Le Mont-Brûlé (Hungry Hill) – Daphné du Maurier (1943)

Le Mont-Brûlé (Hungry Hill) – Daphné du Maurier (1943)

Le Mont BruléLe Mont-Brûlé est un livre que j’ai récupéré dans la boite à livres à donner de ma bibliothèque. Il est tellement vieux qu’il tombe en morceaux. Je l’ai pris parce que c’est un Daphné Du Maurier. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait, et je dois dire que le démarrage a été un peu lent. Mais je suis finalement complètement entrée dans l’histoire et je me suis laissée happer par les aventures de la famille de Copper John.


Résumé et avis en bref: Le Mont-Brûlé retrace la saga familiale des Brodricks, une famille anglaise installée en Irelande, dont le patriarche Copper John lance une mine de cuivre en exploitant les entrailles de la coline voisine: le fameux Mont-Brûlé. Cinq hommes différents seront à la tête de la famille et des mines, juqu’au jour fatal ou une ancienne querelle refera surface, et que vengeance sera faite.

C’est un livre qui m’a un peu rappelé Zola, avec sa manière déterministe de considérer la génétique et les prédispositions de caractère de chaque génération d’homme. J’ai eu un peu de mal à entrer dans le livre au début, très certainement parce que c’est une (très) vieille édition française et que la traduction est un brin désuette. Aussi parce que je ne m’attendais pas du tout à une histoire de mines, et que le sujet m’a un peu rebutée. Tiens, voilà Zola qui revient, avec son Germinal – sauf que ce n’est pas la même époque ni le même endroit.

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Le destin tragique de cette famille maudite est touchante. La bonne société anglaise, qui vient s’installer en Irelande et exploiter ses terres en se souciant seulement de son profit, est très intéressante à découvrir.

Comme toujours, Daphné Du Maurier insiste sur la psychologie de ses personnages. Peut-être parce que l’on couvre cinq générations, il est difficile de s’attacher aux derniers hommes de Clonmere, dont l’histoire est moins détaillée que celle des deux générations précédentes. Un bel ouvrage, une bonne découverte. Un mix de Zola et des soeurs Brontë.


Jacquettes et traductions: La jacquette du livre que j’ai  ne comporte que le titre et rien d’autre. La traduction littérale du titre anglais est « la colline affamée ». Evidemment ça sonne bizarre en français, et « Le Mont Brûlé » est assez bien trouvé. Si la « faim » de la montagne n’est plus évoqué, son côté tragique ressort bien avec l’adjectif « brûlé ».

Les différentes jacquettes anglophones montrent toutes le domaine de Clonmere, lui donnant plus ou moins d’importance.

En français Clonmere n’est pas du tout évoqué. Une édition montre un paysage de landes, tandis qu’une autre montre les portrait de ceux qui sont certainement Copper John et Fanny Rosa, les deux personnages constants du livre.


Mon avis: Mon avis est mitigé, mais pourtant je pense que c’est tout de même un livre à découvrir. C’est très différent de Rebecca. Je ne suis pas surprise de constater que c’est l’oeuvre de Daphné Du Maurier qui plait le moins. Comme je l’ai dit ci dessus, ce livre relève plutôt de Zola pour les thèmes, et de Brontë pour le côté tragique et maudit. Bon, le tragique et la malédiction sont tout de même très présents chez du Maurier 😛

J’ai eu du mal à entrer dans le livre. Je pense que j’ai lu les premières lignes des mois avant d’arriver à aller plus loin. Mais une fois prise dans l’histoire, je me suis attachée aux personnages et j’ai vibré avec eux.

Le style: c’est une très vieille édition française que j’ai ramassée, et la traduction est un peu désuette. Certaines formules sont des traductions littérales de l’anglais, ce qui alourdit le texte. Mais c’est une plume lyrique et envolée que celle de Du Maurier, donc cela contre-balance la lourdeur du texte.

minesLa rivalité fraternelle et le déterminisme héréditaire: si on y regarde de plus près, la rivalité fraternelle est au centre du livre. A chaque génération, il y a un frère brillant et sociable, et un frère rêveur, sombre, mélancolique, qui ne demande qu’à ce qu’on le laisse tranquille. A chaque fois, la comparaison mine une relation: soit la relation entre les deux frères, soit la relation père-fils, ou encore, d’une certaine manière, la relation entre un mari et sa femme.

Ce sont des chamailles de gamins: « est-ce qu’elle a jamais regardé mon frère? » / « Pourquoi elle pleure ‘sans raison’? » / « pourquoi mon fils est-il un bon à rien? » / « mon frère fait tout mieux que moi » / « allons chasser/peindre/nous bourrer la gueule, on se sentira moins nul ».

La génétique, comme chez Zola, joue un rôle majeur: Fanny-Rosa est désordonnée et tête en l’air comme son père. Les différentes générations d’hommes Brodrick, quant à eux, sont soit solaires, soit complètement déconnectés de la réalité. Il arrive même qu’un évènement tragique, comme la mort d’une épouse, change un homme solaire en ogre taciturne, guidé uniquement par le gain.

Et puis il y a les enfants illégitimes, les bâtards, que l’ancêtre a semé aux quatre coins du pays. Là encore, l’hérédité parle: Copper John a un demi frère batard qui lui sert d’administrateur du domaine, et Johnnie freluque avec tellement de donzelles qu’il doit avoir des enfants un peu partout.

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La rivalité et le colonialisme anglais: avant d’anexer la moitié du globe, l’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais a commencé par ses voisins: le Pays de Gales, l’Ecosse, et bien sur l’Irelande. C’est là que se déroule l’action du livre. L’irelande est anglaise, mais les populations locales n’ont jamais bien digéré cela (tu m’étonnes, Elton!).

Dans les faits, cela se traduit par une rivalité entre les Brodrick, qui sont arrivés un beau jour et ont déclaré que Clonmere leur appartenait, et les Donovan, une famille locale qui clame à qui veut bien l’entendre (et surtout aux villageois) que Clonmere est à eux, et que Clonmere leur reviendra un jour.

Comme en Inde ou tout autre pays pillé, les angliches imposent leur vues et trouvent les locaux complètement attardés. Ils imposent leur « progrès », ici en creusant une mine dans le flanc d’une coline iconoclaste du patelin, ne s’embêtant pas à savoir ce qu’en pensent les autres. Le profit et le progrès avant tout. Copper John ira même jusqu’à sacrifier quelques mineurs un peu trop revendicatifs pour assurer le bon déroulement des choses – sacrifier au sens propre, hein, pas juste les virer.

Cette rivalité se transmet de génération en génération, avec les Donovan irlandais, fourbes, qui essaient à chaque fois de planter un couteau dans le dos des Brodrick anglais. Certains Brodrick se rapprocheront des Donovan, par bravache, ou alors pour tenter d’enterrer la hache de guerre. Peine perdue, les Donovan sont décrits comme étant vicieux et profiteurs, n’hésitant devant aucune bassesse pour se venger des Brodrick.

Cette rivalité culmine avec le sort que lance Morty Donovan à Copper John, maudissant sa famille sur plusieurs générations et sa mine.

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La petite noblesse anglaise: Copper John et sa famille sont le stéréotype de la petite noblesse anglaise, ou du moins d’une famille aisée, mais pas tant que ça – vous me suivez?  😉 Il faut de l’argent pour faire vivre un domaine et une famille nombreuse. Copper John s’y emploie.

Les filles sont éduquées à la maison alors que les garçons sont envoyés en pension à Eton, en Angleterre, pour y apprendre le droit. C’est comme ça. On se fout bien de leurs intérêts à eux: la peinture? Un truc de mauviette. Ne parlons pas des courses de lévriers. Bref c’est trop la joie quand on n’est pas formaté pour entrer dans le moule. D’ailleurs, le meilleur moyen de remédier à cela, c’est d’abuser, dès l’adolescence, de la bouteille.

Les filles ont pour projet de se marier, malheureusement la première génération finit soit morte, soit (très) vieille fille. Les autres générations de filles se marient sans faire de vagues, jusqu’à Molly, la soeur aînée de la quatrième génération, qui tient un peu tête à son père. Dommage qu’on n’explore pas plus le destin des femmes de cette famille, d’ailleurs, car à mon avis elles sont bien plus intéressantes que les hommes.

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La mine: symbole de modernité et de développement, mais aussi de la main-mise des anglais sur la Terre irlandaise et de leur non-respect des traditions, la mine est au coeur du roman.

La mine bouffe la beauté du Mont Brûlé, et elle bouffe aussi la famille. Les Brodrick en tirent de l’argent, bien sur, mais cette mine les tue tous petit à petit. Elle englouti littéralement les corps lors des inondations, elle éventre le flanc de la colline…

Bref, par la mine, le mal arrive. Un mal sourd, qui va ronger et la famille Brodrick, et la colline irlandaise verdoyante.

Il est intéressant de suivre le boom économique engendré par l’activité minière, les spéculations et le cours des minerais, auxquels les mineurs ne comprennent rien. D’ailleurs, lorsque la mine ferme parce que le cuivre irlandais revient trop cher par rapport au cuivre de je ne sais-où, les mineurs ne comprennent pas: pourquoi arrêter le travail alors que la colline regorge encore de cuivre?

Mais les investisseurs s’en foutent, et il n’y avait bien sur pas d’assurance chômage pour que ces pauvres gens puissent survivre le temps de trouver autre chose. Y’a un côté Germinal dans tout ça. Encore le fantôme de Zola qui plane sur ce bouquin!

fanny rosa 2L’addiction: L’un des personnage fort du roman, c’est Fanny Rosa. D’abord parce qu’elle a un prénom à coucher dehors -qui appelle sa fille Fanny Rosa??? Franchement!!- et ensuite parce qu’avec Copper John, c’est l’un des personnage qui dure le plus longtemps dans ce bouquin.

Par Fanny Rosa, le gène de l’addiction entre dans la famille Brodrick. Avant elle, les particularités de caractère des rejetons Brodrick étaient: 1. brillant et sociable; 2. contemplatif et fainéant. Fanny Rosa la fantasque a un père buveur, et le reste de sa famille n’est pas bonne à grand chose.

Fanny Rosa met au monde Johnnie, qui sera associal comme son père et fantasque comme sa mère. Et ivrogne comme son grand-père maternel.  Le pauvre enfant mourra d’ailleurs une bouteille à la main.

Le neveux de Johnnie, Hal, un enfant incompris, aura aussi tendance à siroter la bibine en douce quand il ne se sent pas bien – c’est à dire plus que régulièrement.

Fanny Rosa elle-même, dans ses vieux jours, sera accro au jeu. Elle déménage dans le sud de la France « pour le climat », à côté de Monte Carlo. Elle commence à voler de l’argent à son fils Henry quand elle se retrouve à court de ressources. Lorsque celui-ci décide de lui rendre visite, surprise: personne pour l’attendre à la gare. Sa mère l’a oublié! Et lorsqu’il arrive chez elle, catastrophe: Fanny Rosa vit dans un dépotoir, la maison est sens dessus dessous tout est sale. Le triste état de la maison de Fanny Rosa, sa paranoïa (le croupier triche) et son sentiment qu’elle va bientôt se refaire, tout dépeint les symptômes connus de l’addiction.

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L’epilogue: John-Henry (encore un prénom à coucher dehors, si voulez mon avis) incarne, de par son prénom et par l’abandon de la propriété de Clonmere. Finalement, tout rentre dans l’odre. La nature envahit ce qui reste de la mine, et Clonmere revient enfin au clan des Donovan.

Le prénom même de John-Henry, qui accole les prénoms les plus emblématiques de la famille, a une portée réconciliatrice. C’est juste un type normal, il n’est pas extrêmement enjoué ni extrêment mélancolique, comme l’ont pu être ses ancêtres. Il est à même de voir et de comprendre que s’accrocher à Clonmere n’est plus possible, qu’il faut lâcher prise pour aller de l’avant.

Pour résumer: un roman intéressant, qui survole cinq générations d’hommes, la gloire et la ruine d’une famille. On aurait pu s’attarder plus sur certains personnages féminins, mais c’était clairement les personnages masculins qui étaient au coeur de l’intrigue. Un genre d’étude sociale et génétique sur la transmission de certaines caractéristiques dans une même famille. Une critique à peine couverte de la main-mise anglaise sur l’Irlande.


daphne-du-maurierL’auteure: Daphné du Maurier est née à Londres, le 13 mai 1907. Elle est la cadette d’une fratrie de trois soeurs, toutes artistes, et la fille d’une actrice et d’un manager d’acteurs. Elle baigne donc dans un milieu artistique dès sa plus tendre enfance.

En 1932, elle épouse Fredrick Browning, un officier de l’armée de terre britannique. Leur relation sera ponctuée de hauts et de bas, les deux prenant tour à tour des amant-e-s. Ils auront trois enfants. Browning meurt en 1965.

Daphné du Maurier est une auteure prolifique dont les romans les plus connus sont Rebecca et Ma cousine Rachel. Elle est aussi l’auteure de pièces de théatre. Les Cornouailles sont sa terre de prédilection, elle y situe d’ailleurs plusieurs de ses intrigues.

Elle meurt le 19 avril 1989 dans sa maison de Menabilly en Cornouailles, et ses cendres seront dispersées sur les falaises de Cornouailles.


Produits dérivés: Un film a été tourné en 1947.


L’histoire: Les Brodrick sont une famille anglaise installée en Irlande. Ils possèdent le château de Clonmere, et une ancienne rivalité les oppose à la famille Donovan, une famille irlandaise qui prétend que Clonmere a été bâti sur des terres qui lui appartenaient. D’ailleurs, le grand-père de John Brodrick a été tué d’un coup de feu dans le dos – certainement par un Donovan.

John Brodrick est ambitieux: il veut faire creuser des mines pour exploiter le cuivre qui se trouve dans les entrailles du Mont-Brûlé, une colline qui se trouve moitié sur son terrain, moitié sur celui de son voisin. Il est surnommé Copper John (John Cuivre).

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C’est un homme d’affaire qui mène son business de manière stricte et ferme. Il est visionnaire, et grâce à lui le conté isolé se développe, par exemple en se dotant d’une route carrossable. Il mène de même sa famille. Veuf, il guide d’une main de fer ses deux fils, Henry et John, et ses trois filles, Barbara, Eliza et a douce Jane.

Mais Morty Donovan, l’héritier du clan ennemi des Brodrick, maudit Copper John lorsqu’il creuse la mine, défigurant ainsi le majestueux Mont Brûlé. Copper John ne pense qu’au profit, détruisant ainsi le paysage, y implantant des baraquements sombres et délabrés, exploitant les humains comme la Terre. Donovan lui prédit que sa descendance sera anéantie, et que les Donovan reprendront leurs droits sur leur terre.

Henry, le fils ainé de Copper John, est avenant et extraverti, très charmant. Il seconde son père à la mine. John, le cadet, est à l’opposé de son frère: introverti, intéressé par la nature, la chasse et les courses de lévrier. Mais les deux jeunes hommes ont une passion commune: Fanny Rosa, la fille de leurs voisins.

Fanny Rosa est rousse, elle marche pieds nus, et n’a rien à faire du qu’en dira-t-on. Son père dissipe son argent dans la boisson. C’est cette liberté, qui manque tant dans leur foyer, qui séduit les deux frères. Fanny Rosa fait du gringe à l’un, puis à l’autre, s’amusant, faisant la mystérieuse. A la fin d’un été magique, Fanny Rosa et sa famille partent en Italie, et la mine est creusée dans le Mont Brûlé.

Pendant l’hiver, une mutinerie menée par les Donovan éclate à la mine. Henry et John viennent à la rescousse pour aider leur père… sous la pluie, Henry attrape un mauvais coup de froid et commence à tousser. Au fil des mois, sa santé se détériore de plus en plus, et il prend la décision d’aller en Italie rejoindre la famille de Fanny Rosa afin de profiter de la clémence du temps.

fanny rosa 2John est fou de jalousie et s’imagine Fanny Rosa et Henry roucouler sous le soleil italien. Les semaines passent, et un jour Copper John reçoit une missive de son fils aîné lui disant qu’il a décidé de rentrer. Copper John, inquiet pour Henry, décide de voyager au devant de lui.

En Italie il ne trouve personne, la famille de Fanny Rosa lui indique que le jeune homme est reparti vers la France. Remontant la trace de son fils, Copper John arrive trop tard: Henry est décédé dans une auberge française. C’est donc son second fils, John, qui devient l’héritier du domaine de Clonmere et des mines.

Sauf que John n’est pas du tout intéressé par la gestion du domaine ni celle des mines. Tout ce qui l’intéresse, ce sont ses lévriers. Greyhound John (John Lévrier) est une déception pour son père.

Lorsque Fanny Rosa revient d’Italie, Greyhound John est toujours aussi amoureux d’elle, mais les souvenirs de ses fantasmes, dans lesquels son frère décédé Henry et Fanny Rosa batifolaient en Italie, le hantent. Jalousie, quand tu nous tiens… Fanny Rosa ne dira jamais à John ce qui s’est passé en Italie, mais elle lui fera comprendre que le passé est passé, et qu’elle l’aime. Apaisé, John lui demande sa main.

John a un caractère fainéant et bon vivant. Il aime à trainasser au lit avec sa femme, l’emmener chasser ou faire des promenades. L’incompréhension et la déception rythment les relations avec son père. Un jour, une inondation survient. John y voit l’occasion de faire ses preuves et va aider son père à la mine. Copper John prend une décision que n’approuve pas son fils: percer le flanc de la colline pour l’eau s’écoule des galeries. C’est un succès, mais la route est emportée par les eaux…

…la route par laquelle revenaient Fanny Rosa, enceinte, et Jane, la jeune soeur de John. Fanny Rosa est sauve, mais Jane meurt sous les décombres. La mine a déjà tué deux enfants de Copper John.

John et Fanny Rosa s’installent dans une autre maison, et rendent rarement visite à Copper John à Clonmere. Ils ont quatre enfants: Johnnie, Henry, Fanny, Edward et Herbert. Les enfants sont terrorisés par leur grand-père.

Après un incident au cour duquel un employé de la mine descend un Donovan, Greyhound John décide d’aller enterrer la hache de guerre et va boire un coup chez les Donovan pour faire la paix. Sauf qu’il y attrape la diphtérie et.. meurt. La malédiction continue.

Fanny Rosa et ses bambins reviennent s’installer chez Copper John à Clonmere. L’aîné, Johnnie, a un caractère sombre et emporté. Adolescent, il boit en cachette des coups avec le fils Donovan, juste pour embêter son grand-père. Son frère cadet, Henry, est tout à fait l’opposé, et le portrait caché de son oncle décédé.

Fanny Rosa est ambitieuse et met dans la tête de Johnnie, son aîné, qu’un jour il sera maître de Clonmere. Johnnie passe donc son temps à attendre que Copper John, son grand-père, ne meurt, pour enfin jouir des lieux et faire ce que bon lui semble.

En attendant, son grand-père a une santé de fer, et Wild Johnnie (Johnnie le sauvage, à cause de son caractère emporté) décide d’arrêter les études pour s’enrôler dans l’armée. Son caractère fait qu’il est solitaire. Tout le contraire de son frère cadet, Henry, qui se fait tout de suite plein d’amis à l’école. Johnnie boit trop et est renvoyé de l’armée, mais il le cache à sa famille.

Lors d’un repas de famille, barbant à souhait pour Johnnie qui a en horreur de parler de la pluie et du beau temps, apparaît Katherine Eyre (oui comme Jane Eyre!!), la belle-soeur de Fanny (la soeur cadette de Johnnie et Henry). Johnnie en tombe instantanément amoureux. Cette femme belle, douce et posée, c’est son remède. Un jour il l’épousera, et elle apaisera tous ses maux. Sauf qu’Henry annonce justement ses fiançailles avec Katherine. Tout s’écroule…

Johnnie tombe plus bas que terre. Sans travail et sans argent, Johnnie dépérit, jalousant maladivement le bonheur conjugal de son frère. Jusqu’au jour où la nouvelle tant attendue tombe: Copper John est mort. Clonmere appartient désormais à Johnnie.

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Cependant, l’euphorie est de courte durée. Johnnie emménage à Clonmere avec Fanny Rosa, sa mère, mais la cohabitation se passe mal. Fanny Rosa essaie de garder son fils sur le droit chemin, mais ce dernier n’apprécie pas. Fanny Rosa décide donc d’aller habiter dans le sud de la France, près de Monte Carlo.

Livré à lui même dans cette grande demeure, Johnnie est hanté par le souvenir de son grand-père Copper John et n’arrive pas à s’approprier les lieux. Son frère Henry vient de temps en temps avec sa femme Katherine et ses enfants. Cela met du baume au coeur de Johnnie que de voir Katherine, mais le fait aussi terriblement souffrir. D’autant plus que Katherine lui offre son amitié et lui promet d’être toujours là pour lui.

Clonmere se détériore. Johnnie vire le personnel pour un oui ou pour un non. Un jour, il tombe sur son copain de beuverie de ses années d’adolescence: Donovan. Par bravache, il propose à ce dernier de devenir son concierge et l’installe dans la loge à l’entrée du domaine, avec sa soeur Kitty. Très vite, Johnnie passe plus de temps à la loge, à boire des coups avec Donovan, qu’au château. Très vite aussi, Donovan s’éclipse et laisse Kitty et Johnnie en tête à tête.

Donovan fait chanter Johnnie en lui disant qu’il a déshonoré sa soeur et qu’elle est enceinte. Il veut que Johnnie épouse Kitty. Henry tire son frère de ce mauvais pas en lui achetant un voyage pour le Nouveau Monde, afin qu’il disparaisse quelques temps et que la colère des villageois contre Johnnie, ce méchant homme qui ne veut pas épousé la fille qu’il a déshonorée, s’apaise.

Johnnie s’apprête à s’embarquer pour le Nouveau Monde, mais il veut dire adieu à son frère et Katherine. Henry est sorti et Katherine est seule. Elle lui renouvelle son amitié mais… soudain elle comprend, dans le regard de Johnnie, que son amitié seule ne pourra jamais sauver son beau-frère, et qu’elle ne pourra jamais lui donner ce dont il a besoin: son amour. La jeune femme s’en va, laissant Johnnie seul. Il prend en souvenir la Bible de Katherine. On retrouve le lendemain le corps de Johnnie dans une auberge, entouré de cadavres de bouteilles, tenant dans une main une Bible et dans l’autre une bouteille.

Henry devient maître de Clonmere. Il coule des jours heureux au domaine, entre sa femme adorée et leurs trois enfants Hal, Molly et Kitty. Il aime gérer le domaine et la mine. Il a de grands projets, dont celui d’agrandir Clonmere. Les travaux commencent, ce qui enchante les enfants. Mais Katherine, enceinte d’un quatrième enfant, voir sa santé décliner. L’accouchement est difficile et Katherine meurt peu après. La petite Lizette, dernière née, a un pied bot.

Henry est inconsolable. Il fait arrêter les travaux à Clonmere et loue une maison à Londres pour sa petite famille. Les enfants l’insupportent, lui rappelant trop leur défunte mère. Henry les couvre de cadeaux mais laisse la Nanny s’occuper de leur éducation. les enfants tombent des nues lorsqu’ils apprennent que leur père a mis Clonmere en location pour 10 ans.

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Ayant besoin de se changer les idées, Henry décide de voyager un peu en Europe. Il rend visite à sa mère, Fanny Rosa, qui vit dans le sud de la France près de Monte Carlo, et qui lui demande sans cesse plus d’argent. Henry déchante lorsqu’il se rend compte que sa mère est accro aux jeux de casino et qu’elle vit dans la saleté.

Il rencontre la voisine de sa mère, une veuve anglaise, qui l’aide à faire soigner (interner) Fanny Rosa. Henry tombe sous le charme de cette femme efficace, organisée et pimpante. Il lui demande de l’épouser et la ramène à la maison.

Sauf que rien ne se passe comme prévu entre les enfants et leur nouvelle belle mère. Cette dernière prend ses marques très rapidement et change la manière dont les choses ont toujours fonctionné, s’attirant la haine des enfants. Hal, qui a un penchant pour la peinture, avait préparé pour son père une miniature du portrait de Katherine, sa défunte mère. Lorsque Henry découvrira le portrait, il remerciera son fils, mais n’en dira pas plus.

La belle mère prend le contrôle et les enfants font tout pour s’échapper. Hal ne rentre pas du collège, où il est interne, pour les vacances. Il préfère les passer chez son oncle. Ses soeurs le suivent avec plaisir pour fuir la maison de leur père.

Le bail de Clonmere prend fin et pour la première fois, les enfants d’Henry, devenus adultes pour la plupart, y retournent pour y fêter Noël. Hal retrouve avec nostalgie les endroits de son enfance, et la petite Lizette, qui n’a pas de souvenir de l’endroit, découvre avec émerveillement « la maison ».

Hal rencontre la douce Jinnie lors de ce séjour. C’est la fille du pasteur. Ils s’entendent bien, et Hal promet de revenir pour Jinnie. Excédé par son père, qui ressemble de plus en plus à Copper John de par son caractère, Hal décide d’aller tenter sa chance au Canada. Il y passe plusieurs années mais en revient sans rien. Il a échoué. Pourtant, Jinnie l’a attendu.

Jinnie et Hal se marient et s’installent dans une petite maison du village. Hal est considéré comme l’ennemi, puisqu’il est le fils du patron des mines. Il s’enrichit sur leur dos. Pourtant Hal ne reçoit rien de son père et doit recourir à la charité de son beau-père, le pasteur, pour faire vivre son ménage. Hal souffre dans son ego: il devrait être à Clonmère, Jinnie ne devrait pas faire la cuisine et le ménage. Il se rappelle avec nostalgie les moments passés avec sa chère maman.

Le pasteur propose à Hal de trouver du travail. Justement, on a besoin d’une personne à la mine pour distribuer les gages des mineurs. Hal s’y rend, et commence à être accepté par les villageois. Hal retrouve un peu d’estime de lui-même. Il doit travailler dur, faire la comptabilité. Pour la première fois de sa vie, il ne peut pas être fainéant et faire ce qui lui plaît. En plus, le petit John-Henry nait. Son fils a besoin d’un papa qui travaille et gagne sa vie.

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Mais le cours du cuivre baisse dramatiquement. Henry vend la mine à des exploitants peu scrupuleux, qui vident la colline de tout ce qu’ils peuvent avant que le cours du cuivre ne s’écroule définitivement sous la concurrence du cuivre asiatique, et que la mine ne ferme.

Les mineurs ne comprennent rien: il y a encore du cuivre, pourquoi n’y a-t-il plus de travail? Les mineurs au chômage se mettent à boire et à vandaliser la mine. Hal, lui aussi sans emploi, revient à la mine pour lui faire ses adieux. Il tombe sur un Donovan, qui le passe à tabac et le laisse pour mort. Lorsque Hal se relève, il ne voit rien. Ses yeux sont endommagés. Il se déplace à tâtons et tombe dans un puis de la mine. La malédiction a encore frappé….

Adulte, John-Henry a fait la guerre et s’en revient à Clonmere. Tout le monde le lui déconseille, surtout sa vieille grand-tante Eliza. Mais John-Henry a le rêve de finir les travaux que son grand-père Henry avait entrepris. Sur la route, il est arrêté par un barrage révolutionnaire. John-Henry a été vu par un Donovan en train de boire un coup avec des officiers anglais. Lorsqu’il explique qui il est, sa voiture est réquisitionnée, et on l’emmène pour quelques jours dans un lieu secret.

Lorsque John Henry est finalement libéré, un journal est laissé devant la porte de sa geôle. L’incendie et la destruction de Clonmere font les gros titres. Abattu, John-Henry s’en va à pied jusqu’à Clonmere, où il récupère le portrait de sa grand-tante Jane et quelques bricoles.

Un berger fait paître ses moutons sur la pelouse du domaine. John-Henry s’en approche… c’est un Donovan. Il n’y a pas d’animosité entre les deux hommes. Juste un constat: la terre est revenue aux Donovan. John-Henry s’en va en souhaitant aux Donovan d’être heureux à Clonmere.

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