Ecriture/Writing, En français/In French

Tree hugger

« Bonjour, mon arbre », murmura-t-elle, un demi-sourire aux lèvres. S’approchant du tilleul, elle ralentit le pas. Elle entrait en un bulle sacrée, dans laquelle elle allait se reconnecter à la nature divine de tout être.

Face au tronc vénérable, elle prit une grande inspiration et laissa s’échapper l’air de ses poumons en un soupir d’aise. Ses main s’élevèrent et virent se poser sur l’écorce de l’arbre. Une écorce qu’elle aurait cru rugueuse, mais qui se révélait douce et moelleuse. Ce qu’elle avait pris pour du bois désséché et blanchi par les intempéries était en fait un tronc couvert d’une fine couche de lichen bleu pâle, presque gris.

Elle ferma les yeux et salua encore une fois l’arbre, de manière silencieuse, cette fois. Ses mains posées sur l’écorce, à hauteur de poitrine, elle écoutait la vie autour d’elle. Les voitures passaient dans la rue, à côté du parc dans lequel elle s’était arrêtée. Les oiseaux piaillaient.

Elle ouvrit à nouveau les yeux et explora plus avant le tronc qui se trouvait devant elle. Son compagnon végétal, qui devait être bien plus âgé qu’elle, était couvert de lichen. Au millieu des algues bleues, des plaques vert clair, presque fluo. Et de la mousse vert foncé qui pointait le bout de son nez.

« C’est vrai que chez les chinois, la Fête du Printemps est passée. La nature s’éveille. C’est peut-être encore l’hiver, mais tout se prépare à la vie ». Il y avait d’ailleurs, ça et là, des bourgeons d’un rouge tirant sur le brun, qui s’échappaient vaillament du tronc. « Ils seront certainement coupés par les jardiniers, ils ne poussent pas là où il faudrait », se dit-t-elle.

Elle colla son front au tronc et fit glisser ses main autour, l’encerclant presque. La circonférence de l’arbre était plus grande qu’elle ne l’avait imaginé. Elle resta là, enserrant le tilleul, pendant quelques minutes. Elle voulut lui dire ses secrets, mais elle y renonça. Elle voulait profiter de cet instant de connection à la nature en pleine ville.

Elle entendit des voix. Se sentit un peu gênée d’être découverte là, à serrer un arbre dans ses bras, à l’heure où tout le monde se presse pour aller au bureau. Elle garda les yeux fermés et persista à retrouver l’état de grâce dans lequel elle se trouvait un instant plus tôt. Le reste du monde pouvait bien la prendre pour une huluberlue, elle savait qu’elle avait besoin de lien avec le pouls de la Terre.

Encore un instant… le front imprimé des dessins centenaires de l’écorce, la poitrine et le ventre pressés contre le tronc solide, elle repoussa de ses mains l’arbre qui avait l’avait accueillie. Ses yeux embrassèrent une dernière fois les arabesques que traçaient le lichen et la mousse sur les écailles.

« Merci, mon arbre », lui envoya-t-elle, pleine de gratitude. Tournant sur ses talons, elle repartit à l’attaque de sa vie de bureau. L’arbre, lui, serait au rendez-vous le lendemain, immuable.

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