete traduit, et comment l’ouvrage est illustre. Ca donne une autre dimension au bouquin. Le film est un bon divertissement, avec quelques bonnes surprises. Ca ne laisse pas un souvenir imperissable, mais c’est bien mene et on passe un bon moment. Par contre le livre est vraiment super, je te le recommande.

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    1. Ca c’est un super compliment! J’ai bien fait mon boulot, alors 🙂
      En ce qui concerne les différentes convertures, non seulement l’illustration en dit beaucoup sur l’interprétation du livre, mais aussi la traduction. Dans beaucoup de langues, la notion de courte distance à traverser pour arriver à se comprendre est gardée… pas en français (Les recettes du bonheur, ça sonne un peu cul-cul quand même), ni en allemand d’ailleurs, où l’on se retrouve avec « Mme Mallory et le petit chef indien ». Un angle tout à fait différent.
      Si tu as l’occason de lire le livre ou de voir le livre, n’hésite pas à me dire ce que tu en as pensé.

      Aimé par 1 personne

  2. Je ne serai pas très originale en te disant que j’adore ton idée de mettre la couverture du livre dans différents pays comme tu le dis le titre et le choix de la couverture en dit beaucoup sur l’image que l’on veut donner au roman.
    La sortie du film, il y a quelques moi en France m’est passée complètement à coté, j’ai vu les affiches mais il ne m’a pas intéressé. Ton article me fait changer d’avis d’une part car j’ai un challenge en cours sur la littérature indienne et d’autre part car j’adore qu’un livre me fasse voyager en m’apportant un morceau de culture d’un pays étranger.

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    1. Effectivement, je trouve que l’affiche du film fait cul-cul, elle le déssert un peu. je suis allée le voir entre copines, on voulait voir un film pour se détendre et on a été agréablement surprises!
      Pour ce qui est de ton challenge indien, il est à noter que ce livre a été écrit par un américain, et qu’il se passe (principalement) en France. Mais ça doit quand même rentrer dans cette catégorie. sinon je te conseille les titres d’Amitav Gosh, que je trouve être une valeur sure de la littérature indienne (j’ai lu La Trilogie de l’Ibis, dont le tome 3 devrait sortir très bientôt).

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