Shadows On The Moon, Zoe Marriott (2009)

Shadows On The Moon, Zoe Marriott (2009)

shadows on the moon book cover 1Shadows On The Moon (Des ombres sur la Lune) m’a été donné par ma soeur lorsque j’ai perdu le livre que j’étais en train de lire, alors que j’étais en weekend chez mes parents. Il est resté longtemps dans ma bibliothèque, un an ou plus… et pourtant, lorsque je l’ai commencé, j’ai été complètement emportée dans l’histoire et ne pouvais plus le lacher.

Shadows On The Moon est pour toujours lié à la danse orientale pour moi. En effet, je l’ai lu pendant un weekend de stage intensif de danse orientale avec la grande Suhaila Salimpour, pendant les pauses, afin de décrocher un peu et pour me ressourcer.


Résumé et avis en bref: la vie de Suzumé bascule le jour où des gardes impériaux arrivent chez elle et tuent son père, accusé de trahison. Dans sa fuite pour échapper au massacre de sa maisonée, Suzumé découvrira qu’elle a des pouvoir magiques: elle tisse les ombres. Suzumé changera plusieurs fois d’identité, à chaque fois qu’elle devra fuir ou se cacher. Guidée par les mentors que le destin mettra sur sa route, elle afinera son art et préparera sa vengeance. Mais la vengeance et l’amour peuvent-ils aller de pair? Suzumé devra-t-elle choisir?

Zoë Marriott a décidé de réécrire Cendrillon, en faisant du personnage principal une héroïne badass qui fomente sa vengeance, au lieu d’être une pauvre enfant éplorée qui attend son prince charmant. D’ailleurs, le prince en question devra batailler pour que sa belle accepte son amour!

Shamisen

L’action est située dans un Japon médiéval fantasmé, ce qui donne un petit coté exotique à notre histoire. L’écriture est efficace, il y a du suspense, et surtout, on cherche les élements de Cendrillon. La narration originale est msie sens dessous dessous, mais on retrouve la jeune fille dans la cheminée, un horrible beau parent et une chassure abandonnée.

J’ai particulièrement apprécié le soin que l’auteure a mis à se documenter sur les us et coutûmes du Japon médiéval, même si elle met un point d’honneur au début de son livre à expliquer qu’il s’agit d’une version fantasmée de ce pays.


Les jaquettes: Mon édition montre la moitié du visage d’une jeune femme asiatique, encadré de fleurs de cerisiers blanches. Le titre en rose donne une touche girlie. Le sous titre est « Les plus brillantes illusions chachent les plus noires vérités », ce qui permet de sous-entendre le côté noir de ce roman.

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En anglais encore: une édition montrant le visage d’une jeune femme asiatique, comme éclairé par la Lune. Le fond donne un côté un peu inquiétant, ça me rappelle un peu Ring et Sadako (sauf que Sadako n’a pas ce petit sourire paisible). Cette édition n’a rien de girlie et est donc marketée pour tous….

…Contrairement à une autre édition en anglais, dont l’illustration est un chignon élaboré, piqué de peignes et d’épingles à cheveux. La pointe de l’épingle à cheveux est pleine de sang, ce qui fait référence à la scarification que s’impose Suzumé, et donne aussi un petit aperçu de la violence à laquelle est confrontée l’héroïne. Fleurs de cerisiers à gogo là aussi, roses en plus, et un sous-titre qui finit de convaincre qu’il s’agit bien de chick-lit, avec une référence à Cendrillon.

Enfin, l’édition polonaise est très consensuelle: un portrait de jeune femme asiatique (encore!) et en filigrane, une calligraphie chinoise.


Trailer: https://www.youtube.com/watch?v=vo66Z9rhLzc


Mon avis: Shadows On The Moon est une réécriture surprenante de Cendrillon. Dans une note explicative au début du livre, Zoë Marriott nous explique que l’attitude de jeune demoiselle en détresse de Cendrillon l’a toujours exaspérée… jusqu’au jour ou elle s’est dit que peut-être, Cendrillon n’était pas si niaise que cela, et qu’elle pourrait écrire cette histoire du point de vue de l’héroïne… une héroïne qui n’attend pas sagement son prince charmant, qui n’est pas résignée, mais qui a la rage et qui prépare sa vengeance.

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Cendrillon: J’ai beaucoup aimé chercher les éléments de Cendrillon dans ce livre. L’histoire est tellement différente de celle que l’on connaît tous, que c’est un peu comme une chasse au trésor. Mais tous les éléments du conte originel sont bien présents, avec un petit twist: ce n’est pas la mère de Suzumé qui meurt, mais son père. Son beau-père prend donc le rôle de la méchante marâtre. La mère de Suzumé ne meurt pas, mais se range aux côtés de son nouvel époux contre sa fille. Exit les deux laiderons, la mère de Suzumé donne naissance à des jumeaux après son remariage. Pour échapper aux assassins de son père, Suzumé se cache dans un four et se retrouve couverte de suie. Le bal: Suzumé danse de manière époustouflante, et même le Prince est sous le charme. La chaussure: dans la chambre nuptiale, alors que Suzumé attend son nouvel époux princier, elle se rend compte que le véritable amour vaut plus que la plus froide des vengeances, et perd une de ses chaussures en faisant le mur.

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Japon féodal

Le Japon: Zoë Marriott a décidé de situer l’action de son roman dans une version fantasmée et fantastique du Japon médiéval. Cela veut dire qu’elle s’est inspirée du Japon de l’époque pour créer cet univers, mais elle n’a en aucun cas prétention à décrire les choses avec une précision historique. Et pourtant, elle a fait un travail de recherche de fou!

Les termes de politesse japonais sont repris (onee-san pour « grande soeur » par exemple). La description des coiffures, du maquillage, des danses, de la musique, du tir à l’arc, des kimonos est superbe et bien renseignée. La politesse japonaise, l’art de vivre, l’art, sont retranscrits de manière fidèle (pour ce que j’en sais en tout cas!).

Suzumé change d’identité plusieurs fois, ce qui permet d’explorer différentes strates de la société: une famille noble de la campagne, une famille noble de la ville, une souillon de cuisine, et la vie des courtisanes.

Suzumé Otieno
Couple blasiatique (black-asiatique)

La mixité: je dois dire qu’un effort tout particulier a été fait par Zoë Marriott au niveau de la mixité de ses personnages. Tout d’abord, les rôles de la méchante belle-mère et de la bonne fée sont endossés par des hommes dans cette histoire. Bam! Gender-reverse. D’ailleurs, il y a deux bonnes fées au lieu d’une: un cuisinier, et un transsexuel. Re-Bam! Une asiatique et un africain tombent amoureux. Bam bam bam!

Suzumé et Otiéno forment un couple mixte, mais avec un mélange pas souvent représenté. Ok, il y a de plus en plus d’enfant sino-africains, avec la Chine qui envoie pléthore d’ouvriers chinois sur ses chantiers africains, mais ça reste un phénomène très récent. Et les métisses nippo-africains, alors? Encore plus rares!! Si vous voulez en savoir plus sur les afro-asiatiques, cliquez ici ou visitez ce super site sur les couples afro-asiatiques.

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Epingle à cheveux

La scarification: Suzumé est traumatisée par l’assassinat de son père et de sa cousine. Sa mère et son beau-père lui demandent de ne plus jamais mentionner cet évènement et d’oublier. Super méthode pour faire son deuil et gérer ses émotions, ahahah. Non mais sans blague! Du coup notre petite Suzu-chan internalise sa douleur et sa culpabilité. mais des fois, c’en est trop pour elle. Le seul moyen de calmer sa douleur, c’est de se taillader les avant-bras avec son épingle à cheveux.

J’ai trouvé que cet élément, très sombre, était très bien intégré à l’histoire. Quand Suzumé a commencé à faire couler son sang pour se soulager, je me suis dit: « ben dis donc, l’auteure a choisi un thème pas facile à traiter, elle est courageuse! ». Ce livre s’adresse plutôt aux adolescentes, et on sait tous et toutes que cette période de la vie nous fait passer par des choses pas simples.

Les désordres psychologiques (ce terme ne me plaît pas trop mais je n’ai rien trouvé de mieux) des adolescent(e)s sont connus, mais pas souvent traités dans la littérature. Ou alors, c’est le grand thème du livre. Ici, la scarification n’est pas le sujet central, elle est présente et traitée par l’auteure comme faisant partie intégrante du cheminement de son héroïne. La manière dont cela est accepté et géré par l’entourage de Suzumé est aussi plein de justesse: Yota le cuisinier lui signifie qu’il n’est pas d’accord mais ne condamne pas la jeune fille, lui donnant même des conseils pour dissimuler ses cicatrices.

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Les cheveux: les cheveux de Suzumé témoignent de ses changements d’identité successifs: longs et coiffés en chignon en tant que jeune fille de bonne famille, massacrés à la machette et jetés dans le feu quand elle se cache en souillon dans les cuisines, et enfin ils reprennent vie et sont coiffés de façon spécifique lorsque Suzumé devient une apprentie Geisha.

La coiffure et ses ornements indiquent le statut social de la femme. Ainsi, bien que seulement deux années se soient écoulées entre le moment où Suzumé est une jeune fille de bonne famille et celui où elle réapparaît en tant que geisha, sa coiffure change du tout au tout. Une jeune fille de bonne famille a un chignon élaboré mais sobre. Une geisha du même âge voit sa coiffure apprêtée de beaucoup d’épingles à cheveux, et la coiffure est réalisée de manière à ce que les hommes puissent connaître le « niveau » de la geisha – et surtout si elle est vierge.

Les ornements sont aussi décrits minutieusement; épingles à cheveux, peignes, perles…

shamisen

Le don: la magie est présente sous la forme du don que reçoivent certaines personnes. Pour autant, j’ai trouvé ce don difficile à cerner. Au début, avec Yota, c’est simple: le tissage d’ombres. Ok, ça veut dire créer des illusions d’optique. Et puis on se rend compte que ce don peut se manifester à travers un art: le tir à l’arc pour Otiéno, le shamisen pour Suzumé. Encore mieux: les tisseurs d’ombre de haut niveau peuvent changer de forme. C’est donc pour cela que Suzumé, qui fuyait comme un lapin devant les soldats, a perdu ses vêtements: elle s’était véritablement transformée en lapin! Et pour les tisseurs d’ombres de très, très haut niveau: le pouvoir de guérir les autres.

Je trouve que cela fait beaucoup, et ça dépasse largement le terme de « tisseur d’ombres ». J’ai bien conscience que ça vient en opposition à la lumière de la Lune, tout ça tout ça, mais pour moi, soit il aurait fallut se cantonner à l’illusion d’optique, soit il aurait fallu un terme plus général, comme socrière ou magicienne. Ou guérisseuse.

Yué rejette son don, du coup elle en fait un usage limité ce qui est dommage. C’est de manière instinctive, en situation de vie ou de mort, qu’elle laisse son don s’exprimer.

Les relations mère-fille: La jalousie joue un rôle central dans les relations entre Suzumé et sa mère. Suzumé n’a jamais connu sa mère l’aimant. Elle ne se rappelle d’elle que lui donnant des ordres, et lui intimant d’être une fille sage, bridant son caractère franc. Suzumé joue très bien du shamisen, mais sa mère, jalouse, déclare que sa fille n’a aucun talent pour la musique et lui fait arrête ses leçons.

Mother and daughter

Au coeur de cette relation tumulteuse, se tient le désir d’enfant: Suzumé est née au terme d’une grossesse difficile, et on a dit à sa mère qu’elle ne pourrait plus jamais avoir d’enfant, car une seconde grossesse lui serait fatale. La mère de Suzumé, qui a toujours désiré avoir plusieurs enfants et qui s’épouit dans la maternité, en garde une amertume certaine.

S’ajoute à cela la grande complicité entre Suzumé, naturellement douée pour les arts, et son père, poète. La mère se sent exclue de cette relation privilégiée, et dispute encore plus sa fille. Suzumé se bride pour pouvoir correspondre à la fille parfaite que sa mère voudrait avoir: une fille telle qu’Aimi, sa douce cousine orpheline, que la famille a recueillie.

Lorsque leur vie change, et que la mère de Suzumé tombe enceinte de Terayama, une nouvelle complicité apparait entre les deux femmes. C’est Suzumé qui prend soin de sa mère lors de cette grossesse difficile. Elle y trouve de la joie, se sentant utile et appréciée par cette mère qui l’a toujours rejetée.

Mais après la naissance de ses demi-frères, des jumeaux, la mère de Suzumé n’en n’a plus que pour eux, et délaisse à nouveau sa fille ainée. Cette femme revit, elle s’épanoui dans la maternité, alors que Suzumé se trouve rongée par un deuil qu’on lui interdit de faire.

En bref: un roman aux thématiques fortes et avec une écriture fluide. Une histoire d’amour un peu niaise mais qui devrait accrocher avec les jeunes lectrices – et même les moins jeunes 😉 Un univers bien mis en place et recherché. Une réécriture très originale d’un conte classique. Un très bon mélange, qui a fait que j’ai dévoré ce bouquin dès que l’occasion s’en présentait lors de mon stage de danse orientale!


Zoe MariottL’auteure: Zoe Marriott est née et a grandit dans le Lincolnshire, en Grande-Bretagne, entourée de sa soeur ainée et de son frère cadet. Les trois enfants avaient toute une ménagerie d’animaux qu’ils avaient sauvés.

Elle décida de devenir écrivain à l’âge de huit ans.  Sa première histoire fut à propos d’un lapin et d’un cochon qui organisaient une fête, et la seconde à propos de chaussures sous les pas desquelles poussaient des fleurs. Elle publia son premier roman à l’âge de 24 ans.

Zoë Marriott vit maintenant dans une petite maison qui fait face à la mer, avec ses deux chats et son cocker. Elle travaille dans son salon, penchée sur son ordinateur, ou planifiant l’action de ses romans dans ses carnets. Elle en possède d’ailleurs une impressionante colelction, qui ne demandent qu’à être utilisés un jour!

Elle adore le chocolat, les jonquilles et les saules pleureurs. Cliquez ici pour visiter son site (en anglais).


Bande son: le shamisen:

Ou alors, la musique orientale:


L’histoire: Suzumé a 14 ans. Elle vit tranquillement à la campagne, dans la maison familiale, entourée de son père, un poète qui l’adore, de sa mère, avec qui les relations sont difficiles, et de sa cousine Aimi, orpheline.

Feudal Japan horse riding soldiersAu printemps, la mère part rendre visite à de la famille, laissant Suzumé, son père et sa cousine Aimi seuls pendant un mois. Un jour, des soldats font irruption dans la demeure familiale et accusent le père de Suzumé de traîtrise, le sommant d’exécuter le seppuku – le suicide par le sabre – afin de laver son honneur.

Le père de Suzumé refuse, clamant son innocence et sa fidélité à son souverain. Les soldats exécutent alors le poète, sous les yeux de Suzumé et de sa cousine, qui sont cachées dans les buissons. Comprenant que leur vie est en danger lorsque les soldats commencent à mettre à sac la maison et à tuer les gens de maison, les deux jeunes filles fuient.

Malheureusement, la cousine de Suzumé est abattue par la flèche d’un archer. Suzumé, elle, court aussi vite que possible. Tellement vite, qu’elle a l’impression d’être entourée de lumière. Tellement vite qu’elle pourrait être un lièvre. Les soldats la poursuivant toujours, Suzumé trouve refuge dans les cuisines et se cache dans un four. Bizarrement, elle n’a plus de vêtement, elle les a perdu dans sa course folle. Tapie dans la cendre, elle attend.

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Après ce qui lui semble être des heures interminables, elle entend un homme l’appeler. c’est Yota, le cuisinier. Il a aussi réchappé au massacre. Yota met Suzumé en sécurité, et lui explique qu’elle a un don: Suzumé, comme Yota, est une tisseuse d’ombres. Elle peu tisser l’ombre et la lumière pour créer des illusions. C’est comme cela qu’elle a réussi à s’échapper: tout d’abord en se créant un manteau de lumière lorsqu’elle courrait, puis en se fondant dans les ombres du four.

La mère de Suzumé revient, accompagnée du meilleur ami de son père, Terayama, chez qui elle s’est arrêtée sur le chemin du retour. Suzumé est la seule survivante, Yota disparaissant dans les ombres lorsque la mère de Suzumé et Terayama arrivent. Comme la famille d’un traître ne peut survivre au Royaume de la Lune, Terayama propose d’emmener Suzumé et sa mère chez lui, en sécurité, à la capitale, et de les faire passer pour des cousines éloignées. Suzumé change ainsi de nom de famille.

OtienoQuittant la campagne et la maison de son enfance, Suzumé voyage pour la première fois. Elle traverse la campagne et doit prendre le bateau pour arriver à la capitale. Sur le bateau, elle rencontre Otiéno, un jeune homme à la peau noire, qui semble la comprendre sans parler. Otiéno la sauve alors que Terayama essaie de faire passer Suzumé par dessus bord « accidentellement ». Une étrange connection a lieu entre les deux jeunes gens.

Arrivés à la capitale, chez Terayama, Suzumé est sommée d’oublier ce qui s’est passé. Sous le guidage de Yota, elle développe son don. Elle s’en sert pour reproduire le doux sourire de sa défunte cousine, afin que tout le monde pense qu’elle a oublié.

Japanese-hairpin-artist-sakae-04Mais la douleur la ronge tellement qu’un jour, elle s’entaille l’avant-bras à l’aide de son épingle à cheveux. C’est le début d’une longue série de blessures que la jeune fille s’infligera lorsque sa douleur mentale se fait trop forte. Lorsque Yota découvre qu’elle se mutile, il la somme d’arrêter, mais comprend que Suzumé n’en fera rien. Il apprend à la jeune fille à dissimuler ses cicatrices grâce au tissage des ombres.

Terayama et la mère de Suzumé se marient rapidement, et cette dernière tombe enceinte. La vie est de plus en plus insupportable pour Suzumé, qui n’a jamais eu le droit de faire son deuil. Son beau-père lui envoie de mauvaises ondes, bien qu’il fasse semblant d’être attentionné. Et sa mère la délaisse, alors que Suzumé voudrait tellement qu’elle lui témoigne de l’attention. La mère de Suzumé donne naissance a des jumeaux, qui deviennent le centre de son monde.

Un soir, Suzumé surprend une conversation entre Terayama et sa mère, et comprend que ces derniers, amants, avaient fomenté ensemble la chute du père de Suzumé. C’est eux qui l’ont dénoncé comme étant un traître à la couronne, c’est donc eux qui sont responsables de sa mort et de celle d’Aimi, la cousine de Suzumé. Se découvrant surpris, Terayama cherche à faire taire Suzumé, mais cette dernière s’échappe en se fondant dans les ombres. Elle sait que son beau-père veut la tuer.

A court d’idée, elle se dirige vers les cuisines pour trouver refuge auprès de Yota. Ce dernier la déguise en souillon de cuisine: il taillade sa belle chevelure, et brûle ce qu’il a coupé dans le four, enduit Suzumé de suie, et lui fait enfiler des loques. Suzumé devient aux yeux de tous Rin, une nièce éloignée de Yota, qui vient aider en cuisine. Rin effectue les tâches les plus simples et les plus basses: elle lessive les sols et vide les poubelles.

Chihiro scrubs the floor

Mais un jour qu’elle est justement en train de vider les poubelles, Otiéno apparaît. Otiéno et sa famille, qui sont des diplomates africains, sont invités chez Terayama. Otiéno, qui peut « sentir » la jeune fille, est venu la rejoindre. Rin, d’abord sur ses gardes, fini par se laisser conquérir peu à peu. Otiéno revient régulièrement chez Terayama, et retrouve toujours Rin, où qu’elle se cache. Un soir, il lui vole même un baiser.

Mais cachée dans l’ombre des cuisines, Rin observe sa mère, et la vois s’épanouir dans son rôle de jeune maman. Elle n’a pas l’air du tout de se soucier du fait que sa fille ainée ait disparu, et elle ne pleure en aucun cas son défunt premier mari. Rongée par la haine à l’égard de cette mère qui n’en n’est plus une, Rin veut lui donner une leçon. Elle verse dans le thé de sa mere une herbe qui donne des maux de ventre, en grande quantité. Lorsque Yota découvre ce que Rin a fait, il est horrifié: la quantité utilisée par Rin est bien trop grande, et l’issue est certaine… sa mere va mourir.

Rin ne peut plus rester dans les cuisines de Terayama, car ce dernier va vouloir châtier la personne responsable de cet empoisonnement. Yota rend a Rin son kimono de soie et ses épingles à cheveux – ses affaires de Suzumé – et la chasse, en lui souhaitant bonne chance.

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Rin erre dans les rues. Elle essaie de frapper aux portes pour trouver du travail, mais elle a l’air tellement miséreux qu’on la chasse sans ménagement. Pour survivre, elle vend son peigne de nacre, mais elle se rend vite compte qu’elle s’est faite avoir. Elle vagabonde ainsi quelques jours dans les rues de la capitale du Royaume de la Lune.

Un soir, affamée et a bout de force, elle considère se jeter d’un pont pour en finir. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’elle se trouve sur le pont qui mène au quartier des plaisirs. Deux soldats l’abordent et la violentent, mais Rin se défend bec et ongles, et est jetée en prison.

Dans sa cellule, se trouve un gros homme qui ronfle… mais lorsque Rin se réveille, se tient à sa place une très belle femme qui est blessée au flanc. Rin l’approche et lui parle, lui demandant si elle se sent bien. La femme saigne et est tres faible. Rin la soigne comme elle peut. La femme explique à Rin qu’elle peut « sentir » son pouvoir, que les tisseurs d’ombres se reconnaissent mutuellement. En unissant leurs pouvoir, Rin et sa compagne de cellule arrivent à s’échapper. La mystérieuse femme guide Rin dans rues de la ville, jusqu’à une maison.

geishaLorsqu’on ouvre la porte, les deux femmes, exténuées et affaiblies, sont soignées et prises en charge par les femmes qui habitent la maison. Rin va de mieux en mieux, mais la santé de la femme qui l’a guidée jusqu’ici se détériore, et les médecins ne lui donnent pas longtemps a vivre. Un soir, Rin prend la main de sa compagne mourante, et un étrange phénomène se produit: Rin sent une chaleur monter en elle, et se transmettre a la mystérieuse femme via leurs mains enlacées. Le lendemain, les deux femmes sont faibles, mais guéries.

Enfin, la mystérieuse femme peut se présenter: c’est Akira, l’ancienne Princesse de la Lune. La Princesse de la Lune est la seconde épouse, éphémère, du souverain du Royaume de la Lune. La première femme est une epouse qui reste aux côtés du souverain tout au long de sa vie. La Princesse de la Lune reste, en tant que seconde épouse, pendant un an ou plus avec le souverain. Mais l’ancien souverain s’était tellement épris d’Akira qu’il l’a gardée auprès de lui toute sa vie. Lorsqu’il est décédé, quelques années auparavant, Akira a disparu, craignant la revanche de la Reine.

Akira a donc été blessée par des sbires de la Reine. Les deux femmes ont été soignées par des geishas du quartier des plaisirs de la capitale. Akira considère Rin comme étant sa soeur, car elle l’a sauvée. Elle lui propose de venir vivre avec elle dans sa résidence. Rin accepte, et se voit renommée Yué, ce qui veut dire « Lune ».

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Rin-Yué accepte, mais est toujours rongée par la culpabilité (elle est la seule à avoir survécu au massacre, et elle est persuadée d’avoir tué sa mère). Akira lui explique alors que le jeune roi, fils de son ancien amant royal, va donner un bal, durant lequel il choisira sa première Princesse de la Lune. Durant l’année que passe la jeune femme sélectionnée aux côtés du Roi, elle peut lui demander UNE faveur. Si Yué arrive à séduire le jeune Roi, elle pourrait alors se servir de cette fameuse faveur pour obtenir vengeance.

Yue se met à travailler d’arrache-pied pour devenir une danseuse et une musicienne accomplie. Pendant ce temps, Akira, dont la renommée n’est plus à faire, réapparaît sur la scène publique, et fait courir le bruit que sa jeune soeur Yué s’apprête a faire ses débuts. En effet, avant de séduire le Roi, Yue doit déjà recevoir une invitation au bal, car seules les jeunes femmes les plus talentueuses y sont invitées.

geisha dancing with fans

Lors de la soirée durant laquelle Yué fait ses débuts, devinez qui est dans l’assemblée… Otiéno! Yué est pourtant distante avec lui, car elle doit se concentrer. Sa performance au shamisen, un instrument à cordes japonais, et son chant, font sensation. l’assemblée est transportée, émue. C’est le début d’une lente ascension sociale pour Yue, qui est invitée par des maisons de plus en plus prestigieuses à jouer du shamisen et à chanter.

Otiéno persiste et arrive à se faire accepter par Yué et Akira, qui encourage la jeune fille à passer du temps avec son amoureux. Pour autant, Yué est déchirée entre ses sentiments pour Otiéno et son désir de vengeance, qui ne passe que par le titre de Princesse de la Lune. Yué continue donc d’osciller entre tendresse et froideur, ne sachant que faire, et profitant autant qu’elle peut des moments de grâce qu’elle passe en sa compagnie.

L’ascension sociale de Yué est fulgurante. En deux mois, elle se fait inviter à chanter et jouer du shamisen par des personnages de plus en plus haut placés, dont un comte qui pourrait lui obtenir une invitation au bal de la Lune. Cependant, ce comte est un vicieux personnage, et Yué va devoir naviguer en eaux troubles: elle doit arriver à le charmer pour obtenir son invitation, sans qu’il croit qu’elle soit en train de lui faire une proposition indécente. Après tout, elle est la jeune soeur d’Akira, une célèbre geisha, et il serait « normal » qu’elle se prostitue.

Shamisen

Mais rien ne se passe comme prévu, et le comte coince Yué dans le jardin. Alors qu’il s’apprête à la violenter, Otiéno surgit et l’envoie valdinguer. Yué pense que ses chances d’assister au Bal de la Lune viennent de s’envoler, mais le comte, plus terrorisé qu’en colère, décide d’envoyer des invitations à Yué et Akira pour être certain qu’Otiéno ne reviendra pas le massacrer.

Yué et Otieno se voient presque tous les jours. Otieno lui apprend que son don est très fort, et que si Yue n’apprend pas à le maîtriser, il pourrait la tuer. Mais Yué refuse ce don, elle ne veut l’utiliser que pour assouvir sa vengeance. Akira essaie de la convaincre, mais Yué refuse tout net. Otiéno et Akira doivent se résoudre à laisser Yué vivre de manière dangereuse, avec un don si puissant qu’il pourrait l’anéantir. En effet, seuls les tisseurs d’ombre très puissant ont le pouvoir de guérison, comme lorsque Yué avait guéri Akira après qu’elles se soient échappées de prison.

Après quelques mois à vivre ensemble, Yué découvre qu’Akira est en fait un homme. Elle utilise ses pouvoirs pour avoir l’apparence d’une femme. Le Roi l’a acceptée telle qu’elle était, ce qui a rendue la Reine, son épouse officielle, furieuse. Non seulement son mari s’éprenait d’une courtisane, la gardait à ses côtés toute sa vie, mais en plus il s’agissait d’un homme!

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Yué est tiraillée entre ses sentiments pour Otiéno, qui deviennent de plus en plus forts, et son projet de vengeance. Tant et si bien qu’elle recommence à se scarifier. Akira, inquiète, essaie de la persuader de mettre tout ça derrière elle, de vivre son amour avec Otiéno. Mais rien n’y fait. Yué est déterminée, mais elle n’a jamais dévoilé son projet à Otiéno. Ce dernier lui explique que bientôt, sa délégation rentrera au pays, après deux ans au Royaume de la Lune. Otiéno propose à Yué de partir avec lui.

Sachant que la fin est proche, Yué cède aux avances d’Otiéno. Les amants tissent autour d’eux les ombres et connaissent leur première fois en plein air, sous un arbre.  Ce sont leurs adieux.

Geisha and cranesYué se prépare pour le Bal de la Lune. Elle met dans sa danse toute sa douleur liée à la perte de son amoureux. Elle transcende l’assemblée, et bien sur le jeune Roi. Cependant, à la fin de sa performance, qui vient lui rendre visite dans sa loge? Sa mère! Elle n’est pas du tout morte! Yué-Suzumé se montre froide et distante, mais évidement, elle ne résiste pas à la tentation de dévoiler son plan de vengeance à sa mère… qui disparaît, effarée.

Yué est choisie comme Princesse de la Lune, et conduite à la chambre nuptiale. Elle se rend compte que tout cela n’a pas de sens: sa mère est en fait en vie et heureuse, Otiéno l’aime… Yué décide de s’échapper avant que son nouvel époux royal n’arrive. ce faisant, elle perd une chaussure 😉

Mais, qui l’attend à la sortie de sa chambre? Cet horrible Terayama, qui veut en finir une fois pour toute avec Yué! Un combat sans merci s’engage entre la jeune fille et son beau-père. Yué finit par tuer Terayama et saute par dessus la balustrade pour atterrir… dans les bras d’Otiéno! Il n’était pas parti. Akira lui avait demandé de rester un peu plus, et lui avait tout raconté. Certaine que Yué allait changer d’avis, Akira avait posté Otiéno à la sortie du palais.

On ne retrouva jamais la jeune fille qui dansa si bien au Bal de la Lune. Et pour cause… elle voguait vers d’autres horizons, accompagnée de son amant.

Suzumé Otieno

 

Lecture de vacances: Le Routard, de l’interieur

Lecture de vacances: Le Routard, de l’interieur

chroniques vagabondesLe Routard m’accompagne partout ou je vais. Pas aussi complet que le Lonely Planet, mais toujours plus fouille: le Routard nous deniche LE bon plan qui va transfor;er un voyage en aventure inoubliable.

L’un de ses auteur publie un livre sur ses annees barouseuses. Je ne l’ai pas lu, mais je me dis que ca me peut qu’etre bien. Une lecture de plage ou de voyage… qu’importe 😀

Cliquez ici pour decouvrir ce livre.

Appel à témoignages: familles métissées (Japon, Inde, mais pas que…)

Appel à témoignages: familles métissées (Japon, Inde, mais pas que…)

Bonjour à tous!

Je ne suis pas très prolifique ces derniers temps, et pour cause: nous sommes d’abord partis en vacances au bout du monde (40h d’avion et 12h exactement de décalage horaire!), et puis je me lance dans un nouveau projet d’écriture! C’est là que j’ai besoin de vous 🙂

Mixed Race Family

Avec des amies, nous allons lancer un site consacré à la parentalité sous l’angle multiculturel. Ce site sera consacré aux familles métissées, mélangées. Nous cherchons donc des témoignages:

  • de familles composées de différentes nationalités
  • de familles installées dans un pays étranger
  • d’adultes ayant grandi dans de telles familles

Si cela vous intéresse d’être interviewés, commentez!

Je suis spécifiquement en charge d’une section qui s’appelle « Perspectives culturelles », dans laquelle j’explore les traditions liées à la grossesse, l’accouchement et l’enfance de pays/cultures donné(e)s.

Pour le mois d’août, j’écris à propos du Japon et de l’Inde. Si vous êtes concernés, et que vous voulez partager certaines de ces traditions avec moi, commentez aussi 🙂

Ce site sera en anglais et s’appellera « the Parent Voice, » (la Voix du Parent,).

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Calendrier Juillet 2017 – Calendar July 2017

Calendrier Juillet 2017 – Calendar July 2017

Ca y est, nous sommes revenus de nos vacances paradisiaques! Ca veut dire qu’on sera au bureau tout l’été. Pas grave, on aura Bruxelles pour nous tous seuls, sans trafic, et avec plein d’activités en plein air après le taf!

J’ai envie de fraîcheur, mais comme je ne serai pas en vacances, j’ai éliminé d’office tous les calendriers aux airs de vacances. Le calendrier choisi est vert et plein de cactus: parfait! Le vert reflète la fraicheur qui nous manque, et les cactus donnent cette touche exotique et estivale.

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https://www.smashingmagazine.com/2017/06/desktop-wallpaper-calendars-july-2017/

That’s it, we’re back from our holiday in paradise! It means we’ll be behind our desk all summer long. That’s fine, we’ll have Brussels to ourselves, without the crazy traffic, and with a lot of outdoors activities after work!

I wanted something fresh, but since I won’t be on holiday, I eliminated all calendars with holiday-themed illustrations. I opted for this green calendar with cacti: perfect! The green colour brings much needed freshness, and the cacti an exotic and summery vibe.

The White Princess – la série!

The White Princess – la série!

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Si vous me suivez depuis un petit bout de temps, vous savez que j’ai un point faible pour l’auteure de romans historiques britanique Philippa Gregory et ses livres sur les Tudor.

J’ai découvert Philippa Gregory avec The White Queen (La Reine Blanche), et je n’ai plus jamais décroché. Ce livre retrace l’histoire de la grand-mère d’Henry VIII (le fameux roi anglais qui a trucidé toutes ses épouses, youpi!), une certaine Elizabeth Woodville. The White Queen a été adapté en mini-série par Starz et la BBC il y a quelques années, et j’étais aux anges.

Cette année, c’est au tour de sa fille, Elizabeth d’York (La Princesse Blanche, donc), d’avoir le droit à sa mini-série chez Starz. Je suis trop trop contente!!!

Et comme sharing is caring, je vous mets le lien vers cette mini-série. Je ne l’ai pas encore regardée, parce que bon, faut que je travaille, fasse mes valises (les vacances arrivent à grands pas!), et que je fasse un millier de choses 😉

C’est en anglais par contre, mais ça vous dérouillera un peu, hein! Bon visionnage!

https://www.starz.com/freetrial/series/30887/the-white-princess

The Lovely Bones (La Nostalgie De l’Ange), Alice Sebold – 2002

The Lovely Bones (La Nostalgie De l’Ange), Alice Sebold – 2002

The_Lovely_Bones_book_coverThe Lovely Bones (La Nostalgie de l’Ange) est un livre qui ne laisse pas indifférent. Il a fait beaucoup de bruit à sa sortie en 2002 et a ensuite été adapté au cinéma en 2010. Lorsque je l’ai vu chez cette dame anglaise qui désencombrait sa bibliothèque, je n’ai pas hésité une seconde.

Il m’a fallu longtemps pour le lire, car la première phrase est assez difficile à encaisser. Mais je l’ai finalement dévoré en deux nuits, et ça valait bien des heures de sommeil en moins.


Résumé et avis en bref: Suzanne Salmon, dite Susie, est violée et assassinée par son voisin, dans un champ de maïs, l’année de ses quatorze ans, en 1973. L’âme de Susie s’échappe de son corps, pour arriver au Paradis, d’où elle va suivre le quotidien de sa famille et de ses amis, leur manière d’appréhender le deuil, et leur évolution au fil des années. Susie elle-même, au Paradis, devra faire le deuil de sa vie.

C’est un livre poignant, sur un sujet difficile, mais écrit de telle manière qu’il est aussi plein de vie, d’humour et de sagesse. Beaucoup de suspense aussi. Bref, un cocktail réussi, adictif, sur un sujet pas facile à traiter. Une réussite.

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Le Paradis de Susie

Les jaquettes: mon édition est bleue ciel, avec le bracelet de Suzanne. Le bleu ciel évoque le ciel, évidemment… le Paradis de Susie. Son bracelet, dont on suit les pérégrinations tout au long du livre, et qui n’est jamais trouvé par personne qui en comprennent l’importance, est un élément clé du livre.

Une autre édition en anglais, bleue ciel aussi, montre des nuages, et « sur Terre », un champ de maïs et la silhouette d’une adolescente. Ca colle aussi tout à fait, même si c’est un peu moins poétique.

Les éditions en chinois montrent une petite fille de dos, qui observe une maison depuis une trouée dans les nuages. Une  évocation du belvédère depuis lequel Susie observe le monde qu’elle a quitté. j’aime beaucoup. Le titre en chinois est Le Monde de Susie, un titre assez généraliste, mais compte tenu de la difficulté à traduire « lovely bones » et du contenu du livre, je trouve que c’est un titre assez juste.

En espagnol, on a un vase devant une fenêtre, ou un portrait noir et blanc surimposé à un ciel nuageux. Ces illustrations ne me parlent pas plus que cela. La traduction du titre est Depuis Mon Ciel, un titre que j’aime beaucoup. En portugais: Une vie interrompue, ce qui est un peu réducteur, et un portrait de fillette en noir et blanc.

En russe, le titre original est gardé tel quel: Les Os Charmants. Si ça passe bien en russe, tant mieux!! J’aime beaucoup l’illustration, qui montre une jeune fille dans un paysage hivernal, regardant dans une boule de cristal.

Enfin, en français, je tire mon chapeau pour l’effort de traduction du titre, vraiment très bien trouvé: La Nostalgie de l’Ange. Cela colle parfaitement au contenu du livre. les illustrations, par contre, ne sont pas transcendantes.


Mon avis: C’est un récit puissant que nous livre Alice Sebold. En lisant le résumé, on pourrait avoir l’impression qu’il s’agit d’un livre grave et triste, déprimant peut-être. Et pourtant, il n’en n’est rien. Les ingrédients magiques sont réunis pour que l’on passe un bon moment, malgré la gravité du sujet.

La narration: elle est faite par Susie elle-même. Etant au paradis, elle est un narrateur omniscient. Je me rappelle de mes cours de français, pendant lesquels on nous apprenait à discerner les différentes narrations. Un narrateur omniscient est comme Dieu. C’est le cas ici, sauf qu’il s’agit d’une jeune fille morte, qui regarde ce qui se passe sur terre du ciel.

Mais en complément de cette narration omnisciente, on a aussi le cheminement personnel de Susie elle-même, et c’est ce qui donne une touche d’humanité au récit, qui serait, sinon, plutôt déprimant. Après tout, même décédée, Susie reste une ado comme les autres. Lorsque sa soeur échange son premier baiser, Susie est excitée comme une puce. Elle regarde grandir son petit frère d’une manière toute maternelle (ils ont dix ans d’écart). Elle s’esclaffe des excentricités de sa grand-mère.

Lovely bonesSusie Salmon

Le deuil: chaque personne de l’entourage de Susie fait son deuil a sa manière, et Susie elle-même doit faire le deuil de sa vie.

Le père s’enferme dans son bureau, brise tous les bateaux en bouteille qu’il avait confectionnées avec Susie, et fait une fixette sur son voisin, étrange, car il « sent » que c’est lui le coupable. La mère, elle, accepte le verdict de la police: sans corps, malgré toutes les battues organisées, l’enquête ne peut plus avancer, et le dossier est clos.

La soeur cadette de Susie, Lindsey, affronte la tempête avec force. Elle n’accepte pas la pitié qu’on balance usuellement aux personnes en deuil. Un scène très forte et révélatrice; lorsque le directeur de l’école la convoque dans son bureau pour l’assurer de son sontient, et qu’elle reste de marbre, lui renvoyant à la tronche qu’elle ne voit pas de quoi il parle lorsqu’il évoque l’épreuve qu’elle traverse.

Lovely bones Lindsey
Lindsey Salmon

Elle est forte, elle n’est pas seulement « la soeur de la fille morte ». C’est d’autant plus difficile que physiquement, elle ressemble beaucoup à sa soeur ainée… elle commence donc à se maquiller pour se distinguer physiquement, afin de ne pas être une version blonde de Susie.

Lindsey partage l’intuition de son père et va jusqu’à s’introduire dans la demeure de son voisin pour chercher des preuves qu’il est bien responsable de la mort de Susie.

Il est intéressant de voir comment la cellule familiale des Salmon explose suite au drame: la fille et le père se comprennent dans leur poursuite effrénée du coupable, alors que la mère veut juste tout oublier, et est même soulagée lorsque la police lui annonce que l’enquête, après n’avoir rien révélé, est close. La cellule familiale explose, certes, mais elle se ressoude d’une manière inattendue, avec l’arrivée de la grand-mere qui prend le relais, lorsque la mère de famille prend le large.

Buckley, le jeune frère de Susie, âgé de quatre ans au moment des faits, grandit dans une famille en deuil et éclatée. Il gère son deuil en se construisant des chateaux dans lesquels il peut s’isoler.

Lovely bones Buckley
Buckley Salmon

La chambre de Susie, dans laquelle rien n’a été touché, est un lieu de pèlerinage pour toute la famille. Chacun s’y rend lorsqu’il en ressent le besoin, en secret. Buckley et le chien connaissent la cache secrète sous le lit de Susie. Linsdey emprunte des vêtements à sa défunte soeur.

Susie elle-même doit fait le deuil d’être en vie, accepter qu’elle aura éternellement 14 ans, qu’elle n’aura jamais de premier amour, ni même de second, qu’elle ne peut plus rien faire pour influer sur la vie de ceux qui lui sont chers. Elle peut seulement les regarder de là-haut. Elle se sent impuissante lorsque sa soeur ou son père approchent du but ou se mettent en danger pour démasquer son assassin.

Susie doit évoluer au Paradis pour pouvoir vraiment passer « de l’autre côté ». C’est seulement après avoir pu communiquer avec Ray, son amoureux de lycée, qu’elle est « libérée » et qu’elle est capable de laisser le monde terrestre derrière elle, sans regret.

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Le paradis de Susie

 

La place de la femme dans la société: une ode a la figure maternelle. Je pense que cette thématique m’a particulièrement touchée car je suis jeune maman. Je l’ai trouvée très vraie et très forte.

Du haut de son Paradis, Susie a une vision différente de sa mère. Elle la vois pour la deuxième fois (la première fois ayant été lorsque Susie avait saisi un portrait de sa mère alors que celle-ci pensait être seule) en tant que femme, et non pas en tant que « maman ».

Abigail, la mère de Susie, avait un projet de vie, qu’elle a sacrifié sur l’autel de la vie conjugale et de la maternité. Elle qui avait étudié la littérature et l’histoire, a accepté d’être femme au foyer le temps que ses filles, Susie et Lindsey, grandissent. Elle devait ensuite reprendre ses études et devenir professeur. Mais lorsque Susie a eu 10 ans, Abigail, qui rêvait tellement de travailler, est tombée enceinte de Buckley, un bébé surprise.

Abigail a renoncé. Elle a donné ses livres de littérature et d’histoire et s’est résignée à être femme au foyer/mère de famille. Elle est épouse et mère, elle ne vit que par ces rôles. Mais au fond d’elle, un sentiment d’injustice persiste. Elle ne peut être ‘ »Abigail » qu’au petit matin, lorsque la maisonnée dort encore. C’est lors de ce moment privilégié, lorsque sa mère est en tête à tête avec elle-même, que Susie prend une photo volée d’une femme à l’expression qu’elle n’a jamais vue: non pas sa mère, mais Abigail.

Susie and Abigail
Susie capture l’essence de sa mère, Abigail, en agrentique

 

Après la disparition de Susie, le monde d’Abigail vole en éclat, et elle se permet enfin d’être femme avant d’être mère et épouse. Cela passe malheureusement par l’abandon de sa famille, un voyage de plusieurs années pour se retrouver… qui se soldera par de vraies retrouvailles entre les époux. Abigail s’était oubliée, mais Jack, son mari, avait aussi oublié la femme dont il était tombé amoureux.

La mère de Ray Singh (l’amoureux de Susie, d’origine britannico-indienne) est, elle aussi, enfermée par son époux dans un rôle qui n’est pas fait pour elle. Ancienne danseuse, son époux est un docteur très occupé qui travaille tout le temps et qui ne lui parle que lorsqu’il doit recevoir des collègues chez lui.

Femme superbe et magnifique, très intelligente, elle impressionne tout le monde. C’est la seule qui ne jugera pas Abigail sur son escapade de plusieurs années, car elle comprend. Elle comprend ce que veut dire d’être enfermée dans un rôle qui n’est pas celui auquel on se sent destinée, elle comprend le renoncement, elle comprend la fatalité de la vie de famille.

Autour d’une cigarette, fruit défendu tellement mal vu et vulgaire dans la bouche d’une femme, sans trop se parler, elles tissent un lien fort.

Chacune se rebelle contre la condition qui lui est imposée, à sa manière. Une rébellion qui prend plusieurs formes, mais que les femmes reconnaissent, comme un code secret, lorsqu’elles se rencontrent.

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Susie et Ray au lycée

L’adolescence: Susie est une ado comme les autres, qui ne se distingue pas de la moyenne. Elle a une meilleure copine un peu rebelle, et Ray, un garçon qui lui plait bien, lui a volé un premier baiser. Susie et Ray sont amoureux, et si Susie n’avait pas été tuée, ils auraient certainement vécu leur première histoire d’amour ensemble.

Susie, du haut de son Paradis, suit fébrilement les premiers émois amoureux de sa soeur Lindsey. Elle vit cette histoire d’amour par procuration, car pour elle, cela n’aura jamais lieu… du moins c’est ce qu’elle croit.

Ray est mis à l’écart des autres élèves car il est trop différent: garçon doublement exotique (britanique d’origine indienne), il l’est un peu trop pour cette petite ville de campagne américaine. en plus de cela, il est très intelligent, ce qui n’aide pas quand on n’est déjà pas très populaire au lycée. Ray doit gérer seul son deuil, d’autant plus qu’il est d’abord soupçonné du meurtre de Susie, car une lettre d’amour qu’il lui avait écrite est retrouvée dans le casier de cette dernière.

Ruth est aussi une outsider: c’est une artiste dans l’âme. Elle est punie car son prof de dessin lui reproche d’avoir dessiné des tétons sur un modèle humain nu… Ruth ne voit pas ce qu’elle a fait de mal (et moi non plus, soit dit en passant!).

Ruth est aussi liée à Susie car, lorsqu’elle meurt, Susie s’échappe vers le Paradis et traverse le corps de Ruth. Cette dernière, bien que n’ayant jamais été proche de Susie lorsqu’elle était en vie, développe donc une obsession pour l’affaire Susie Salmon. Elle a aussi développé un don, qui lui permet de « voir » les morts décédés de mort violente, et donc de les aider à passer de l’autre côté au lieu d’errer ici bas.

Grâce à ce lien très fort entre Susie et Ruth, les deux jeunes femmes pourront se partager le corps de Ruth lorsque Susie en éprouve le besoin.

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« L’histoire d’une vie, et tout ce qui vient après »

Le surnaturel: Susie et Ruth sont donc liées par cette collision entre l’âme de Susie qui s’échappe vers le Paradis et Ruth, corps et âme. Ruth comprend que quelque chose d’important s’est passé en elle, même s’il lui est difficile de saisir ce que c’est exactement. Elle travaille d’arrache-pied à développer ce don qu’elle a reçu et sa connexion avec Susie…

Ce qui donne lieu à l’une des scènes les plus belles, poétique et bizarre de ce livre: Ruth et Ray arrivent sans s’en douter près du lieu où Susie est enterrée. Susie, qui veut de toutes ses forces communiquer qu’elle est là, redescend sur Terre (alors qu’elle n’en n’a pas le droit), car Ruth, qui la « sent », la laisse prendre possession de son corps. Susie, avec quelques heures devant elle, n’a pas de temps à perdre: elle veut faire l’amour avec Ray. Dit comme ça, c’est certainement un peu cru, mais cette scène est juste émouvante à souhait. Enfin, Susie connais autre chose que le viol, enfin le sexe est lié à un souvenir amoureux et plaisant.

Lovely bones Susie and Ray kissing

Le concept du Paradis: Le Paradis de Susie m’a fait pensé à un jeu vidéo, avec des niveaux à débloquer (alors que j’ai du jouer aux jeux vidéos une dizaine de fois dans ma vie à tout casser). Le Paradis de Susie a tout ce qu’elle a toujours voulu avoir sur Terre: une magnifique maison, un lycée branché mais où il n’y a pas de cours, des beaux garçons qui y jouent au basket ball, pas d’obligations… et un observatoire, d’où elle peut regarder ce qui se passe « en bas ».

Au début, Susie passe tout son temps à l’observatoire. Elle refuse d’être morte. Elle veut sa vengeance. Elle veut sa famille. On comprend peu à peu que ce Paradis est transitoire. Il a des frontières, Susie ne peut jamais aller trop loin sans tourner en fait en rond.  Ce Paradis de transition est nécessaire à Susie pour se défaire de ses liens terrestres. Elle doit faire le deuil d’être en vie, accepter que la vie suive son cour… sans elle. Petit à petit, son Paradis s’élargit. Elle retrouve son chien mort, son grand-père… elle croise les autres victimes de son violeur et assassin.

Susie peut enfin accéder au « vrai » Paradis lorsqu’elle accepte de laisser sa vie derrière elle. Qui eut cru que les morts devaient aussi faire un travail de deuil? C’est une vision intéressante de l’au-delà chrétien que nous propose Alice Sebold.

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Le champs de maïs dans lequel Susie a été violée et assassinée

 

La banlieue tranquille américaine: Alice Sebold a voulu situer son action dans une banlieue typique américaine, dans laquelle il ne se passe rien que le train-train quotidien. Elle a voulu montrer comment toutes ces maisons identiques à l’extérieur, ces pavillons de banlieue, peuvent cacher des vérités différentes.

Cela est mis en exergue par les deux maisons jumelles de la famille Salmon et de l’assassin de Susie. Lorsque Lindsey tente de s’introduire chez lui, elle connaît le plan de la maison par coeur, et lorsqu’elle s’y retrouve bloquée, elle sait que le seul moyen de s’échapper est de sauter par la fenêtre.

Les ambiance des maisons jumelles ne pourraient être plus différentes: famille joyeuse de trois enfants chez les Salmon, silence et creepiness chez l’autre psychopathe (appelons un chat, un chat) qui passe sont temps à construire des maisons de poupées.

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Harvey, le violeur et meurtirer de Susie, est fasciné par l’art de la cosntruction.

Le viol: Ce roman est très certainement thérapeutique pour l’auteure, qui a elle-même vécu un viol. Il n’en n’est que plus poignant. La réalité est décrite crûment, mais sans en faire des tonnes. C’est factuel, les émotions de Susie et ses sensations sont décrites sans tomber dans le pathos, mais Alice Sebold ne tombe pas dans l’autre extrême: pas de description froide et scientifique. Une juste mesure que j’ai appréciée.

Le karma: le violeur et assassin de Susie n’est jamais retrouvé, même si la police finit par découvrir de qui il s’agit. En fuite, George Harvey ne résiste jamais bien longtemps à ses pulsions assassines et violentes. Seulement, avec l’âge Harvey devient un peu moins subtil et ne réussi plus à attirer ses victimes potentielles dans son piège. Je ne vous révèlerai pas comment cela finit pour ce monstre, mais sachez juste que karma is a bitch (le karma est une chienne). George Harvey est puni comme il se doit.

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« Regarde Susie, j’ai construit un petit abris sous terre… »

Epilogue: « the lovely bones they grew » (la traduction est difficile, et n’ayant pas lu le livre en français, je ne peux pas me référer à la traduction officielle. Littéralement; « les jolis os qui ont poussé entre eux »).

Cette phrase est la plus importante du livre, car évidemment c’est elle qui donne son titre au livre. Ces « os » qui ont poussé entre les membres de la famille Salmon représentent, pour moi, les nouveaux liens tissés entre eux après la mort de Susie. Comment sa disparition brutale a « cassé » la famille, comme on se casse une jambe lors d’un accident, et comment l’os se ressoude, peut-être d’une manière un peu différente.

On guéri de tout, mais l’on n’est plus jamais comme avant. Les cicatrices sont là. Les liens familiaux, éclatés, coupés, brisés, se reforment petit à petit, mais d’une manière différente.

Ces os sont qualifiés de « lovely »: jolis, charmants… ces liens nouveaux, construits dans la douleur, ont une dimension poétique et positive.

Cette phrase d’épilogue donne une nouvelle perspective au roman: ce n’est pas un livre sur le viol, ni même sur le deuil. C’est un livre sur la famille, et comment elle surmonte une épreuve. La résilience du corps humain, qui se répare tout seul, est mise en parallèle avec la résilience de l’esprit humain, qui trouve en lui les capacités de guérison et de protection nécessaires pour se reconstruire, survivre, et enfin aller de l’avant.

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Susie et son père construisent des bateaux dans des bouteilles… moments privilégiés entre le père et sa fille.

Pour finir: Un roman qui m’a fait passer par beaucoup d’émotions, traitant de sujets graves. Une narration originale, qui ne verse pas dans le pathos, et permet d’ajouter une dose d’humour et de légèreté bienvenue dans le traitement de sujets graves. Une note de surnaturel sympathique. Vous l’aurez compris, ce roman m’a tout simplement convaincue!


Alice-SeboldL’auteure: Alice Sebold est née le 6 septembre 1963 dans le Wisconsin, et grandit dans une banlieu de Philadelphie. En première année à l’Université de Syracuse, elle fut violée en mai 1981 par homme que la police n’a pas réussi à identifié. En octobre de la même année, elle a reconnu son agresseur et l’a dénoncé à la police. L’homme fut condamné à 25 ans de prison. Bien qu’il soit maintenant libéré, Alice Sebold ne vit pas dans la peur.

Après avoir été diplomée de l’Université de Syracuse en 1984, elle a étudié à l’Université de Houston, avant de démanager à new york, où elle a été serveuse pendant une dizaine d’années, tout en essayant de percer en tant qu’écrivain.

Alice Sebold a publié trois livres: Lucky (chanceuse), un mémoire écrit à la suite d’une remarque qu’un policier lui avait fait, car on avait retrouvé une autre jeune femme violée, tuée et démembrée à l’endroit où Sebold avait été violée. Elle a commencé à écrore La Nostalgie de l’Ange à l’âge de 33 ans. The Almost Moon (La Presque Lune) est son troisième roman.


Produits dérivés: un film éponyme est sorti en 2009, dirigé par Peter Jackson, et avec Saoirse Ronan dans le rôle de Susie Salmon. Les critiques étaient mitigées.

 


 

Calendriers – Juin 2017 / Calendars – June 2017

Calendriers – Juin 2017 / Calendars – June 2017

Le mois de juin m’a réservé de belles surprises en matière de fond d’écran/calendrier! Contrairement au mois de mai, où rien ne me plaisait, juin voir la créativité des designers exploser, et je n’arrive pas à choisir! Il faut savoir que pour nous, juin = vacances exotiques!! Nous partons loin, sur une île paradisiaque… Donc tout ce qui se rapporte à l’été, aux baignades, et même aux baleines (!!!!) me fais envie! J’adore aussi les chats et la nature… et juin est aussi le mois du yoga. Bref, aidez-moi à choisir!!

June is full of beautiful surprises regarding desktop calendar wallpapers! In May I had difficulties finding anything that I really liked, but in June, the creativity of designers knows no boundaries, and it is just too difficult for me to chose! in June, we’re going away for a vacation on a far, far away island… So anything with beach, summer, and even whales (!!!) is good as a June wallpaper. I also love cats and nature… and June is also the month of yoga. Please help me pick one!!

La plupart de ces calendriers sont issus de Smashing Magazine

Most of these calendars are from Smashing Magazine

Merci à mes lecteurs + un petit cadeau écriture

Merci à mes lecteurs + un petit cadeau écriture

Avertissement: pas de concours dans ce billet 😉

Le dernier concours que j’ai organisé, je dois encore envoyer les lots aux gagnantes, autant dire que la poste et moi, on n’est pas copines… 

Je voulais juste remercier celles et ceux qui me lisent, ainsi que les nouveaux abonnés. Le mois d’avril a été très chargé en lectures, avec deux défis (lectures enfants et littérature belge) relevés, et deux ou trois autres romans lus en parallèle mais pas (encore) chroniqués ici.

Du coup, le mois de mai a été très calme… je n’ai rien lu, et je n’ai rien publié sur le blog. Et pourtant… on dirait que le blog a atteint sa vitesse de croisière, avec en moyenne une vingtaine de visites par jours, et une trentaine de vues. Alors même qu’il ne s’y passe rien. De nouveaux abonnés me rejoignent aussi de manière régulière.

Autant vous dire que je suis bluffée… moi qui avais commencé ce blog « pour voir », sans stratégie aucune!!

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Le mois de mai a été tellement chargé dans ma vie réelle que tout est parti en cacahuète. J’avais prévu de participer au concours de Magali, j’avais même commencé à écrire mes textes… et puis le boulot m’a chamboulé mes horaires et mes responsabilités, et du coup ben… je n’ai même pas envoyé mes textes! (si vous ne connaissez pas le blog de Magali, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Allez zou!)

Bref. Je vous livre donc en exclusivité mes productions pour un concours auquel je n’ai jamais participé 😉

Magali avait demandé à plusieurs écrivains de donner des thèmes d’écriture. les textes étaient ensuite envoyés aux écrivains, qui choisissaient le texte qu’ils avaient préféré. Les gagnants remportaient les livres des auteurs.

J’avais décidé de faire dans l’original (une fois n’est pas coutume), et donc je me suis dit que j’allais écrire une histoire suivie en reprenant à chaque fois les thèmes imposés. Je n’ai traité que de trois thèmes, il y en avait une petite dizaine.

Et le comble: il semblerait que je n’ai enregistré qu’un texte, car le reste a disparu de mon document Word… Grrrr!!! Je vais certainement récrire les entrées disparues, et continuer ce « défi d’écriture » à mon rythme.

J’espère que ce début d’histoire vous plaira! Je me suis inspirée des contes populaires chinois et japonnais, dans lesquels certains animaux prennent forme humaine.


Consigne: Vous devez écrire un texte de 20 lignes avec les mots suivant : Nuit, blanche, courir, passage, vent, serpent.

Tout à coup, un bruissement la fit se retourner : entre les feuilles mortes, une couleuvre blanche s’avançait lentement vers elle. La jeune fille, captivée, ne bougea pas. Le reptile ne semblait pas menaçant. Sous les rayons de la lune, ses écailles brillaient d’un reflet argenté. Tout était immobile dans le passage, seule la couleuvre continuait sa lente ascension vers la jeune fille. Le vent d’automne chassa un nuage jusque devant l’astre lunaire, plongeant tout dans l’obscurité.

nuages lune

 

La jeune fille eut soudain peur : elle était seule, dans cette traverse balayée par le vent et les feuilles mortes, en pleine nuit, et un serpent albinos se dirigeait vers elle. Mais qu’est-ce qui lui avait pris, de s’enfuir comme ça, sans rien ? L’été indien était encore plaisant, mais de nuit, sans manteau et sans écharpe, il faisait tout de même froid.

Puis tout lui revint : la fureur déclenchée par une remarque anodine, les insultes, les menaces, parfois les coups. Et ce soir, le coup de trop. Elle était partie, sans se retourner. Elle avait d’abord marché d’un pas vif, qui s’accéléra au fur et à mesure qu’elle autorisait sa rage à se déployer, pour finalement se transformer en une course effrénée. Jusqu’à ce qu’elle se retrouve, hors d’haleine, dans ce petit passage tranquille…

La lune réapparut. La jeune fille balaya du regard les feuilles mortes, cherchant la couleuvre. Où pouvait-elle bien être ? Machinalement, elle se tourna, les yeux toujours fixés au sol, et buta contre quelqu’un. Elle étouffa un petit cri de surprise, et se confondit en excuses. Lorsqu’elle leva les yeux, elle fut encore plus surprise : devant elle se dressait un homme très élégant, aux yeux dorés et aux cheveux d’un blanc éclatant.

couleuvre albinos

 

 

TAG: Quand j’étais ado…

TAG: Quand j’étais ado…

Ca faisait longtemps que je n’avais pas fait de TAG! Et voici que Le Dragon June me fait l’honneur de me nommer pour un TAG tout en nostalgie… Moi qui, dans ma tête, suis toujours une ado… mais il faut bien avouer que ce temps la est désormais révolu! Let’s go!

1) Étant ado, quelle était ta gourmandise préférée ?

J’adorais les Bounty, parce que la noix de coco me donnait l’impression de faire un truc hyper exotique (oui on voyage comme on peut, hein!). Sinon je m’empiffrais de cookies de Auchan, et mon pécher mignon, c’était de manger une boite de conserve de maïs directement dans la boite, en y mettant du vinaigre, de l’huile et du sel en guise de vinaigrette à la va-vite. A déguster devant les Mini Keums.

2) Étant ado, quelle était la série que tu regardais ?

Aloooors… X-Files bien entendu! Fox Mulder et Dana Scully m’ont accompagnée de longues années. Même que c’est la première cassette vidéo que je me suis achetée avec mon argent de poche. Ouais.

Sinon je regardais aussi plein de dessins animés mais tout est flou…

X-Files.png

3) Quel était le plat que tu mangeais le plus à la cantine ?

Honnêtement je ne m’en rappelle pas. Je mangeais à la cantine tous les jours de la semaine… je n’étais pas une mangeuse difficile, j’étais d’ailleurs plutôt gloutonne et du style à attendre de voir s’il y aurait du rab ou pas. Je me rappelle par contre ce que je ne prenais pas: les frittes, les trucs plein d’huile. Mon cote « salade je t’aime » ne date pas d’hier!

4) Quel était ton style vestimentaire ?

Alors… je suivais la mode mais j’étais un chouïa en retard. Ca ne me posais pas de problème, j’etais bien dans mon style… jusqu’à ce que des copines bien intentionnées me relookent. A partir de la, j’ai demandé à ma mère des hauts « avec le nombril a l’air » et un jean Levis 501.

5) As-tu été punie au collège où tu étais ?

Non. Je crois que j’ai eu une fois le règlement intérieur à copier parce que je papottais trop en salle de perm. Ah et aussi ma prof d’anglais m’a lance une craie à la tronche pour cause de papottage, toujours…

6) Si tu avais des posters ou affiches dans ta chambre, lesquels étaient ils ?

Un poster géant de Roméo et Juliette de Baz Luhrman, avec Leonardo DiCaprio et Claires Danes. Un petit poster de Légendes d’Automne avec Brad Pitt. Des pubs de parfum et de maquillage. Je vivais à 100% dans la société de consommation!

Worlds-Apart7) De quel groupe étais-tu fan ?

Worlds Apart!!!

8) Quelle boisson buvais-tu le plus souvent aux fêtes organisées ?

Bon déjà je n’étais pas souvent invitées aux boums, et sinon je pense que je prenais des jus de fruits et du coca.

9) Où te regroupais tu avec tes copines le samedi après midi ?

Je ne me regroupais pas le samedi après midi, je lisais au soleil derrière ma fenêtre 😉

10) Quelle activité extrascolaire faisais-tu ?

Danse, dessin, cirque à un moment. Mais la danse m’a accompagnée toute ma vie et je continue encore aujourd’hui, malgré mes genoux de « vieille »!

11) Comment faisaient les garçons pour aborder les filles ?

Un pote du mec venais voir une pote de la fille et lui disais un truc du genre « mon pote aimerait bien sortir avec ta copine ».

12) Quelle émission TV (jeu télévisés) regardais tu le soir à la maison avec tes parents ?

Oh!!! je me souviens d’un jeu télévisé avec Vincent Lagaff! mais je ne me souviens plus du nom de l’émission. (Edito: le Bigdil)

13) Quelle étaient les règles strictes de ton lycée ?

Arriver a l’heure ou 5 min en retard, sinon on restait sur le trottoir.

14) Raconte nous une anecdote croustillante ou une honte que tu aies vécu pendant ton adolescence.

En colo: il y a la queue pour les douches, donc lorsque mon tour arrive je me dépêche… je me savonne, je me rince, je me sèche, je m’habille, je sors pour laisser la place au suivant… ah, sauf que j’ai pas vraiment complété l’étape précédente, j’ai bien enfilé mon Tshirt par la tête, j’ai bien enfilé les manches, mais je ne l’ai pas abaissé… je suis sortie de la douche en soutif, en gros!!

Mois Belge – récapitulatif

Mois Belge – récapitulatif

C’était la première fois que je participais au Mois Belge d’Anne et Mina, et je dois dire que partir à la découverte de la littérature de mon pays d’adoption devenait urgent! Ma sélection est limitée, quatre livres seulement.

Grâce à la Foire du Livre de Bruxelles 2017, j’ai pu faire le plein de livres de jeunes auteurs locaux peu connus. J’ai également pas mal d’entrées « enfants » puisque en avril, j’ai aussi participé au challenge Avril en Albums de Pilalire. J’ai donc souvent fait d’une pierre deux coups!

Vous trouverez ci-dessous un recapitulatif de mes lectures dans le cadre de ce challenge, avec un livre de steampunk, un livre de science fiction, et deux livres pour enfants. Vous pouvez cliquer sur les titres des livres pour acceder a la chronique correspondante.


elixir de nouvelles steampunk

Elixir De Nouvelles Steampunk, Delphine Schmitz: ma révélation! Un livre que j’ai adoré. Court, bien écrit, passionant, plein d’humour.


dent la carie

Dent, La Carie, Francette Bosquet et Eric Créton: un livre de littérature enfant qui dédramatise l’arrivée d’une carie avec un super concept. Les illustrations ne m’ont aps trop plues, mais le livre a rempli sa mission auprès de Mademoiselle.


cryogenie geoffrey van hecke

Cryogénie, Geoffrey Van Hecke: de très bons thèmes philosophiques mêlés à un roman d’action. Malheureusement je n’ai aps accroché à l’écriture. Un jeune auteur prometteur à suivre.


qu'y a-t-il dans ta couche 1

Qu’y A-t-il Dans Ta Couche?, Guido Genechten: ou comment aborder la transition couche/pot en douceur, avec humour et sans drame. Un livre que nous réclame encore et toujours Mademoiselle, même si elle est « propre » depuis belle lurette.

Avril en Album, Recapitulatif

Avril en Album, Recapitulatif

36899-logo2017_150Le défi Avril en Album du blog Pilalire était dédié à la littérature jeunesse, et plus précisément les albums pour enfants. Je ne chronique pratiquement jamais de livres pour enfants, alors qu’on en a pléthore à la maison!

Ce défi m’a donc permis de présenter de beaux albums (et un que je n’aime pas du tout) que Mademoiselle adore. J’ai plusieurs fois couplé ce défi avec le Mois Belge d’Anne et Mina.

J’ai donc décidé de chroniquer plus d’albums pour enfants dorénavant, en plus je me rends compte que ces articles sont plutôt bien reçus par celles et ceux qui me suivent, donc pourquoi se priver?

Je vous laisse avec un récapitulatif des albums jeunesse présentés lors de ce challenge Avril en Albums. Vous pouvez cliquer sur le titre pour être redirigé vers la chronique correspondante.


dr seussDr Seuss: un auteur américain classique de la littérature pour enfant qui n’a plus à faire ses preuves. Malheureusement peu d’ouvrages traduits en français.


dent la carie

Dent, La Carie, Florence Bosquet et Eric Creton: un super livre qui explique pourquoi il faut se brosser les dents et dédramatise l’arrivée d’une carie et son traitement chez le dentiste.


The Wonderful Things You Will Be Emily Winfield Martin 1

The Wonderful things You Will Be (Toutes Les Merveilles Que Tu Seras), Emily Winfield Martin: un album coup de coeur, poétique et onirique a souhait, malheureusement non traduit en français (mais je vous donne une traduction du texte). Un album qui explique aux enfants qu’en grandissant, ils pourront devenir ce qu’ils désirent quels que soient leurs rêves. Et que leurs parents les aimeront toujours, quelle que soit la voie qu’ils choisiront.


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Zoe Est Timide, Collection Princesse Parfaite: une collection que j’abhorre. Zoé se conduit mal, mais des fois, elle est une Princesse Parfaite et se comporte bien. Une collection simpliste qui ne prend pas en compte le développement cérébral des enfants et envoie le mauvais message.


Contes de tOUJOURS FRONT

Contes de Toujours: le recueil de contes de mon enfance, dont je lis maintenant les histoires à ma fille. Des contes de tous pays, intemporels, des classiques. Ce livre est magnifiquement illustré.


qu'y a-t-il dans ta couche 1

Qu’y A-t-il Dans Ta Couche?, Guido Genechten: un super livre qui aide les enfants à transitioner de la couche au pot/toilettes. Des illustrations toutes mignonnes, des volets à soulever pour les enfants, et plein de bonne humeur!


la famille souris se couche

La Famille Souris Se Couche, Kazuo Iwamura: un album tout en douceur et en poésie, qui aborde le thème du coucher en détaillant les différentes étapes qui constituent ce rituel. Une collection que nous adorons.

Calendrier – Mai 2017 / Calendar – May 2017

Calendrier – Mai 2017 / Calendar – May 2017

Ce mois-ci, j’ai continué avec Rae Ritchie: Je préfère changer de designer tous les mois afin de changer de style, mais je dois bien avouer que je n’ai rien trouvé de convaincant. J’ai donc regardé ce que proposait la designer du mois passé, et j’ai été conquise par cette atmosphère de sous-bois fleuri. Ce mois-ci, je récidive donc!

This month, I’ve selected again a desktop wallpaper by Rae Ritchie. I usually prefer to pick a new designer every month, but in May I didn’t find anything that I really liked. So I checked what last month’s artist did for May, and I was pleasantly surprised by this nice flowery undergrowth ambiance.

Cliquez sur l’image pour accéder au site de l’artiste

Click on the calender to go to the designer’s website

May 2017 Rae Ritchie

La Famille Souris Se Couche, Kazuo Iwamura

La Famille Souris Se Couche, Kazuo Iwamura

la famille souris se coucheNous avons découvert La Famille Souris dans un magazine pour enfant spécial Noël. Mademoiselle et moi-même aviosn toutes les deux accroché au style narratif (descriptions simples) et aux images très travaillées et toutes en douceur.

Alors lorsque j’ai découvert des livres de La Famille Souris dans notre magasin de jouets préféré, je n’ai pas hésité! J’ai pris celui sur le rituel du coucher le soir, car ç’est un peu problématique des fois. Autant joindre l’utile à l’agréable!


L’hsitoire: la famille souris est composée de 14 membres: papa, maman, grand-père, grand-mère, et les dix enfants. Ils vivent au creux d’un arbre.

Les ombres s’alongent et c’est le soir. Les adultes reviennent du travail ou finissent leurs tâches. La famille s’organise pour prendre son bain, tandis que d’autres préparent le repas du soir. On mange tous ensemble, et puis on discute après le repas. Enfin les enfants se mettent en pyjama, et maman raconte une histoire. Lorsque tout le monde est au lit, Grand-Mère entonne une berceuse, et les petites souris s’endorment. Maman et Grand-Mère peuvent enfin se reposer et vont prendre leur bain.

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Mon avis: Quelle poésie dans les dessins! Les illustrations occupent pratiquement l’entièreté des doubles pages. Une phrase simple, en bas de page, explique ce qui se passe. Mais on peut passer très longtemps à examiner chaque illustration avec l’enfant, à lui faire découvrir tel ou tel détail.

L’auteur est japonais, on a donc pas mal d’éléments culturels qui diffèrent, comme le bain (au Japon on commence par se savonner et se rincer hors du bain, comme pour une douche, et puis on partage un grand baquet de bois empli d’eau chaude avec plusieurs membres de la famille) par exemple, mais cela n’empêche aps du tout l’identification.

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Le décors est celui d’une famille rurale traditionelle japonaise. La vie simple de la campagne, près de la Terre et du ryhtme de la nature, y est dépeinte.

Etape par étape, le rituel du soir est décrit: on rentre à la maison, on prend son bain, on prend son repas du soir, on se met en pyjama, histoire, berceuse, dodo! Tous les enfants s’y retrouveront.

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J’ai eu les dents qui ont un peu grincé car à la fin, Grand-Mère et Maman sont les dernières à prendre leur bain. Mais en y réfléchissant, Papa et Grand-Père ont pris leur bain avec les enfants alros que les femmes préparaient le repas du soir. M’enfin ça relègue encore un peu les femmes en cuisine tout ça. C’est la seule chose qui m’a peut-être un peu embêtée, mais globalement j’adore ce livre.

Je pense en prendre d’autres à Mademoiselle dans le futur, car elle aime beaucoup ces perosnnages, ainsi que les illustrations simples et classiques, qui rappellent beaucoup celles de Beatrix Potter.

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Kazuo IwamuraL’auteur: Kazuo Iwamura, né à Tokyo le 3 avril 1939, est un auteur-illustrateur japonais pour la littérature jeunesse. Il a tout d’abord travaillé comme illustrateur pour les émissions enfantines de la NHK, la télévision japonaise. Après une courte expérience de designer dans une entreprise de cosmétiques, il a préféré devenir auteur-illustrateur de livres pour enfants.

En France, il est surtout connu pour la merveilleuse série « La famille Souris » : Une nouvelle maison pour la famille Souris, Le train des souris, La famille Souris et le potiron, La famille Souris et la mare aux libellules

Kazuo Iwamura vit avec sa famille à Mashiko, à une centaine de kilomètres au nord de Tokyo. C’est là, au milieu des bois, qu’il trouve l’inspiration, le décor et les personnages de ses albums. Kazuo Iwamura a reçu l’insigne de Chevalier des Arts et Lettres en décembre 2014.


Produits dérivés: tous les autres albums de La Famille Souris, bien sur!

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Pour aller plus loin: lisez ci-dessous la très juste anaylse du travail de Iwamura, par Sophie Chérer (Extrait de l’Album des Albums, l’école des loisirs, 1997)

TRAVAIL, FAMILLE, PARTIE DE PLAISIR Que ceux qui poussent les hauts cris dès qu’on prononce devant eux les mots « dessins animés japonais » révisent leur jugement. Car Kazuo Iwamura, le doux, le tendre, le lumineux, le bucolique illustrateur des séries « Les Souris » et « La Famille Souris » a fait ses débuts dans la vie active en tant que dessinateur pour les émissions enfantines de la chaîne japonaise NHK. Certes c’était hier. Et certes, il en est sorti, mais sans pour autant être devenu une brute épaisse assoiffée de sang et de cervelles d’enfants.

Après un court passage par le design dans l’industrie cosmétique, Iwamura se consacre dorénavant à la création de livres pour enfants. Il vit depuis une vingtaine d’années à une centaine de kilomètres au nord de Tokyo, en plein milieu des bois, avec sa famille nombreuse. Une situation qui rappelle celles des « Souris » (sept enfants) et de la « Famille Souris » (dix), sauf que lui n’en a que…cinq !

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C’est une famille idéale que la famille Souris. Une famille traditionnelle : grands- parents, parents et enfants vivent sous le même toit. Une famille japonaise : l’aîné des enfants est appelé Grand Frère, la cadette Petite Sœur, Grand-Père et Grand-Mère ont les yeux bridés quand ils sourient. Une famille qui sait tout faire : bâtir son logis (« Une nouvelle maison pour la famille souris »), fabriquer des luges et des jeux de société (« L’hiver de la famille Souris »), récolter des provisions (« La famille Souris et la racine géante », « Le petit déjeuner de la famille souris). Une famille toujours unie qui a le génie de transformer en parties de plaisir les pires corvées de la vie quotidienne et de métamorphoser le moindre repas, le moment le plus banal en fêtes merveilleuses (« Le petit déjeuner », « Le pique-nique », « La lessive », « La fête d’automne de la famille Souris », « La famille Souris dîne au clair de lune », « La famille Souris se couche »). Tous ensemble on cuisine et on déguste, on travaille et on joue, on chante, on raconte, on se promène et on jouit du bonheur de vivre en pleine nature.

En promenant son pinceau à hauteur de museau, en remplissant ses pages de détails de la forêt (avec juste une ligne de blanc d’un centimètre pour le texte d’une ligne en bas de page), Kazuo Iwamura nous offre des symphonies de couleurs, des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches, et tous les oiseaux, tous les insectes qui peuplent les sous-bois.

Son amour de la nature éclate encore dans « Le Piano des bois », l’histoire d’une petite fille qui vient jouer du piano sur une simple souche d’arbre coupé, bientôt rejointe par un orchestre entier d’animaux. On sort de ces albums avec des gourmandises de baies, des soifs de torrents clairs, des envies conquérantes de cabanes et de randonnées, et dans les oreilles, avec les chants d’oiseaux, le doux vacarme des grandes familles dont tous les connaisseurs en voie de disparition savent bien qu’il n’est jamais une cacophonie.

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Ce livre est presente dans le cadre du challenge Avril en Albums du blog Pilalire.

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Qu’y a-t-il Dans Ta Couche? Guido Genechten

Qu’y a-t-il Dans Ta Couche? Guido Genechten

qu'y a-t-il dans ta couche 1Voici un livre qui nous a bien aidé lors de la transition couche/pot-toilettes, et que je recommande chaudement à tous les parents qui passent par l’apprentissage de la propreté!


Résumé: Petite Souris est bien curieuse, elle explore tout! Et elle explore aussi le contenu  des couches de ses copains. Mais lorsque ses amis lui demande ce qu’il y a dans sa couche à elle, surprise! Il n’y a rien! Car maintenant, Petite Souris fait caca sur le pot 🙂


Mon avis: lorsque Mademoiselle a commencé à montrer des signes d’intérêt pour le pot/les toilettes, j’ai paniqué. Comment allais-je bien pouvoir négocier cette transition si importante dans la vie de ma petite fille?

Par les livres bien  sur 😉 J’ai donc écumé mes groupes d’éducation Facebook (mon Facebook, depuis la naissance de ma fille, s’est transformé en répertoire des pages dédiées au sujet) à la recherche de recommandations. D’ailleurs certains n’avaient pas compris ma question et m’ont donné des titres de livres de méthode pour que mon enfant « devienne propre ».

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Non, non, moi je cherche un bouquin à lire avec ma fille pour lui expliquer le concept, communiquer avec elle sur un sujet important… en étant persuadée que ce genre de chose vient naturellement, et que d’appliquer une méthode peut marcher, mais pas forcément. Mais je digresse.

Après, donc, maintes recherches, j’ai été convaincue par Qu’Y A-T-Il Dans Ta Couche?

qu'y a-t-il dans ta couche 4Tout d’abord, le fait que les excréments soient complètement dédramatisés m’a beaucoup plu. Petite Souris s’intéresse à tout, même au caca de ses potes. Ouais. C’est du caca, voilà tout. C’est pas répugnant, ça peut même devenir intéressant.

L’enfant soulève les couches des différents bébés animaux et découvre plein de cacas différents: des crottins bien ronds pour le cheval, une bouse puante pour la vache, une crotte de chien, des petites crottes de lapin… ce qui est très amusant 🙂 Je n’avais jamais réalisé qu’il y avait autant de diversité dans le caca 😉

Et à la fin, lorsque tous les bébés animaux demandent à Petite Souris de leur montrer le contenu de sa couche à elle… tadam! Il n’y a rien! Comment est-ce possible? Mais c’est que, toute fière, Petite Souris explique qu’elle fait son caca dans son pot! Alors tous ses amis essaient aussi!

On laisse cette bande de joyeux lurons culs nus sur leurs pots aux couleurs de l’arc en ciel 🙂

Un grand, grand succès chez nous. Mademoiselle emmène le livre avec elle quand elle va aux toilettes. Elle alterne entre pot et toilettes, mais elle nous dit toujours qu’elle fait comme Petite Souris 😉


gvgenechtenL’auteur: Guido Genechten (Mol, le 19 Août 1957) est un auteur flamand et illustrateur. Guido Genechten acquiert une renommée mondiale avec ses livres d’images. Il a commencé à écrire des livres pour enfants en 1995, dont le personnage le plus célèbre est probablement le lapin Rikki

Guido Genechten a étudié la typographie et a travaillé pendant des années dans l’industrie de l’imprimerie, où il s’occupait principalement de mise en page et de montage. Pendant ce temps, il a assisté à des cours de dessin, peinture, graphisme et photographie à l’Académie de Mol Art. Ses livres d’images sont publiés dans de nombreuses langues.


Livre présenté dans le cadre du challenge Avril en Albums du blog Pilalire, et du Mois Belge d’Anne et Mina.

Contes De Toujours

Contes De Toujours

Contes de tOUJOURS FRONTLe livre que je vous présente aujourd’hui a bercé mon enfance. C’est le livre que nous lisait ma maman avant que l’on aille se coucher le soir… Ma soeur l’a retrouvé et me l’a offert pour la naissance de ma fille, et c’est avec émotion que je lui transmets, à mon tour, la culture littéraire populaire et la sagesse du monde.


Mon avis: Contes de Toujours est, comme son nom l’indique, un recueil de contes intemporels. Les contes sélectionnés viennent des quatre coins du monde, même si la plupart sont des contes européens.

On y retrouve les grands classiques, tels que Le Petit Chaperon Rouge, La Belle Au Bois Dormant, La Princesse et La Grenouille, ou encore Boucle d’Or Et Les Trois Ours, Le Vilain Petit Canard, Les Habits Neufs De L’Empereur et Les Elfes Et Le Cordonnier.

Mais on y trouve aussi une fable de la Fontaine, l’histoire du Géant Egoïste qui nous vient des pays nordiques (et que je trouve très triste), l’histoire du Bonhomme De Pain D’Epice, ou encore le conte russe du Grand Gros Navet, que j’ai toujours adorée. Un autre favori est l’hisoire du Couvre-Pieds Magique, ainsi que Pix Pax Pox (rien que le titre de ce conte est une promesse en soi!).

Table des matièresLa table des matières, au début de l’album, reprend non seulement la page à laquelle on peut trouver le conte, mais aussi sqon origine, et surtout le temps qu’il prend à raconter. Je trouve cela très judicieux, car en fonction de l’âge de l’enfant, de son degré de fatigue ou d’excitation, on peut choisir un conte dont la durée correspondra.

Ces contes ont bercé mon enfance et je dois dire qu’avant de rouvrir ce livre à l’âge adulte, je n’en n’avais jamais eu une lecture critique. Avec mes yeux d’adulte et surtout de maman, certaines choses me restent un peu en travers de la gorge.

Par exemple, le loup est forcément méchant – alors que depuis que mademoiselle est née, je m’évertue à faire en sorte qu’elle considère le loup comme un animal comme les autres, ni gentil ni méchant. Le loup mange les petits cochons, ainsi que la grand-mère et le petit chaperon rouge.

Les trois petits cochons

Analogie avec le requin, vu dans La Petite Sirène chez sa meilleure copine (oui, le Disney): « le requin est méchant maman ». Donc me voilà à expliquer la différence entre les herbivore et les carnivores à ma fille de trois ans, en espérant qu’elle aura capté que le cycle de la vie est tel qu’on doit se manger entre nous pour vivre (oui je cite Le Roi Lion!).

Tout ça pour que Mademoiselle comprenne que le loup n’est qu’un loup. Alors effectivement le loup est souvent une métaphore du prédateur sexuel… Toujours est-il qu’à trois ans, je trouve ça un peu tôt pour une métaphore filée, et pas juste pour les loups. Donc pour l’instant on saute les histoires de loups, surtout que la plupart des contes « classiques » étaient, à l’origine, destinés aux adultes et non aux enfants.

Le Petit Chaperon Rouge

En revanche, il a y pas mal d’histoires un peu drôles ou mêmes loufoques, comme celle du Vilain Bébé et de l’Elephant, ou les histoires de Compère Lapin.

Il faut maintenant que je passe au point fort de ce livre: les illustrations. L’objet-livre est magnifique. Il s’agit d’une édition collector/de luxe, et ça se voit. Le livre est en grand format, donnant la part belle aux illustrations qui sont entremêleés au texte.

Bien sur il y a des planches sur une page entière, mais la plupart des illustrations sont disséminées ici et là, égrainées au fil du texte, venant illustrer un détail. Je pense par exemple à la montage de fruits que la grenouille, dans La Princesse et La Grenouille, mange. Ou aux lézards qui serviront de laquais à Cendrillon. La mise en page a été pensée avec soin.

La princesse et la grenouille

Les illustrations sont somptueuses. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit. Elles sont réalisées au pinceau et fourmillent de détails.

Ma soeur et moi avions pour habitude de grimper sur le lit du haut de nos lits superposés pour regarder les images d’au dessus, pendant que notre maman nous lisait l’histoire, assise sur le rebord du lit du bas. D’ailleurs une fois ma soeur m’a un peu trop poussée car elle ne voyait soit-disant pas les images/je prenais toute la place, et je suis tombée tête la première sur le pif!

Je n’ai pas réussi à trouver trace de cet album sur internet. J’ai fouillé et retourné tous les résultats que mon pote Ecosia (une alternative écolo à Google qui plante des arbres à chaque fois que vous faites une recherche) m’a proposé, mais rien. Que dalle. Moi qui récolte normallement mes illustrations de chroniques sur le net, j’ai fait choux blanc et ai donc dû m’armer de mon appareil photo pour vous faire découvrir ma madeleine de Proust des contes de fées 😉

 

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Ce livre est présenté dans le cadre du challenge Avril en Album du blog Pilalire.

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Cryogénie, Geoffrey Van Hecke

Cryogénie, Geoffrey Van Hecke

cryogenie geoffrey van heckeCryogénie est un livre que j’ai acheté les yeux fermés après avoir lu le résumé au dos. J’ai été terriblement emballée par la promesse qu’il m’en faisait. Malheureusement, j’aurais peut-être dû discuter plus avec l’auteur pour savoir exactement dans quoi je m’embarquais, car mes attentes ont été déçues.


Résumé: Adam, le premier homme, veut dénoncer l’hypocrisie des religions telles que nous les connaissons. Un homme mourant est cryogénisé, afin de pouvoir être soigné lorsque la science aura assez avancé pour ce faire.


Mon avis: ce livre est en fait une suite, le 4è tome de la série Humanum. Sauf qu’on ne m’avait pas prévenue.

Les trois premiers tomes s’appellent « Humanum: xxx ». Là on a juste « Cryogénie », sans aucune référence à la trilogie qui précède. Rien non plus dans le résumé au dos ne trahit qu’il s’agit d’une suite… c’est donc en me référant aux notes de bas de page que je suis tombée sur la mention « voir Humanum tome1/2/3″, pour expliquer tel ou tel évènement… Pas surprenant dès lors, qu’en ayant loupé trois épisodes, je n’accroche pas vraiment à ce livre.

Je suppose que les trois premiers tomes présentent les personnages que nous rencontrons dans Cryogénie, qui sont à peine présentés. Je suppose aussi que la hiérarchie divine y est présentée et expliquée. Forcément, dans une suite, pas besoin de replanter le décors…

Comme je l’ai dit, je suis un peu passée à côté de ce bouquin, donc j’ai bien peur que ma chronique soit plutôt négative. Je vais commencer par ce qui, au delà du fait que j’ai été un peu perdue sans avoir lu les trois tomes précédents, m’a déplu, et puis je passerai au positif pour finir sur une touche positive.

Eden
Adam dans le jardin d’Eden

Je n’ai malheureusement pas du tout accroché au style d’écriture de Geoffrey Van Hecke. Je pense que c’est un style qui se veut résolument moderne. Tout est écrit au présent, les phrases sont courtes, pas de chichi, pas de superflu. Mais c’était peut-être trop épuré pour moi. Surtout que j’aime bien la littérature classique avec ses phrases alambiquées et ses beaux mots.

L’emploi du présent permet au lecteur de ressentir l’urgence de la situation. Il donne un rythme effréné au récit, renforcé par des chapitres courts et des changements de lieu fréquents.

En lisant ce livre, j’ai eu un ressenti très cinématographique, visuel. J’ai eu l’impression de lire un scénario de film d’action, et le story board prenait forme dans ma tête. Cela pourrait être un bon point, mais malheureusement j’ai acheté un roman, pas un scénar’! Donc j’aurais aimé quelque chose de pas forcément plus étoffé, mais plus recherché.

Cryogénie se lit vite car il est très court. En une soirée c’était plié. Il y a pas mal de suspens donc on accroche, on a envie de savoir ce qui va se passer par la suite même si on est un peu perdu car on n’a pas lu les tomes précédents… ou juste de comprendre.

Et pour dire la vérité, tout cela allait un peu trop vite pour moi. Donc si le but était un ressenti de vitesse, c’est atteint, mais du coup ma vision s’est un peu brouillée. Il m’aurait peut-être fallu des lunettes d’aviateur 😉

Renovation St Sepulcre
Le Saint Sépulcre, la tombe de Jésus, en pleine rénovation à Jérusalem.

J’ai détesté la structure du récit. Chaque nouveau lieu dans lequel se déroule l’action est présenté de manière factuelle avant que l’on passe à l’action en elle-même. J’ai eu l’impression de lire Wikipédia ou un guide touristique. Je comprends pourquoi on a besoin de connaître les éléments historiques/culturel/économique de tel lieu ou telle ville, mais le faire de cette manière me semble très artificiel.

En fait cette présentation des nombreux lieux et villes parcourus par les héros a renforcé mon impression « cinéma d’action ». Dans ma tête, je voyais les héros débarquer à tel endroit, et sur l’image les facts and figures (faits et chiffres, mais ça fait plus cool en anglais lol) de base relatifs à cet endroit.

Je pense qu’il aurait été facile d’intégrer ces données dans le récit, au lieu de les donner à part. Comme je l’ai dit, cela m’a irritée au plus haut point. Entre l’impression de lire la page Wikipedia de la ville explorée et celle que le récit était en pause pendant un ou deux paragraphes, j’ai vite perdu ma patience. Pourtant, comme je savais que ces lieux avaient été choisis pour une bonne raison, je me suis forcée à les lire, mais en traitant vraiment des pieds.

Le livre traite aussi beaucoup de religion et à un moment donné, j’ai trouvé que c’était trop. je n’avais pas signé pour une relecture de la Bible, mais pour une réflexion sur les limites de la science. Cela vient aussi du fait que ce tome est une suite à une histoire d’anges, qui a déjà été écrite sur trois tomes précédents.

nauru
L’île micronésienne de Nauru, ravagée par l’exploitation intensive du phosphate, a droit à une deuxième chance dans le roman.

Passons au positif maintenant: la réflexion sur Dieu, la religion, et ses limites. Geoffrey Van Hecke a écrit ce livre à la suite de la disparition de sa grand-mère, qu’il adorait vraisemblablement. Le livre lui est d’ailleurs dédié.

Du deuil, de la douleur est donc née cette réflexion: comment pourrais-je garder un être cher mais condamné? Le développement de la science, qui rallonge l’espérance de vie, est-il compatible avec les lois de la nature/de Dieu? Et si on arrivait à mettre au point la cryogénisation dans le futur, afin d’attendre que la science trouve un remède au mal dont sont atteints les personnes condamnées?

Je m’attendais à un livre centré là dessus. Au lieu de quoi, les personnages auxquels Geoffrey Van Hecke avait donné vie dans le passé ont pris toute la place. Je rappelle qu’il s’agit d’un très jeune auteur, il a tout juste 27 ans et écrit depuis son adolescence. On ne peut donc pas lui en vouloir de s’être attaché à ses personnages. Mais je pense qu’il aurait dû en faire un livre à part, avec des personnages nouveaux, et peut-être pas d’anges qui doivent livrer bataille.

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Alcor cryogénise déjà depuis plus de trente ans… mais perosnne ne sait ce qu’il adviendra des perosnnes conservées lorsqu’elles seront « réveillées ».

La réflexion sur la cryogénie doit constituer 1/4 du roman à tout casser. Van Hecke explore les deux facettes de cette technique: le point de vue du cryogénisé, et celui de « ceux qui restent ». Sa femme doit apprendre à vivre tout en sachant que son amoureux pourrait se réveiller aussi bien dans quelques mois que dans quelques années… voire après sa mort.

Va-t-elle s’autoriser à continuer de vivre? Est-elle veuve? Son mari n’est plus vivant, mais il n’est pas mort. Et si jamais il revenait, pourraient-ils reprendre là où ils s’étaient arrêtés, sachant que Jennifer, l’épouse, aura continué à vivre alors que lui était temporellement suspendu? Leur amour surivra-t-il à ce décalage? Autant de questions intéressantes qui trouvent réponse dans ce roman.

Du point de vue de Bill, le cryogénisé, le retour à la vie s’avère difficile: il a perdu quelque chose. Ses souvenirs sont intacts, ses sensations aussi, mais il se ressent plus rien. Son corps est là, mais son âme est restée de l’autre côté. Bill choisi alors de ne pas rester dans ce monde, mais de se retirer dans celui qu’il a visité lors de sa cryogénisation. De ce fait, il libère Jennifer, veuve une seconde fois, mais libre d’aller de l’avant.

Le message est très beau et très fort: la mort nous enlève des êtres chers, et nous ne l’acceptons pas. On voudrait tout faire pour les faire revenir. Mais comme pour Frankenstein ou les vampires, le résultat n’est jamais exactement le même. L’avancée de la science permet de repousser la mort, mais pas de l’éviter.

 

Nous avons, en parallèle de cette réflexion sur la mort, une réflexion très poussée sur Dieu, ce qu’il représente, et les religions monothéistes. Adam, le Premier Homme, est revenu sur Terre pour dénoncer l’énorme supercherie que sont les religions institutionnalisées. Il entre en guerre avec les anges, psychologiquement et physiquement.

Adam harangue les foules, dénonce le système, pointe du doigt les contradictions. Il fait se relever les morts pour combattre les anges. Mais tout cela ne marche pas. Il décide donc de saboter le système de l’intérieur, en entrant dans les ordres et en se faisant élire Pape.

Le Pape Adam va réformer en profondeur l’Église catholique: il va abolir les scissions entre les différentes églises (catholique, protestante et orthodoxe) et oeuvrer au rapprochement de la chrétienté, du judaïsme et l’islam; il autorise l’avortement, la contraception et le mariage des prêtres; il s’engage dans l’écologie. De l’extérieur, c’est le Pape parfait, celui que l’on attendait depuis longtemps. D’ailleurs, son règne, la religion connaît un regain d’activité.

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Mais tout cela, il le fait afin de démontrer aux hommes que l’idée de « Dieu » est bien telle que l’Homme veut la façonner. Ce n’est pas Dieu qui décide de réformer l’Eglise, mais bien un Homme. Et en secret, le Pape Adam assassine Jésus (qui apparemment n’est jamais vraiment mort depuis 2020 ans (le livre se passe dans un futur proche)) et détourne de l’argent pour se faire cryogéniser en temps voulu.

Adam méprise les Hommes qui suivent le « représentant de Dieu » comme des moutons, sans réfléchir.

st_michaelLa question du libre arbitre revient aussi souvent dans ce livre. Adam argue que si Dieu était vraiment bon, généreux, et toutes les autres qualités qu’on lui prête, il n’aurait jamais laissé faire toutes les atrocités que l’on connaît. Le fameux « Dieu a ses raisons que la raison ignore », qu’on sort pour consoler ceux qui sont dans le malheur et leur assurer que Dieu les aime quand même et ne les oublie pas, malgré tout.

Les anges y répondent que Dieu est un guide et non un tyran. Jamais il ne forcera quiconque, les Hommes sont libres de leurs choix. De là se pose la question de la limite de la liberté: en étant complètement libres, les hommes ont interprété le message divin de différentes manières et se sont entre tués au nom de la religion.

Adam démontre qu’un tyran imposant le bien, tel qu’il le fait avec sa réforme de l’Eglise, est meilleur pour l’humanité qu’une liberté sans limites. Les Hommes ont tendance à utiliser cette liberté pour faire le mal.

Au final, le Pape Adam est mis en examen et déchu de ses fonctions. Les anges voient enfin que ce qu’il a réalisé était nécessaire, et influent le vote des cardinaux pour que ces derniers choisissent un pape qui portera l’héritage positif laissé par Adam, en laissant ces travers derrière.

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La question de l’hypocrisie de l’Église, enfin, apparaît: le Vatican, construit avec l’or des fidèles qui venaient payer pour un accès plus rapide au Paradis, est-il « éthique » pour une Eglise qui a fait voeux de pauvreté? La fin justifie-t-elle les moyens?

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Gabriel dans son rôle le plus célèbre: annonciateur

Il y a aussi une histoire d’amour impossible entre une humaine, Rachel, et l’archange Gabriel, annonciateur de la bonne nouvelle. Mais ils choisissent de renoncer à cet amour, car Rachel refuse de devenir ce qu’elle n’est pas (un ange) ou que Gabriel sacrifie sa nature d’ange pour devenir humain. Cela reviendrait à changer la nature profonde de l’un des deux dans le couple, et cela, Rachel ne peut le permettre.

J’ai trouvé dommage que cette histoire se finisse en queue de poisson, étant moi-même en couple avec une personne d’une culture très éloignée de la mienne. Aller vers l’autre est possible, trouver un juste milieu aussi. Changer l’autre pour le transformer en ce qu’il n’est pas, par contre, n’a pas lieu d’être.

Pour conclure: un livre dont l’écriture ne m’a pas convaincue, mais qui soulève des questions pertinentes sur de grandes questions existentielles telles que la mort et la religion. On sent le travail de recherche dans les références culturelles évoquées. Malheureusement comme il s’agit du dernier tome d’une série de quatre volumes, je suis passée à côté de l’intrigue. Geoffrey Van Hecke est un jeune auteur très prometteur, avec une réflexion philosophique intéressante. J’espère que son écriture s’affinera avec le temps.


Geoffrey van heckeL’auteur: Geoffrey Van Hecke est un jeune auteur belge aux multiples casquettes, né le 5 juillet 1989 à Bruxelles. Il écrit des poèmes depuis l’âge de 15 ans et a publié son premier recueil de nouvelles à 19 ans. Dans ses romans, il traite de sujets qui lui tiennent à coeur. Selon lui, c’est avec la liberté, le rêve et l’amour qu’on réalise le plus beau des tours de magie.

Geoffrey Van Hecke est titulaire d’un master en gestion d’entreprise et d’une spécialisation en développement durable. Il parle français, néerlandais, anglais, et espagnol, ayant vécu quelques temps à Madrid. Il vit actuellement à Bruxelles.

Il est passionné par les voyages et la politique, étant actuellement président des Jeunes MR de Berchem-Sainte-Agathe. Quand il n’écrit pas, il est consultant pour la banque Belfius.

Pour en savoir plus sur lui: sa page Facebook, une interview datant de 2015, et le blog qu’il avait monté à ses débuts (très chou).


Produits dérivés: ne faites pas la même erreur que moi, et commencez par le tome 1 de la saga 😉 Peut-être que vous accrocherez plus, de cette manière.


Pour aller plus loin:

Le site de Cryonics Belgium regorge d’informations sur la cryonie (conservation par le froid des humains).

Le site de Alcor, qui cryonise ceux qui en ont les moyens, en attendant quen la science et la technologie avancent pour soigner leurs mortelles afflictions.

Une vidéo promotionelle qui explique la démarche (en anglais):

Cet article (en anglais) très complet sur le processus, pourquoi, comment, etc…

Zoé est timide, collection Princesse parfaite

Zoé est timide, collection Princesse parfaite

zoe-est-timide-2214-450-450Mademoiselle a emprunté ce livre à une copine. Une grande de dix ans, s’il vous plaît! Je n’étais pas trop d’accord (vous vous souvenez peut-être de mon avis pas du tout enthousiaste sur un autre livre de la même collection), mais bon on n’allait pas faire une scène à 22h alors que Mademoiselle était crevée (et surtout je ne me voyais pas expliquer, devant les parents, que le message de ce livre était nul – chacun ses choix éducatifs). Nous sommes donc rentrés avec, Mademoiselle super contente, et moi à me demander comment on allait contourner le problème.


Concept et résumé: Zoé, Princesse Parfaite, est une collection qui suit Zoé, une petite fille de plus ou moins cinq ans, dans sa vie quotidienne, suivant un thème précis. Les doubles pages antagonisent les « mauvais » et « bons » comportements de Zoé, dans une situation donnée.

Ici, Zoé est timide: au parc, à l’école, sur scène, avec des amis, au centre aéré… Zoé est tellement timide qu’elle n’arrive pas à communiquer, est embarrassée, rougit, n’ose pas… mais lorsque Zoé se transforme en Princesse parfaite, alors elle prend son courage à deux mains, fait le spectacle, va parler aux autres enfants, demande à aller aux toilettes, fait un bisou à sa maîtresse…

A la fin du livre, il y a un diplôme et dix bons points. A chaque fois que l’enfant surmonte sa timidité, il reçoit un bon point, et lorsqu’il a reçu tous ses points, il reçoit son diplôme.

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Mon avis: il n’a pas changé pour cette collection. Je trouve toujours que c’est une fausse bonne idée.

Antagoniser Zoé, qui fait les choses « mal », avec son alter-égo de princesse, c’est déjà à la limite du soutenable pour moi. Le message envoyé est: telle que tu es, tu as seulement des défauts. Il te faut te transformer en Princesse Parfaite, avec robe à fanfreluches et tout le tralala, pour être considérée en société. Je passe sur le fait que l’alter-égo aurait pu être une héroïne badass au lieu d’être toute de rose vêtue… pour les stéréotypes de genre, on est en plein dedans.

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Les situations sont hyper culpabilisantes pour l’enfant timide: au centre aéré, Zoé fait pipi dans sa culotte mais n’ose pas le dire au moniteur. En Princesse Parfaite, Zoé ose enfin dire qu’il faut qu’elle se change! Youpi! Quand Zoé voit un copain qu’elle n’a pas vu depuis longtemps, elle reste dans les jupes de sa mère. Mais quand Princesse Parfaite voit sa meilleure copine, elle lui saute au cou! Quand Zoé est au parc, elle n’ose pas parler aux autres enfants et se sent triste qu’ils s’amusent sans elle… bref, vous saisissez le truc.

couv princesse parfaite timide jalouze .inddZoé est timide, c’est de sa faute, elle n’a qu’à prendre son courage à deux mains et être moins timide. Je tombe des nues avec ce genre de raisonnement à deux balles. Le pire c’est que c’est une collection qui a pas mal de succès…

Comment j’ai tourné la chose? Parce que oui, Mademoiselle a voulu lire ce satané livre. Heureusement qu’elle ne sait pas encore lire et que je peux bidouiller le truc comme je l’entends.

Alors j’ai expliqué qu’il y avait deux Zoés, mais qu’elles étaient en fait la même personne qui se sent bien ou qui ne se sent pas bien. Jusque là on est dans les clous.

Lorsque nous avons lu le livre, j’ai modifié les situations, et expliqué que quand Zoé ne se sent pas bien, c’est parce qu’elle est dans un nouvel environnement, avec des gens nouveaux. J’ai demandé à Mademoiselle si quand elle était avec des gens qu’elle ne connaissait pas, il lui arrivait de préférer vouloir rester avec nous, ses parents, plutôt que d’aller jouer avec des enfants qu’elle ne connaissait pas encore bien. Réponse: oui!

Et quand Zoé se sent bien, et ose parler/demander/danser/jouer, c’est parce que ça fait un petit moment qu’elle connaît les gens/qu’elle s’est bien entraînée/qu’elle a déjà fait ce genre de chose avant.

princesseVoici quelques exemples avec, en italique, mes ajouts:

  • La maîtresse: Zoé parle très bas à sa maitresse et n’ose pas la regarder en début d’année. Après quelques semaines, Zoé connaît bien sa maîtresse et lui fait un gros bisou lorsqu’elle arrive à l’école.
  • Le spectacle: pour le spectacle de l’école, Zoé se retrouve devant tous les parents et ça lui fait peur, elle oublie les paroles de la chanson. Pour le spectacle de son école de danse, il y a seulement les parents de ses amies du cours de danse, et elle se sent plus à l’aise.

Et le diplôme de Princesse Parfaite avec ses dix bons points, à la fin du livre, on en parle? Une carotte!! L’enfant sera motivé à ne « pas être timide » pour la récompense, pas pour améliorer sa vie sociale…

Vous l’aurez compris, Zoé, Princesse Parfaite est pour moi une collection qui ne sert à rien. Je ne la recommande pas du tout, du tout.


Chronique rédigée dans le cadre du challenge Avril en Albums du blog Pilalire.

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