A Company Of Swans, Eva Ibbotson (1985)

A Company Of Swans, Eva Ibbotson (1985)

a-company-of-swans-eva-ibbotsonEncore une romance, cette fois destinée à un public jeune adulte, récupérée au pif chez cette dame anglaise épurant sa bibliothèque. J’ai choisi ce livre parce qu’il parlait de danse et du Lac Des Cygnes, et que la photo de couverture me plaisait bien.

Je ne me suis pas loupée, j’ai adoré et passé un super bon moment! Une incroyable découverte!


Résumé et avis en bref: 1912, Cambridge. Harriet est la fille unique du professeur Morton, un éminent professeur de littérature. Eminent et surtout très traditionnel et près de ses sous. Harriett vit une vie sans joie, dont elle s’évade par la lecture et la danse classique.

Un jour, on lui propose d’intégrer une troupe de ballet russe qui part en tournée dans l’Amazone. Le professeur Morton désapprouve, et Harriet s’échappe pour rejoindre la troupe. En arrivant à Manaus, elle va rencontrer le charmant Romain Verney, qui traîne ses propres casseroles émotionnelles. Entre ces deux là, l’étincelle devient vite feu de joie, malgré quelques incompréhensions et contretemps.

Une jolie romance jeune adulte, qui explore le monde académique et ses règles strictes et absurdes, le monde du ballet russe, et l’aventure en Amazonie. L’écriture d’Eva Ibottson est tout simplement délicieuse, raffinée et documentée. Une très belle découverte. Je suis sous le charme!manaus


Les illustrations: Il semble que ce roman n’existe qu’en anglais. On pourrait traduire le titre en français par La compagnie Des Cygnes.

Par contre, j’ai trouvé pléthore d’illustrations! La plupart se réfèrent à la danse, sauf l’illustration en haut à droite, qui montre un enfant dans un jardin (référence soit au petit Henry, qu’Harriet rencontre dans un labyrinthe végétal en train de lire, soit à Romain lorsqu’il était jeune, passionné de botanique).

Mon édition montre le portrait d’une jeune fille, les cheveux relevés en chignon – donc la référence à la danse est vraiment très, très subtile.

Ma couverture préférée, curieusement, est celle qui ne comporte pas d’image, mais juste le titre dans une belle calligraphie (en bas au milieu). On ressent le faste et l’opulence de cette époque dorée à travers la calligraphie et la richesse du fond choisi.


Mon avis:

Le style: Quelle bonne surprise que ce roman!! J’ai adoré! Ce n’est pas tant l’histoire, dont les coïncidences sont parfois faciles, que le style d’écriture, qui font que j’ai été transportée et charmée.

Eva Ibbotson écrit de manière magistrale. Elle emploie de beaux mots (j’adore ça!), décrit dans le détail de manière enjouée, lyrique, parfois comique, et elle a de toute évidence fait des recherches poussées sur les sujets dont elle traite.

C’est un roman qui est bien écrit, et cela mérite d’être souligné. J’ai lu quelques critiques reprochant à Ibboston de faire étalage de sa culture et de son vocabulaire, et en étant irrités au plus haut point. Au contraire, cela m’a enchantée. J’ai découvert une auteure qui a à coeur de faire chanter les mots et qui s’est très bien renseignée sur les sujets qu’elle aborde.

persephonePar exemple, Harriet a étudié les classiques grecs et latins, et ses discussions avec Romain sont émaillées de références à la mythologie et la littérature, comme le mythe de Perséphone. Autre exemple: les termes techniques employés lors de dissections d’animaux par le zoologiste Edward, ou les noms scientifiques des insectes qu’il étudie. Romain, botaniste amateur, connaît les noms des plantes exotiques et endémiques qui parsèment son domaine.

Il s’agit d’une romance, mais le contexte est très bien travaillé. C’est un réel plaisir de lire ce livre.

Il y a aussi beaucoup d’humour, et de quiproquos. Les coïncidences de situation sont dignes d’une pièce de Molière. Tout s’enchaîne de manière fluide et on sent les catastrophes et les malentendus arriver, on les anticipe, et on s’esclaffe lorsqu’ils arrivent. Edward le zoologiste est définitivement LE personnage comique de ce livre.

Les personnages: Les personnages sont très attachants, quoi qu’ayant peu de nuances: la société bien-pensante de Cambridge  et Isobel, l’héritière désargentée à la recherche d’un riche époux, représentent les « méchants », tandis qu’Harriet, Romain et le petit Henry sont du côté des « gentils ».

Les gentils restent gentils, remplis de bons sentiments et d’idéaux. Les Morton, après qu’on ait découvert les mauvais traitements auxquels ils ont soumis Harriet en guise de punition, sont mis au ban de la société de Cambridge, mais sans vraiment comprendre pourquoi.

J’ai apprécié qu’Harriet, l’héroïne, tire sa beauté de l’intérieur. Elle est décrite comme ayant un visage plutôt commun et une apparence chétive. Elle brille par son intelligence. Dubrov, quand il la recrute, comprend le potentiel de cette danseuse, car elle danse de manière intelligente. Elle est capable d’apprendre à vitesse grand V, même si elle manque cruellement d’expérience.

C’est cette intelligence honnête et un peu naïve qui séduit Romain. C’est aussi cette qualité qui ébranlera un politicien brésilien corrompu: grâce à Harriet, il se souvient de ses idéaux de jeunesse, et décide d’aller combattre la corruption dans les mines amazoniennes.

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Les eaux foncées du Rio Negro et celles boueuses du Rio Solimoes se rencontrent à Manaus

Edward est le personnage le plus comique que je connaisse, instrumentalisé et obligé de sortir de sa zone de confort. C’est le seul qui évolue vraiment, passant de scientifique coincé à berger dans les Alpes en compagnie d’une charmante danseuse russe.

Romain est sexy en diable, il adore la nature et c’est un aventurier dans l’âme. Bien que bafoué par sa fiancée et son frère, il ne se venge pas, mais repart de zéro en se forgeant une nouvelle identité. On ne peut que l’aimer, c’est un Prince Charmant qui est très, très charmant.

Le personnage d’Isobel est aussi intéressant: elle suit d’abord son coeur, mais lorsqu’elle se rend compte que son fiancé est déshérité, elle retourne sa veste et épouse le frère de ce dernier. Ayant vécu dans la pauvreté, elle n’a pas le courage de tout recommencer avec Romain.

Enfin, comment ne pas craquer pour le petit Henry: roux, chétif, binoclard, il adore lire et est fasciné par le personnage mythique du « garçon », qu’il idéalise. Il essaie de gagner coûte que coûte l’amour de sa mère Isobel, qui ne l’aime pas. Courageux, curieux, c’est un chouette petit bonhomme dont on ne peut que tomber amoureuse. D’ailleurs Harriet n’y manque pas, et c’est grâce à cette rencontre qu’elle osera défier son père et partir pour son aventure amazonienne. En grandissant, Henry devient un beau jeune homme qui n’a plus besoin de ses lunettes.

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Cambridge

La société edouardienne du début du 20è siècle: J’ai beaucoup aimé la description du carcan mental de cette société bien-pensante: les femmes sont bonnes à tenir une maison et à se reproduire. D’ailleurs, ce sont les hommes qui daignent leur donner un enfant lorsqu’ils le souhaitent.

Le professeur Morton, la Tante Louisa et ses copines du Cercle de Thé de Cambridge représentent la vieille génération, celle pour qui tout doit être contrôlé. On doit bien se tenir, et l’argent ne doit pas être dépensé n’importe comment.

dressTante Louisa choisit elle-même les tenues de sa nièce et la pare de robes qui lui donnent l’aspect d’une nonne. Les couleurs sont moches, les robes sont trop grandes, et mal coupées. L’avarice de Louisa est telle que les sous-vêtements d’Harriet sont trop petits, ce qui la rend en fait sexy.

Edward, le fiancé choisi pour Harriet, a une vision de la vie conjugale très planifiée: ils se marieront à tel moment, puis il continuera sa carrière, et après quelques années il autorisera Harriet à avoir un enfant, pour qu’elle s’occupe.

Au contact des autres danseuses, Harriet se rend compte qu’elle a été élevée dans un carcan, et déploie ses ailes. Il y a une scène très drôle dans laquelle Harriet déclare à Marie-Claude, la danseuse française, qu’elle ne savait même pas qu’elle n’était pas obligée de boutonner sa chemise de nuit jusqu’au cou pour aller dormir…

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L’Eldorado: le contraste en la société bien-pensante de anglaise et l’extravagance de Manaus est saisissant. A Manaus, tout est permis. Romain envoie ses chemises à laver à Londres, certains lavent leurs chevaux dans du champagne, et un Opéra extravagant à souhait a été érigé.

Manaus croule sous la richesse en raison de la fièvre du caoutchouc: à la fin du 19è siècle, avec le boom du pneumatique et de l’industrie automobile, le caoutchouc d’Amérique du sud prend son envol. Romain participe à cette fièvre, tout en ayant les pieds sur terre: il a diversifié ses avoirs afin de ne pas avoir tous ses oeufs dans le même panier.

Manaus représente la libération pour Harriet. Elle peut enfin y être elle-même, s’affranchir des rigidités de son éducation, danser et rencontrer l’amour. Elle s’ouvre tellement au monde extérieur qu’elle décide de devenir la maîtresse de celui qu’elle aime, même si c’est pour une période limité. Elle embrasse qui est elle à 100%.

amerindienneLe bon sauvage: C’est le seul point qui m’a fait un peu grincer des dents dans ce roman. Bien sur tous les employés de maison, domestiques, chauffeurs, etc… sont indigènes. Romain, étant un Prince Charmant, les traite évidemment bien, et « ses indiens » le lui rendent bien, car ils l’adorent.

Mais… Lorsqu’Harriet est envoyée pour prendre son bain, ou s’habiller, elle a évidemment l’aide de deux amérindiennes, qui gesticulent en tous sens, babillent, sourient et rigolent de tout coeur. De bonnes petites amérindiennes, quoi. Très peu de nuance pour la population locale, qui est juste simple et gentille. Non pas qu’ils soient décrits de manière défavorable, mais juste un peu simpliste.

Ca aurait été bien d’avoir un indigène qui joue un rôle autre que faire partie du décor. C’est sûrement dû au fait que ce roman date un peu (1985 après tout!), et certains aspects sont plutôt désuets.

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La danse: MA PASSION!!! Après la lecture, s’entend. Je danse depuis que je suis née. Comme je l’ai dit plus haut, j’ai choisi ce roman parce qu’il parle de danse. J’adore les films de danse, même si, bien souvent, le scénario laisse à désirer. Mais depuis Dirty Dancing, je matte tous les films de danse qui passent.Bref, une romance avec pour toile de fond Le Lac Des Cygnes, je dit OUI!

Le monde implacable du ballet russe est décrit de manière détaillée et sans fard. La douleur d’Harriet qui se plie encore et encore aux exercices, les cours, les répétitions, les représentations, les costumes, les coulisses, les effets spéciaux… Tout y passe.

La rivalité entre ballerines est aussi évoquée. La Prima Ballerina de la troupe, Simonova, a juré de ne jamais remettre les pieds en Russie parce qu’elle avait été humiliée par la direction d’un théâtre célèbre à St Petersbourg. Elle parle avec dédain des autres Prima Ballerinas qu’elle a rencontré lors de sa carrière. Lorsqu’elle doit être remplacée au pied levé parce qu’elle s’est blessée, elle fait comme si cela ne l’atteignait pas. Comme si cet accident, qui devrait sonner le glas de sa carrière, ne l’affectait pas.

La relation entre la Prima Ballerina et sa disciple, Harriet, est très belle. Harriet révère Galina Simonova. Elle veut juste être dans sa lumière, apprendre d’elle. Contrairement à d’autres ballerines, elle n’a pas l’ambition de remplacer ou dépasser Simonova, ce qui fait que cette dernière la prend en affection. Lorsque Simonova comprend qu’elle ne dansera plus, elle donne à Harriet ses pointes.

On a aussi le droit à de jolies descriptions des pas requis lors des différents ballets, on nous donne les histoires qu’ils racontent, on nous fait vivre la vie des ballerines de l’intérieur. Je ne suis pas objective sur ce coup, j’aime trop la danse pour trouver cela ennuyeux!

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La jalousie fraternelle/le fils prodigue: la relation entre Romain et son demi-frère ainé, Henry, est teintée de jalousie. Leur père s’est remarié après son deuil à une chanteuse franco-russe, et de cette union est né Romain. Romain qui est beau, alors qu’Henry ne l’est pas. Romain qui est passionné de botanique comme son père, alors qu’Henry trouve cette occupation dégradante. Romain l’instinctif contre Henry le bien éduqué. Romain l’enfant sauvage qui parle aux animaux, le chouchou de tous, y compris de leur père. Et Henry qui se sent rejeté, déçu.

Lorsque leur père décède, Henry s’arrange pour que Romain n’hérite de rien. Cela ne fait pas peur à Romain, qui a un coeur d’aventurier. Par contre, Isobel, sa fiancée, ne peut renoncer au confort matériel, et épouse Henry à la place de Romain… ce dont elle sera bien punie. Un mariage sans amour avec un mari fuyant ses responsabilités, et un enfant qu’elle n’aime pas.

C’est aussi Romain, qui est parti la queue entre les pattes (plus d’héritage ni de femme), qui rachète Stavely, le domaine familial, grâce à la fortune qu’il a acquise dans le commerce du caoutchouc.

Curieusement, ce sera Henry junior, le neveu de Romain, qui reprendra le flambeau de son oncle en repartant en Amazonie.

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La romance: Le point le plus important du livre (je garde le meilleur pour la fin 😉 ).

Ce livre est une romance destinée à de jeunes filles adultes. Harriet a tout juste 18 ans, et on peu sans peine s’identifier à ce personnage romantique à souhait. Un petit soupçon de Princesse Sarah ou de Cendrillon (enfant mal aimée et mal traitée) et d’Indiana Jones pour le côté aventures exotiques. Vous voyez le mélange!

Harriet et Romain sont à des moments de leur vie très différents: Harriet a 18 ans, elle s’émancipe et est très innocente; tandis que Romain a la trentaine, quelques cheveux argentés, et en a déjà vu pas mal (du côté business comme du côté sentimental).

C’est Romain qui repère Harriet lorsqu’elle danse et qui lui trouve quelque chose de différent. C’est lui qui a le coup de foudre pour elle, et qui se dit presque instantanément « c’est elle ».

Harriet, quant à elle, obnubilée par sa « mission » (retrouver « le garçon », comme elle l’a promis au petit Henry), ne se rend pas compte de ses sentiments envers Romain au début. Cependant, ils deviennent de plus en plus évidents pour tous (surtout ses amies danseuses), et une fois qu’elle se les ai avoués, elle plonge tête la première dans son histoire d’amour.

C’est Harriet qui décide de devenir la maîtresse de Romain, alors que lui est réticent à cause de son jeune âge. Elle prend son destin en main, sans que personne ne lui dicte sa conduite.

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Le Teatro Amazonas, dans lequel Romain tombe amoureux d’Harriet

J’ai adoré comment l’auteure nous fait comprendre que ces deux là sont des bêtes de sexe sans jamais le dire, et en étant toujours très poétique et subtile. Le soir où Harriet décide qu’elle veut être la maîtresse de Romain, elle déclare juste qu’elle ne dormira pas dans sa chambre ce soir. Le chapitre suivant s’ouvre sur Harriet qui se réveille « ruinée », et qui s’émerveille de ce nouvel état. Cette scène est l’une des plus charmante et vibrante que j’ai jamais lue.

La passion amoureuse de Harriet et Romain est telle que rien ne peut l’arrêter. Ni les quiproquos, ni la distance, ni la famille, ni même une ex jalouse. Rien.

Il y a un côté « jeune fille en fleur qui ne comprend pas trop ce qui se passe et qui est sauvée par son Prince Charmant » qui m’a un peu gênée, mais je mets cela sur le fait que cette romance a un côté désuet qui est en soit tout à fait charmant.

Pour résumer: une romance jeune adulte dont le meilleur qualificatif est l’adjectif « charmant », qui nous emmène vivre de folles aventures en Amazonie. Une découverte magnifique que je ne peux que recommander. C’est rafraîchissant, très bien écrit, et aussi très drôle!


eva-ibbotsonL’auteure: Eva Maria Charlotte Michelle Ibbotson était une auteure de livres pour enfants et de romances pour jeunes adultes.

Eva Wiesner est née le 21 janvier 1925 à Vienne, en Autriche, de parents juifs non-praticants. Son père fut un pionner dans le traitement de l’infertilité (un peu controversé car il aurait utilisé son propre sperme dans sa clinique!) et sa mère était une écrivain et scénariste à succès. Ses parent divorcèrent lorsqu’elle avait trois ans.

Son père alla enseigner à Edinbourg et sa mère s’installa à Paris après qu’Hitler ait interdit son travail. En 1934, cette dernière s’installa en Angleterre dans le Middlesex et y appela sa fille et d’autres membres de sa famille.

Eva se destinait à devenir physiologiste comme son père, mais abandonna cette idée à cause de l’expérimentation animale. Elle étudia au Bedford College de Londres puis à Cambridge, où elle rencontra son mari, Alan Ibbotson, qui était un écologiste.

Ils se marièrent en 1947 et eurent quatre enfants: trois garçons et une fille. Eva repris ses études pour devenir professeur et fut diplômée en 1965. Elle enseigna dans les années 1960 avant de se consacrer à l’écriture. Elle a écrit de nombreux livres pour enfants et quelques romances. Son amour pour la nature et pour son pays natal, l’Autriche, transparaissent souvent dans ses livres.

Elle est décédée le 20 octobre 2010 à New Castle.


Pour aller plus loin:

Manaus: page Wikipedia, des articles de blogs: Mosaïques, Le Blog De Sarah, Terra Tributa; un article de La Croix.

Le Teatro Amazonas: Gallerie de photos, page Wikipedia

Le Lac Des Cygnes: Résumé du ballet


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L’histoire: 1912, Cambridge. Harriet Morton est la fille du Professeur Bernard Morton, directeur des études classiques à l’Université de Cambridge. Sa mère, une jeune fille au pair rencontrée en Autriche, est décédée lorsqu’elle avait deux ans.

Harriet est éduquée par son père et par sa tante Louisa, qui est très, très près de ses sous. Le Professeur Morton entend faire de sa fille une épouse accomplie, et pour cela, il lui transmet la seule chose qu’il maîtrise vraiment: le latin et le grec.

728a481317ddea49c36cc4acac4ba961L’enfant grandit dans une ambiance maussade et sans amour, entre un père absent et une tante abusive. Ses seules échappatoires sont l’école, la lecture et la danse. En effet, Harriet est jugée « petite nature » par le médecin de famille, qui recommande que l’enfant fasse régulièrement de l’exercice. Harriet excelle à l’école, et sa professeure convoque un jour le Professeur Morton pour lui parler de l’avenir universitaire d’Harriet.

Ni une, ni deux, Harriet est retirée de cette école qui a une mauvaise influence sur sa fille. L’envoyer à l’université, quelle drôle d’idée!! Le Professeur Morton interdit lui-même l’accès à ses cours aux femmes. Celles-ci doivent rester à leur place, c’est à dire se marier et tenir la maison. Tante Louisa et le professeur trouvent donc un bon parti pour Harriet: Edward, un jeune professeur de biologie à l’allure chevaline, qui se consacre à l’étude des insectes.

galina-ulanovaHarriet continue tout de même ses cours de danse, afin qu’elle garde la santé. Un jour, Sasha Dubrov, un ami de longue date de Mme Lavarre, la professeure de danse, vient assister au cours de danse, et propose à Harriet de rejoindre sa troupe de ballet russe lors d’une tournée en Amérique du sud.

Le soir-même, lors d’un dîner auquel Edward, le futur fiancé, ainsi qu’un autre professeur sont convié, Harriet demande la permission à son père de rejoindre le corps de ballet. Bien évidemment, ce dernier refuse. Harriet insiste, et, du haut de ses 18 ans, est renvoyée dans sa chambre. Tout le monde se demande ce qui est passé par la tête d’Harriet, normalement si douce et obéissante.

Quelques semaines plus tard, Tante Louisa organise avec ses copines du Cercle de thé de Cambridge une sortie pour visiter un manoir: Stavely, la demeure des Brandon. Tante Louisa et ses copines emmènent Harriet avec elles « pour lui changer les idées » suite à son « caprice ». Elles convient aussi Edward, espérant que les jeunes gens se rapprocheront lors de ce voyage. Elles mettent tout de même en place une équipe de chaperonnes de choc, qui ne doit jamais les laisser hors de vue.

Harriet reste polie avec Edward, qu’elle déteste cordialement, et essaie par tous les moyens de se soustraire à sa compagnie. Elle y parvient lors de la visite des jardins, et se perd dans un labyrinthe végétal… au milieu duquel elle découvre Henry, un petit garçon de sept ans qui lit un livre sur l’Amazonie.

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Henry et Harriet se lient d’amitié. Le petit garçon explique à Harriet qu’il lit un livre « interdit », car il appartenait au « garçon ». Personne ne dit jamais son nom, mais « le garçon » parlait aux animaux et adorait les fleurs. Et puis un jour, il est parti en Amazonie.

839429C’était avant la naissance d’Henry, et ce dernier a recueilli cette histoire de certains domestiques du manoir. Henry demande à Harriet de l’aider à retrouver le garçon. Cette dernière, qui rêve toujours de remonter le fleuve Amazone avec la troupe de ballet russe, promet à Henry de l’aider – et de ce fait, prend la décision de braver l’interdit paternel.

Harriet se fait donc inviter pour trois semaines chez une bonne copine à Londres. Elle prépare son sac et monte dans le train. Le jour d’avant, elle a envoyé un message à sa copine, indiquant qu’il y avait eu un décès dans la famille, et qu’elle ne pouvait plus venir.

Harriet débarque à Londres et retrouve Dubrov, qui est tout content que la jeune fille rejoigne sa troupe. Pendant une semaine, Harriet va suer sang et eau pendant les cours et les répétitions. Le grand jour arrive enfin, et la troupe embarque pour un voyage transatlantique. Harriet se fait aussi des copines: Marie-Claude la française et Kerstin la suédoise. Toutes les autres sont russes.

Pendant ce temps, la supercherie d’Harriet est découverte,  et les Morton sont mortifiés. Ils décident de demander à Edward, l’ex-futur-fiancé d’Harriet, d’aller la cherche en Amazonie. Réticent, Edward finit par se laisser convaincre par la perspective de ramener de nouveaux spécimens rares de son voyage.

Au même moment, à Stavely, les parents du petit Henry reçoivent une mauvaise nouvelle: le domaine croule sous les dettes, et il faut vendre. Henry Sénior, le père du petit garçon, se brûle la cervelle, laissant sa femme Isobel et Henry seuls. Isobel cherche à localiser le frère cadet de son défunt mari, un certain Romain, dont elle avait été amoureuse dans sa jeunesse. Son plan est de se faire épouser de ce dernier afin de pouvoir garder Stavely.

Malheureusement elle ne sait pas où il se trouve. Romain et Isobel étaient le couple parfait: jeunes, beaux et fougueux. Mais lorsque le père d’Henry sénior et de Romain décéda sans rien laisser en héritage à son deuxième fils, Isobel changea son fusil d’épaule et épousa le frère aîné. Héritière désargentée par la faillite de son père, Isobel n’a pas le courage de « tout recommencer », comme le lui propose Romain, et a préféré la stabilité financière à l’amour.xingurivermap-copie-1

La troupe de Dubrov arrive à Manaus, au coeur de la forêt amazonienne. C’est un peu l’Eldorado. Tout le monde y est richissime, car le commerce du caoutchouc bat son plein. Romain Verney est le chouchou de tous: riche, prospère, bien éduqué et la main sur le coeur. Il a le titre honorifique de Directeur de l’Opéra, et doit donc assister à la première du Lac des Cygnes, donné par la compagnie d’Harriet.

Harriet n’est qu’une ballerine parmi tant d’autres, mais elle attire le regard de Romain. Après la première, Romain accueille la troupe et le gratin de Manaus pour une soirée dans son domaine, dans la forêt amazonienne. Harriet, qui adore la nature, décide de marcher du ponton jusqu’à la demeure de leur richissime hôte, au lieu de prendre la voiture comme tous les autres invités.

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Lorsque Romain s’enquiert de la ballerine qu’il a remarqué, on lui indique qu’elle n’est pas encore arrivée. Il se met alors à la recherche de la jeune fille dans son immense jardin, et la découvre en train de rire gaîment avec son personnel indigène. Image d’Epinal s’il en est…

Romain et Harriet se mettent en route vers la fête, et en chemin Romain lui fait découvrir la faune et la flore locale. Harriet se dit qu’il pourrait bien être « le garçon » que recherche le petit Henry, et en a la confirmation lorsque Romain lui présente un lamantin un peu ronchon qu’il a nommé d’après le majordome tout aussi ronchon de Stavely.

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Harriet se demande comment aborder le sujet avec Romain, et décide donc de rester après la fête afin de lui parler. Romain se méprend, il pense que la jeune fille, dont il est tombé sous le charme, est en fait une intrigante qui veut coucher avec lui. Harriet comprend sa méprise lorsqu’on lui fait prendre un bain parfumé et qu’on la vêt d’un négligé sexy. Tremblante, elle explique à Romain qu’elle voulait vraiment juste lui parler de quelque chose, et qu’elle se sent godiche.

Romain, soulagé de constater qu’après tout, la jeune fille a bon fond, la raccompagne à son hôtel et l’invite à déjeuner en ville le lendemain, pour parler de cette affaire. Lors du déjeuner, Harriet évoque l’état dans lequel se trouve Stavely, et le fait qu’Henry aimerait vraiment que Romain rentre. Ce dernier pense qu’Harriet parle de son frère aîné, et s’emporte, car ils ne se sont jamais entendus – et en plus il lui a « volé » Isobel, son amour de jeunesse. Romain s’en va et laisse Harriet en plan.

Romain passe au Club de Manaus (vous savez, ces clubs british d’hommes très riches) pour organiser la réception d’un homme politique brésilien de passage. Là, il apprend la mort de son frère, en lisant le Times, fraîchement arrivé de Londres – mais avec quelques semaines de retard. Il se dit qu’il faut en informer Harriet, elle qui aimait tellement Henry…

Lorsque Romain apprend à Harriet le décès de son cher Henry, qui s’est fait sauter la cervelle, les deux jeunes gens se rendent compte du quiproquo: Romain ne savait pas que son frère avait un fils nommé d’après lui. Il explique à Harriet toute l’histoire entre son frère et lui, ainsi qu’avec Isobel. Sachant que le domaine de Stavely est en danger, Romain le rachète de manière anonyme.

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Entre-temps, Isobel a retrouvé la trace Romain et a embarqué pour l’Amazone, à bord d’un navire sur lequel se trouve aussi Edward, en mission pour ramener Harriet dans le droit chemin. Malheureusement, le petit Henry contracte la rougeole, et Isobel est contrainte d’arrêter son voyage à l’embouchure du Fleuve Amazone, le temps que son fils se remette.

Edward, lui, continue sa route et débarque à Manaus, à la recherche d’Harriet. Cette dernière, alors en compagnie de Romain et de ses copines danseuses, l’aperçoit, et explique à ses amis dans quelle situation elle s’est mise. Romain propose alors de jouer un bon tour à Edward, en lui démontrant que la vie de danseuse est très respectable. Romain fait semblant de se lier d’amitié avec Edward et l’installe au Club, les hôtels de la ville étant complets à cause du ballet.

La réception du politicien est organisée au Club. Lorsqu’un invité se décommande à la dernière minute, son siège est donné à Edward.

Marie-Claude, la danseuse française, a accepté de danser en tenue légère en sortant d’un gâteau, contre un joli pactole, qui lui permettra d’ouvrir un restaurant dans le sud de la France avec son fiancé. Comme elle a un peu peur, elle demande à Harriet de l’accompagner pour lui donner un soutien moral.

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Cependant, le politicien brésilien voyage partout avec son chef français, et c’est lui qui doit faire semblant de couper le gâteau dont sortira Marie-Claude. Manque de bol, il s’agit du cousin du fiancé de la belle française!! Marie-Claude ne peut pas risquer sa réputation, et les filles décident donc de partir et de tout laisser en plan…

Mais à la dernière minute, Harriet décide de remplacer sa copine, afin que Marie-Claude puisse réaliser son rêve. C’est donc Harriet qui émerge du faux gâteau en combinaison, sous les yeux médusés d’Edward (qui, je le rappelle, avait été convaincu que la vie de danseuse était une vie rangée) et de Romain, qui assistent tous les deux au dîner.

Cependant, leurs réactions ne pourraient être plus différentes: Edward est choqué jusqu’à la moelle, et envoie tout de suite un télégramme au père d’Harriet, le professeur Morton, lui demandant de lui donner tout pouvoir pour ramener Harriet en Angleterre. Romain, lui, est amusé et se dit qu’il doit y avoir une bonne raison pour que cette Sainte Nitouche danse en petite tenue devant des hommes. Lorsqu’une soupière se trouve sur le passage d’Harriet, qui danse sur la table, c’est lui qui dégage le passage pour que sa dulcinée puisse continuer son numéro.

Harriet, elle, en pleine lumière, ne voit pas son public, et n’a donc aucune idée qu’Edward l’a vue. Le numéro prend fin et Harriet se sauve, emportant l’argent qu’elle a gagné pour Marie-Claude.

Romain doit partir quelques jours dans la jungle avec le politicien pour démêler une sordide affaire dans une mine. Il emporte avec lui le chef de la police de Manaus et d’autres policiers.

Edward attend avec impatience le télégramme qui lui permettra de ramener Harriet en Angleterre, et dans le droit chemin. Le jour tant attendu arrive enfin, et Edward a tout préparé: après la représentation du Casse-Noisette, il emportera Harriet de force avec l’aide de deux policiers et l’enfermera dans une cabine d’un navire qui repart pour Londres.

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L’après-midi même, il croise Marie-Claude dans un jardin de Manaus, et laisse échapper quelques indices que la française ne manque pas de relever. Cette dernière comprend ce qui se trame, mais ne sait que faire pour empêcher Edward d’emmener Harriet… lorsqu’elle voit Romain arriver à bord de son bateau, de retour de son expédition en forêt. Marie-Claude lui confie ses soupçons, lui demandant d’intervenir pour sauver son amie.

La représentation a lieu, et Edward, accompagné des deux policiers, entre dans l’Opéra pour désigner laquelle des danseuses ils doivent emmener. Mais Romain a payé la personne en charge des effets spéciaux pour accentuer l’effet de brouillard, ce qui engendre une grande confusion… Et Romain en profite pour emmener Harriet, tandis qu’Edward et ses sbires jettent Olga, une danseuse russe, dans la cabine réservée pour Harriet.

Lorsqu’Edward arrive à l’embouchure de l’Amazone, il est méconnaissable: Olga l’a griffé, gifflé, et tabassé. Il erre dans les rues et tombe sur Isobel, qui ronge son frein en attendant que son fils se remette de la rougeole.

Edward raconte à Isobel sa terrible mésaventure avec Harriet et Romain. Isobel comprend qu’Harriet pourrait se mettre en travers de ses projets (elle veut épouser Romain), et prend le premier bateau pour Manaus avec le petit Henry.

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Lors d’une très jolie scènes, Harriet danse sur des feuilles de lotus

Pendant ce temps, Harriet vit chez Romain. Comme elle est très jeune et innocente, Romain, la trentaine, essaie de mettre de la distance entre eux, bien qu’il soit irrémédiablement attiré par elle. Harriet, elle, pense qu’il est toujours amoureux d’Isobel, et qu’il va bientôt rentrer à Stavely pour épouser son grand amour de jeunesse. Amoureuse de Romain, elle décide de vivre sa vie au jour le jour, Carpe Diem, et l’oblige presque à devenir son amant.

Les amoureux roucoulent, mais Romain ne comprend pas pourquoi Harriet, tous les matins, s’entraîne à la danse de façon presque militaire. C’est que la jeune femme, persuadée de n’être qu’une passade, assure son avenir: maintenant qu’elle est « déchue », elle ne pourra jamais se marier, et il faut donc qu’elle travaille ad vitam eternam comme ballerine. Romain, lui, pense que la danse occupe une place tellement importante dans la vie de son amoureuse, que l’épouser reviendrait à lui couper les ailes.

Isobel arrive à Manaus le jour où la troupe russe doit partir pour l’Europe. Ils ont été invité à se produire dans un grand théâtre russe, et tout le monde est très excité. Harriet a décidé de rester avec Romain autant de temps que possible, et est donc venue en ville dire adieu à ses amies.

Isobel et le petit Henry arrivent chez Romain alors qu’Harriet est en ville. Lorsque cette dernière rentre, elle est toute heureuse de retrouver Henry dans le jardin. Ce dernier lui explique que sa maman, Isobel, va épouser Romain et qu’ils seront très heureux. En regardant par la fenêtre, Harriet aperçoit Romain et Isobel. Lorsque cette dernière voir Harriet, elle se penche vers Romain et minaude. Harriet en conclue donc que son temps avec Romain est fini. Elle dit adieu à Henry, et rattrape de justesse le bateau à bord duquel sa troupe a embarqué.

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Lorsque le navire arrive en Europe, Harriet a la désagréable surprise de trouver son père et Tante Louisa, accompagnés de policiers, qui la ramènent de force à Cambridge. Harriet est confinée dans sa chambre, mais le souvenir heureux des jours passés avec Romain la fait tenir. Jusqu’au jour où elle n’arrive plus à se souvenir d’un détail de sa vie heureuse à Manaus, et sombre dans le désespoir.

Tante Louisa ne sait que faire, la jeune fille maigrit et ne mange pas. Elle décide de contacter un psychiatre pour voir si Harriet ne devrait pas être internée. Mais c’est Romain, qui a mis à jour les manigances d’Isobel et a remué ciel et terre pour retrouver Harriet, qui se pointe. Se faisant passer pour le psychiatre, il enlève Harriet au nez et à la barbe de Tante Louisa et de ses amies du Cercle de Thé de Cambridge.

Une fois Harriet mise en sécurité, Romain déboule dans l’amphithéâtre du Professeur Morton et l’oblige à signer une autorisation permettant à Romain d’épouse sa fille. Lorsque Morton comprend qu’il s’agit du châtelain de Stavely, il signe sans sourciller. Romain a déclenché un tollé parmi les élèves du respectable professeur, qui est jeté manu militari dans la fontaine par ces derniers.

Harriet et Romain vivent heureux à Stravely et ont deux enfants: Natasha, qui aime danser, et Paul Alexandre. Un petit troisième est en route. Isobel a hérité d’une annexe à Stavely, qu’elle a vite quitté en se mariant avec un diplomate en poste en Inde. Quant à Henry,  c’est devenu un beau jeune homme, qui rêve de retourner en Amazonie 🙂

Et Edward, dans tout ça? Il s’est marié avec Olga!

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7 réflexions sur “A Company Of Swans, Eva Ibbotson (1985)

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