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Les Nuits d’Aksehir白い街の夜たち, Ichikawa Raku 市川ラク(2013) Fr-Engl

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J’aime les mangas, mais forcer est de constater qu’en devenant adulte, j’accroche de moins en moins avec le thème de la collégienne aux pouvoirs magiques (Sakura je t’aime bien, mais à 30 ans passés j’ai du mal). Ma lecture de manga est donc passé  du status « dévoreuse » à celui de « lectrice occasionelle quand je trouve un truc qui me branche vraiment ». Et là, ça me branche vraiment, vraiment beaucoup!

I love reading mangas, but as I grew up, I had more and more difficulties with the recurring teenage girl with magical powers (Sailor Moon and Sakura, I’m looking at you!). And so I went from binge reading mangas to occasional reader, when I could find something that really enticed me. And this time, I was really, reaaally enticed!


Résumé tome par tome / volume by volume summary:

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Ayako est en dernière année d’école de mode, mais cela ne l’inspire pas plus que cela. Indécise et de nature tranquille, elle n’arrive pas à entrer dans l’esprit de compétition que reiquert son école.

Une amie d’enfance lui a offert une amulette turque  lorsqu’elle est partie à Tokyo pour ses études. C’est grâce à cette amulette, qu’elle porte autour de son cou, qu’Ayako se fera embaucher « à l’insu de son plein gré » comme serveuse dans un restaurant turc.

Dans ce tome, Ayako découvre la cuisine turque et les différentes formes de danse orientale.

Ayako is attending a fashion academy, but doesn’t feel much inspired. She’s naturally quiet and doesn’t really know what she wants to do in life. She doesn’t really fit in her school, where students are always competing against each others.

A childhood friend gave her a Turkish charm before Ayako left for Tokyo to pursue her studies in fashion. Thanks to the charm, worn as a necklace, Ayako is hired as a waitress in a Turkish restaurant.

In this volume, Ayako discovers Turkish food and delicacies, and the different styles of belly dance.

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Ayako garde son job de serveuse secret. C’est son jardin secret, un endroit dans lequel elle s’épanouit peu à peu, retrouve sa joie de vivre et trouve l’inspiration qu’elle cherchait désespérement pour son projet de fin d’année à l’école de mode.

Sa personalité change aussi, elle s’ouvre plus, devient plus joyeuse et profite de la vie. On explore un peu plus les personnages secondaires.

On continue notre exploration de la cuisine turque (et ça met vraiment l’eau à la bouche).

Ayako keeps her job at the Turkish restaurant secret. It’s her secret garden, a place where she slowly discover herself, and find happiness. It’s the place where she finally gets the inspiration for her end-of-the-year project at school.

Her personality changes as well. She becomes happier and more confident. We also get to know the side characters a bit better, and we continue exploring Turkish food.

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Ayako s’intéresse à l’Islam, visite la Mosquée de Tokyo, s’interroge sur le sens de la vie, la jalousie, le suicide. Elle envisage un temps de se convertir. Son intérêt pour l’Islam lui permet de réflechir de manière approfondie sur certains thèmes philosophiques.

En parallèle, on assiste au développement des histoires de Zakuro, la danseuse orientale, et de celle de Hodja, le chef du restaurant.

Ayako prend la décision de partir s’installer en Turquie pour devenir créatrice de costume de danse orientale, conjugant ainsi ses deux passions: la mode et la culture turque. Cette décision n’est pas comprise par son entourage, mais Ayako a enfin trouvé sa voie et elle sait que c’est ce qu’elle veut faire.

Ayako is curious about Islam. She visits the Tokyo Mosque, and asks herself questions about the meaning of life, jealousy and suicide. For a little while, she thinks that becoming Muslim might alleviate her troubles. Her curiosity about Islam enables her to think about some philosophical concepts in depth.

Meanwhile, the side characters’ stories are also developing and evolving. Zakuro, the belly dancer, and Hodja, the chef, both face challenges in their personal lives.

Ayako makes the decision to move to Istambul to become a belly dance costume maker at the end of the academic year. This enables her to work in fashion and discover Turkish culture even more. Her family doesn’t understand her decision, but Ayako has finally found her passion – and her voice.

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Mon avis: Ce manga est directement responsable de la hausse de fréquentation de notre resto turc préféré. Je l’ai choisi parce qu’il parlait de danse orientale. J’ai commencé à le lire et j’ai eu faim. Comme je suis piètre cuisinière, je me suis rabattue sur quelque chose de simple: l’Ayran. C’est simplement du yaourt mélangé à du sel et de l’eau. J’en ai descendu deux litres en une soirée il y a deux semaines, quand l’été s’est trompé et qu’on a essuyé les grosses chaleurs en plein mois d’avril. Bref, préparez-vous: ce manga donne faim!!!

Review: We’ve been  eating out at the Turkish restaurant a lot these days, and it’s all because of this manga. I picked it up because it was dealing with belly dancing. I started reading and I got hungry. Since my cooking skills are quite basic and I craved Turkish food, I made something very easy and delicious: Ayran. It’s just yoghurt, water and salt. I drank two litters of it in one evening, two weeks ago, during the heat wave (yes, we do have heat waves in Belgium, and yes, it was in April). In a nutshell: get ready, you’ll be hungry!!!

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On sent l’amour que l’auteure porte à la culture turque. On en explore toutes les facettes, à travers Ayako, une jeune japonaise qui n’y connait que tchi. C’est donc une âme complètement vierge qui explore cette culture. Un peu comme un bébé découvre le monde, Ayako découvre un monde nouveau.

This manga transpires of the mangaka’s love for Turkey and its culture. The reader explores all aspects of Turkish culture through Ayako, a Japanese student who knows nothing about Turkey. A virgin soul. A bit like a baby discovers the world, Ayako discovers a new world.

On pourrait reprocher au manga d’être un peu didactique, et pourtant cela m’a parfaitement convenu. Les plats sont présentés aux clients de manière à ce que le lecteur en salive d’envie. On décrit non seulement les ingrédients et la façon dont chaque plat est cuisiné, mais aussi la texture. Donc je me répète, hein, mais assurez vos arrières: Lisez-le le ventre plein, ou commandez un truc au resto turc de votre quartier (Ayran inclu), parce que sinon votre estomac va gromeler.

The manga is a bit didactic, but this didn’t bother me at all. On the contrary, I also don’t know much about Turkish culture and was happy to have detailed explanations. Dishes are presented to customers in a way that will make you, the reader, salivate. Ingredients are described, as well as the way they are cooked, and the final texture and taste of the dish. I’m repeating myself: please read this manga on a full belly, or make sure you can order from a Turkish place asap, otherwise you’re going to be a tad frustrated.

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En ce qui concerne la danse orientale, en tant que danseuse confirmée (sans être pro hein, mais bon ça fait tout de même quelques années que je tutoie les sagattes, les huits et autres shimmies), j’ai apprécié les explication sur les différents styles, que ce soit au niveau du costume, de l’interprétation, ou même du rythme.

Regarding belly dance, as a belly dancer myself (not at a professional level, but I’ve been practicing for four years now), I really appreciated explanations on the different styles, including the differences in costumes, interpretation, and rhythm.

Une autre chose qui est évoquée, et que je trouve importante, c’est le status de la danseuse dans le monde oriental. C’est malheureusement un cas de madone et putain. La madonne, la mère, est respectable. La danseuse orientale n’est pas une artiste, c’est une pute. Ah, ça fait mal de le dire… et pourtant, le regard de la société a très peu changé sur les danseuses orientales, que ce soit dans le monde oriental ou en dehors.

Something else that Ichikawa speaks about in the manga, and that is very important, is the way belly dancers are perceived in the oriental world. It is unfortunately a textbook case of Madonna vs prostitute. The Madonna, the mother figure, is respectable. The belly dancer is not seen as an artiste, but merely as a prostitute. It pains me deeply to write such a thing… but still, it’s true. Society as a whole, be it in the Western or oriental world, still sees belly dancers as cheap sexy entertainment, meat for the eyes, flesh.

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On le voit avec le cuisinier turc dévot, qui refuse de regarder la prestation de Zakuro, la danseuse. Mais on le voit aussi lorsque le petit ami potentiel de Zakuro, un jeune japonais, lui demande « à quoi ça ressemble quand c’est bien dansé ». Ca m’a brisé mon petit coeur de danseuse, et celui de la danseuse fictive du manga aussi. Après avoir hurlé sur son amoureux, elle lui explique que ce n’est pas parce que c’est sexy que c’est vulgaire, et surtout pas que c’est facile. Au contraire, elle explique les longues heures de répétition des mouvements, et compare la pratique de la danse orientale à celle de danses « respectables » comme la danse classique.

The pious Turkish cook is an example of how some people perceive belly dancing. He refuses to watch Zakuro’s performance. But Zakuro’s Japanese boyfriend also doesn’t « get » it, and asks her « what does it look like when it’s danced properly? ». Supreme insult! It broker my little belly dancer’s heart, not to mention the fictive belly dancer’s. After having yelled at him, she explains that indeed, belly dancing is sexy, but that it doesn’t mean that it’s easy or cheap. On the contrary, she explains the long practicing hours, and compares it to « respectable » forms of dance, like ballet.

Zakuro, qui envisage un voyage en Turquie d’un an pour se perfectionner sur place, doit s’interroger sur le fait de savoir si elle sera assez forte pour faire face aux préjugés dont souffrent les danseuses orientales en Turquie.

Zakuro is thinking about going to Turkey for a year to train herself. But she must first understand her own strength, and discover within herself if she’ll be able to face the prejudices attached to belly dancing in Turkey.

On explore aussi la spiritualité, avec la visite de la Mosquée, les conversations avec l’immam et le cuisto dévot. Ayako va jusqu’à lire le Coran en japonais pour essayer de mieux comprendre l’Islam. La culture musulmane qu’elle découvre est ouverte, aux antipodes de l’islamisme décrit dans les journaux télévisés. D’ailleurs, les personnes avec qui elle discute lui expliquent bien que les islamistes ne sont pas considérés comme musulmans par la communauté musulmane, mais bien comme des terroristes. Le message est clair: ne faisons pas d’amalgames!

Ayako also explores spirituality when she visits the Tokyo Mosque. There, she speaks with the imam and also with the pious cook. She even starts reading the Koran in Japanese to understand Islam better. The Muslim culture she comes to discover is open, which is quite different from what she sees in the TV reports about radical Islamists. And indeed, the people with whom she discusses Islam are very clear: these are terrorists and they do not consider them being Muslims, since they kill people. 

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L’art turc n’est pas en berne, avec bien sur l’exploration des costumes de danse orientale, mais aussi la dentelle turque, et les carreaux de céramique qui adornent les murs des demeures turques.

We also have a look at traditional Turkish art, with the exploration of belly dance costumes of course, but also Turkish lace and traditional Turkish tiles.

L’exploration de la culture turque amène Ayako à trouver sa voix et sa voie. De jeune fille indécise qui se laisse porter par la vie, elle développe un projet professionel et de vie tangible et concret. Elle s’affirme, sait enfin ce qu’elle veut. La découverte de la culture turque est une révélation.

Exploring Turkish culture enables Ayako to find her own path and her own voice. She was a quiet young lady, and thanks to her opening to a new culture, she is able to put together a project, both for her professional and personal future. She finally knows what she wants. It’s an epiphany.

C’est donc un manga initiatique, au travers duquel on découvre non seulement une culture, mais aussi une personne.

It is thus an intimate journey, through which we not only discover a culture, but also a character.

Le fil rouge, c’est le fameux Nazar Boncuk, cet oeil de verre bleu qui est censé protéger du mauvais oeil. C’est sa « meilleure amie » qui l’offre à Ayako lorsqu’elle déménage à Tokyo pour poursuivre ses études… avant de tenter de se suicider. Grace à cette amulette, qu’elle porte autour du cou, Ayako se fait remarquer par Hojda, le propriétaire d’un petit resto turc qui vient d’ouvrir, et c’est ainsi que commence sa plongée dans le monde turc. Le Nazar Boncuk prend toute sa signification pour Ayako lors du manga, car il se brise à la fin, la libérant en même temps de son passé, et lui ouvrant ainsi la voix vers le futur.

Throughout the series, the Nazar Boncuk, a Turkish charm made of blue glass and representing an eye, is present like a guiding light. It is a gift from Ayako’s « best friend », when she moves out to Tokyo… Ayako is the last person who saw her, before she tries to commit suicide. Thanks to the charm, that she wears as a necklace, Hodja notices Ayako in the crowd and asks her to work in his restaurant. And thus Ayako starts her journey in Turkish culture. The Nazar Boncuk’s meaning changes for Ayako throughout the manga, mirroring her own journey. In the end, it breaks, freeing her from her past, and giving her the chance to embrace her future.

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J’ai beaucoup aimé les personnages secondaires et les intrigues paralèles qui sont développées autour d’eux. Hojda et sa femme, ainsi que leur petite fille et leur chat. Zakuro et sa relation à son corps et à la danse.

I loved the secondary characters and their own stories. Hodja and his complex relationship with his wife and his daughter. Zakuro, the Japanese belly dancer, and her relationship to her own body and dance.

Le dessin est efficace, ça m’a un peu rappelé le style de Mari Okazaki mais en moins onirique. Ca n’empêche que ce n’est pas du manga avec des filles super sexy gratuitement (genre seins qui tiennent en l’air tous seuls, à la Ranma 1/2), c’est un dessin réaliste et chaleureux.

I liked the graphic design a lot, it reminded me a bit of Mari Okazaki, but it’s less poetic. It’s still beautiful and it conveys emotions efficiently. I appreciate the realistic design of most characters, who are not sexy just to be sexy (Ranma 1/2 I’m looking at you). Drawings are realistic and give a nice, warm feeling.

En bref, j’ai passé un très bon moment et je ressors enchantée de ma lecture. Je ne peux que vous le conseiller, d’autant plus que cette série est finie, ce qui veut dire que vous n’aurez pas à vous ruiner en achetant 40 volumes sur 20 ans.

Overall I had a nice time reading this short series, and I loved it. I can only recommend it, even more because it’s only three volumes, and it’s over, so you won’t ruin yourself over the years 😉

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Istambul by Ichikawa Raku

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http://yabangee.com/inside-world-comikon-istanbul-2017/

L’auteure: Ichikawa Raku est une auteure et illustratrice de manga japonaise résidant à Istamboul, en Turquie. « Raku’ n’est pas son vrai prénom, c’est un nom de plume inspiré d’une célèbre boisson anisée turque, le raki.

Author: Ichikawa Raku is a Japanese author and manga illustrator who lives in Turkey. « Raku » isn’t her real first name; it is a pen name inspired by a famous Turkish anise drink called raki.

Si vous parlez japonais, vous pouvez explorer son site web. Vous pouvez la suivre sur Facebook, Pixiv, Twitter, et Instagram.

Here is her website. You can follow her on Facebook, Pixiv, Twitter and Instagram.

 

2 réflexions au sujet de “Les Nuits d’Aksehir白い街の夜たち, Ichikawa Raku 市川ラク(2013) Fr-Engl”

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