Emma, ou comment Cendrillon s’en est sortie toute seule

Emma, ou comment Cendrillon s’en est sortie toute seule

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Emma.

Emma avait un papa, qui voyageait beaucoup pour son travail, et une maman, qui s’occupait d’elle. Emma adorait ses parents, et ses parents l’adoraient aussi. Ils étaient très heureux, tous les trois.

Cependant, la maman d’Emma avait la santé fragile, et un beau jour de mai, alors qu’Emma avait seulement neuf ans, elle rendit son dernier souffle dans les bras de sa fille et de son mari.

Emma grandit, et devint une jeune fille débrouillarde et très indépendante. Son père travaillait beaucoup, et Emma était seule à la maison la plupart du temps. Ils avaient pourtant réussi à trouver un équilibre, entre l’école pour Emma et le travail pour son père.

Mais alors qu’Emma avait 21 ans et poursuivait ses études à l’université, son père perdit son emploi. Ce fut un choc pour Emma et son père, qui durent réduire leur train de vie et apprendre à dépenser le moins possible. Pour pallier à ce manque à gagner, Emma pris un petit boulot en plus de ses études. Elle devint femme de ménage.

Elle travaillait au petit matin dans les bureaux, et arrivait souvent en cours échevelée et avec quelques traces de saleté sur sa figure ou ses vêtements. Quelques élèves de sa promotion se moquèrent d’elle et l’appelèrent « Cendrillon », en référence au conte.

Cela n’affectait pas trop Emma, qui avait un groupe d’amies très soudé. Ces dernières se moquaient gentiment de ce surnom, et lui faisaient tout simplement remarquer qu’elle avait une trace de saleté sur la joue, en lui passant un mouchoir.

Le père d’Emma, lui, avait aussi pris un petit boulot en attendant des jours meilleurs, et père et fille se soutenaient dans ce moment difficile.

Après les partiels du mois de juin, une grande fête fut organisée pour célébrer la fin de l’année scolaire, dans la boite la plus branchée de la ville. Tout le monde en parlait, et bien sur Emma rêvait d’y aller, elle aussi.

Seulement, à part un jean et quelques t-shirts passe-partout, Emma n’avait pas grand-chose à se mettre. Elle avait vendu toutes ses robes et tenues habillées lorsque son père avait perdu son emploi, afin d’aider à renflouer les caisses du ménage. Elle n’avait gardé qu’un tailleur, en vue de potentiels entretiens d’embauche, et une paire de talons noirs, qui allaient avec tout.

Elle appela donc en catastrophe Clara, sa meilleure amie, lui expliquant qu’elle n’avait rien à se mettre, et lui demandant si elle pouvait la dépanner d’une tenue de soirée.

Clara l’invita illico presto à faire son choix dans sa garde robe. Les deux jeunes femmes passèrent leur début de soirée à essayer diverses tenues et à se maquiller. Emma choisit une robe turquoise, qui faisait ressortir son teint mat et ses yeux verts, tandis que Clara opta pour une robe rouge sang. Clara, qui avait une maîtrise impressionnante du fer à friser, transforma la chevelure brune et lisse d’Emma en un chignon élaboré dont s’échappaient quelques boucles.

Une fois prêtes, les filles sautèrent dans la voiture du père de Clara, qui avait donné à sa fille l’autorisation de conduire son bolide pour l’occasion. Emma pris son sac à dos et le rangea dans le coffre de la voiture. Elle commençait le travail à trois heures du matin, elle s’y rendrait donc directement après la fête. Son sac contenait la tenue avec laquelle elle était arrivée chez Clara : son jean et son t-shirt, ainsi qu’une paire de baskets.

Les filles arrivèrent à la fête aux alentours de minuit, au volant de la voiture du père de Clara, ce qui impressionna pas mal de leurs camarades d’amphi. Peu de gens reconnurent Emma, car son apparence était aux antipodes de son allure de tous les jours.

Emma et Clara avaient décidé de passer du bon temps. Elles fendirent la foule et se déchaînèrent sur la piste de danse. Après quelques chansons, épuisées, elles se dirigèrent vers le bar pour se rafraîchir et s’hydrater.

C’est là qu’Emma entama la discussion avec James, un étudiant Erasmus qui venait d’Ecosse. Les deux jeunes gens rirent de bon cœur, dansèrent un peu ensemble, et burent quelques verres. Ils passèrent la soirée à discuter de choses et d’autres, notamment politique.

A 2h50, Emma se rendit compte avec effroi qu’elle allait être en retard au travail, et, s’excusant, partit précipitamment. Elle récupéra son sac dans le coffre de la voiture de Clara, se changea sur la banquette arrière, laissant la robe de son amie dans la voiture et fourrant ses talons dans son sac, et partit en courant.

James, qui était sorti pour essayer de lui dire au revoir et prendre son numéro, ne vit qu’une jeune femme en jean qui partait en courant. Mais dans sa précipitation, Emma avait mal fermé son sac, et l’une de ses chaussures en était tombée.

James reconnu la chaussure et la garda comme on garde un trésor. Il ne savait d’Emma que deux choses : son prénom, et qu’elle était intéressante. Ah, et qu’elle fréquentait la même université que lui, mais comme il rentrait en Ecosse à la fin du mois de juillet. Il se demandait s’il la reverrait jamais.

Emma, quant à elle, ne se rendit compte qu’elle avait perdu une chaussure que lorsqu’elle défi son sac en arrivant chez elle après le travail, vers sept heures du matin. Elle jura, car elle n’avait qu’une seule paire de talons.

Mais elle retourna à son quotidien avec son énergie et sa bonne humeur habituelle. Comme c’était les vacances scolaires, elle décida de prendre un deuxième job, de jour cette fois, pour gagner plus d’argent et mettre du beurre dans les épinards. Et peut-être s’acheter une nouvelle paire de talons.

C’est ainsi qu’elle devint serveuse dans un café. Elle assurait le service en journée, se couchait tôt, et se levait à 3h du matin pour faire les ménages dans les bureaux. Emma travaillait tellement qu’elle n’avait plus de temps ni d’énergie pour quoi que ce soit.

Elle pensait de temps en temps à James, qui lui avait bien plu. Surtout parce qu’il ne lui avait pas fait de rentre-dedans, mais qu’il s’était montré courtois, et qu’il prêtait attention à ce qu’elle disait. Plutôt rare, quand on rencontre les gens en boite.

Mi juillet, une bonne nouvelle arriva : le père d’Emma avait enfin trouvé un nouvel emploi. Emma abandonna donc les ménages, mais continua de travailler en tant que serveuse. Elle avait appris la valeur de l’argent pendant cette année difficile, et voulait être financièrement indépendante, malgré le fait que son père ait à nouveau des revenus confortables.

Ne travaillant plus de nuit, Emma se remit à voir ses amis. Lorsque Clara lui parla de la soirée d’adieu des Erasmus, Emma pensa à James. Ce serait tellement bien, de le revoir une dernière fois ! Ils avaient vraiment des atomes crochus !

Cette soirée là était beaucoup plus détendue que la fête de fin d’année. Il s’agissait d’un barbecue. Emma, Clara et leurs amies arrivèrent avec un pack de bière et des brochettes. Emma portait son jean, un débardeur bleu qui disait « Aloha », et des tongs. Ses cheveux étaient tirés en une simple queue de cheval, et elle ne portait pas de maquillage. Son allure était bien éloignée de celle qu’elle avait à la fête de fin d’année, et pourtant James la reconnu tout de suite.

Lorsque Emma vint lui dire bonjour, il rougit violemment. Il l’éloigna un peu du groupe, pour lui parler en tête à tête. James bafouilla, s’emmêla les pinceaux en français, mais finit par lui dire ce qu’il avait sur le cœur :

« Tu sais, tu m’as vraiment plu. J’ai beaucoup pensé à toi, et je ne savais pas comment te retrouver. Personne ne savait qui tu étais.

Emma éclata de rire.

– Personne, vraiment ? Pourtant tout le monde me connaît ! Ils m’appellent même « cendrillon », des fois, parce que je faisais des ménages pour financer mes études. Je crois juste qu’ils n’ont pas l’habitude de me voir sur mon trente-et-un !

– Peut-être, répondit James. Moi je te trouve aussi bien en tongs qu’en talons ! D’ailleurs, euh… j’ai une confession à te faire. J’espère que tu ne vas pas me prendre pour un pervers… lui dit James

Emma le regarda en levant un sourcil.

– Voilà, hum…. Quand tu es partie, l’autre soir, j’ai voulu te rattraper pour te demander ton numéro, parce que, hum… bon, tu me plais, voilà, avoua James, gêné. Donc je suis sorti de la boite, et je t’ai cherchée, mais je ne t’ai pas trouvée. Par contre, j’ai trouvé une chaussure, et je suis pratiquement certain que c’est l’une des tiennes… donc, euh… et bien, je l’ai gardée. Voilà. Comme un enfant garde un caillou trouvé sur la plage, moi j’ai gardé une chaussure trouvée sur le parking d’une boîte.

– Tu l’as avec toi, cette chaussure ? demanda Emma, amusée.

– Non, je ne suis pas tordu à ce point ! Elle est chez moi. Cachée. Tu te rends compte du scandale, si quelqu’un trouvait une chaussure à talon dans ma chambre, à la cité U ! Par contre, euh… comment dire… j’ai une photo.

– Je peux voir ? demanda Emma, inquisitrice.

James sorti son téléphone portable de la poche de son short, et fit défiler les photos jusqu’à celle de la fameuse chaussure.

– C’est vrai que c’est assez tordu, de garder une chaussure comme ça, pouffa Emma.

James rougit à nouveau.

– Je crois que je t’ai assez fait marcher, c’est bien ma chaussure, et j’étais furieuse de l’avoir perdue ! »

James et Emma éclatèrent de rire de concert. Clara, qui observait son amie du coin de l’œil, vit les deux jeunes gens se regarder amoureusement. Pendant la soirée, James chanta quelques chansons au coin du feu, accompagné d’une guitare. Plus tard, d’autres prirent le relais. Emma prit sa main. Il l’embrassa à la lueur rougeoyante du feu de camp, dans lequel crépitaient les chamallows enfilés sur des brochettes.

James partait le lendemain pour l’Ecosse. Les deux jeunes gens se séparèrent en se promettant de tout faire pour que leur histoire puisse continuer. Pendant un an, James vint en France voir Emma régulièrement. Emma et son père furent invités en Ecosse pour Noël.

Après un an, Emma et James furent tous les deux diplômés, et James vint s’installer en France avec Emma. La cohabitation ne fut pas de tout repos au début, mais ils étaient amoureux et voulaient que ça marche. Ils firent donc des compromis, discutèrent, se chamaillèrent et se réconcilièrent – souvent sur l’oreiller.

James s’installa à son compte en tant que traducteur, et Emma trouva un poste en tant que journaliste dans un journal local.

Et ils vécurent heureux, jusqu’à la fin des temps !


Voici donc ma version moderne de Cendrillon! C’est une improvisation que j’ai ensuite couchée sur le papier. Rien de bien transcendant, mais cela m’a amusée! J’espère que mon histoire vous aura plu 🙂

J’attends vos retours et critiques constructives avec impatience!

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Les Plumes d’Asphodèle (46)

Les Plumes d’Asphodèle (46)

plumes asphodeleJ’ai découvert le blog d’Asphodèle il y a plusieurs mois maintenant, et son très joli concept de travail d’écriture en commun baptisé « Les plumes d’Asphodèle ».

Elle demande à tous ceux qui veulent participer de bien vouloir lui donner un mot sur un thème, puis elle partage sa récolte de mots avec nous, la blogosphère, et nous invite à écrire un texte reprenant tous ces mots. Joli concept, n’est-ce pas? C’est super participatif!


Voici sa récolte pour le mot « échapper »: belle, gardien, lapin, destin, envolée, fermer, souffle, partage, quitter, s’abstraire, voyage, cavale, réchapper, chose, respirer, poète, nid, rêve, vie, doux, fugue, oiseau, imaginer, balles, poudrebercé.

J’ai utilisé tous les mots, sauf ceux en gars pour lesquels j’ai utilisé une déclinaison (imagination pour imaginer, partager pour partage, et respiration pour respirer).


 

Et voici mon texte: Voyage intérieur

Le poète souffla la bougie et ferma la porte derrière lui. Silence, ténèbres. Les conditions idéales pour laisser son esprit s’envoler. Il respira lentement, laissant à ses poumons le temps de s’emplir et de se vider complètement.

Il était bercé par le rythme lent de sa cage thoracique. Les pulsations de son coeur résonnaient à ses oreilles. Travail du souffle, du vide de l’esprit pour enfin atteindre cet endroit, cette chose à l’intérieur de lui. L’inspiration.

D’un coup, son esprit s’emplit de couleurs. Il y avait des coups de feu. Des balles sifflèrent à ses oreilles et il se sentit tomber lourdement sous les sabots d’un cheval lancé au galop. Son rythme cardiaque s’accéléra. Il se rassura en bougeant un doigt: il était toujours dans sa chambre, dans le noir. Tout cela n’était que son imagination.

Il avait réussit à s’abstraire de la réalité et son voyage avait aboutit là où il avait souhaité aller: dans les tréfonds de son cerveau. Il était en sécurité, il pouvait y retourner pour explorer plus avant le destin qui lui était réservé là bas.

Il revint à la folle cavale dont il avait réchappé quelques secondes auparavant. Elle était loin maintenant, et il pris le temps de découvrir ce qui l’entourait. Une poudre fine et légère, rosée, flottait dans l’air, donnant au paysage une manière de rêve très doux.

Un lapin passa derrière lui, le faisant sursauter. Quel imbécile, c’était juste un lapin! Une famille d’oiseaux, perchés dans un arbre au tronc noueux et violet, piaillait gaiement dans leur nid. Plutôt sympathique, comme endroit. Cela allait lui donner une belle matière pour son prochain poème.

Il y avait un mirroir sur le tronc de l’arbre. Il se regarda. Dans ce monde-ci, il était plutôt avenant. Non pas que son physique dans le monde réel ne soit pas charmant, mais son imagination le rendait plus grand, plus fort et plus capable.

Il fouilla ses poches, et y trouva un morceau de pain. Il le partagea avec les oiseaux, qui paillèrent de plus belle. Une envolée de feuilles couleur guimauve tourbillona à ses pieds, soulevée par un vent sucré.

Toc, toc, toc. Le gardien frappait à sa porte. Il était temps de quitter son monde intérieur pour revenir à la vie réelle. Sa fugue intérieure et silencieuse lui avait permis d’amasser bien assez pour composer son poème maintenant. Sa belle allait être subjuguée par ses mots.