Le Mystère de Mercy Close, Marian Keyes

Le Mystère de Mercy Close, Marian Keyes

51BQSfqhS5LVoici le deuxième opus de Marian Keyes, auteure irlandaise jusque là inconnue au bataillon (du moins, mon bataillon!) que j’ai récupéré de chez des amies qui ont « nettoyé » leur bibliothèque.

Marian Keyes étant la « mère de la chicklit », on peut s’attendre à quelque chose de léger… pourtant, après la lecture de This Charming Man, je savais que sous la légèreté, des sujets plus graves sont abordés.


Les couvertures: les éditions en anglais montrent un dessin de femme en talons hauts et pressée, ou une maison aux fenêtres colorées, ou encore une jeune femme accoudée à une balustrade près de sa voiture. Toutes collent à un aspect ou à un autre de l’histoire.

La première, avec son aspect de dessin humoristiques, représentent les chaussures à talons hauts qui sont la passion d’Helen, et renvoient effectivement à la dimension loufoque de l’héroïne. La robe rose, par contre, euh… c’est sûrement pour faire plus chick lit?

L’édition avec les fenêtres colorées correspondants aux différentes teintes dont sont peintes les pièces de la maison de Wayne,  colle plus à l’aspect thriller/enquête.

Enfin, la jeune femme près de sa voiture, voiture qu’Helen adore par dessus tout, renvoie à un moment très sombre du roman: celle de sa tentative de suicide. Sauf que la voiture devrait être noire, et non pas verte.

Les éditions étrangères collent aussi bien au roman, que ce soit pour les illustrations ou pour la traduction des titres:

Un Cas Pour Helen Walsh en danois (Helen détective), Etes-vous fou? en néerlandais (Helen suicidaire), Helen N’Arrive Pas A Dormir  (Helen insomniaque) en espagnol, et Coup de Chance en allemand. Les autres langues font une traduction fidèle de l’anglais. La traduction qui me plait le moins est celle en allemand, car je n’ai pas vraiment vu de coup de chance dans ce roman…

Quant aux illustrations,  l’édition néerlandaise montre les jambes d’une fille qu’on pourrait croire un peu paumée, l’édition espagnole se concentre sur Helen dans son rôle de détective, et la norvégienne sur la fameuse maison de Mercy Close. Encore une fois, l’édition allemande me déçoit avec ses coccinelles – mais c’est vrai que ça colle avec leur titre Coup de Chance.


Résumé et avis bref: Helen Walsh est détective privé, et un peu décalée par rapport au monde extérieur. A cause de la récession en Irlande, elle a beaucoup moins de travail et perd son appartement car elle ne peut plus payer son emprunt. Retour chez papa et maman, gros choc.

surveillance-female-hanging-out-of-car-with-cameraSon ex la recontacte et lui offre un job en or: manager d’un ancien boy band qui se réuni après 15 ans, il organise une série de concert évènement. Manque de bol, l’un des membres a disparu. Jay Parker, l’ex d’Helen, est prêt à payer le double pour qu’elle retrouve Wayne, le disparu.

Helen accepte le job, et pendant l’enquête, elle sent que sa santé mentale se détériore de manière alarmante. Saura-t-elle se sauver elle-même? Et Wayne?

Worlds+Apart+Beggin+To+Be+Written+521132Ce roman a vraiment été passionnant. On explore le thème de la dépression, et en parallèle celui du show biz, et plus précisément des boy band sur le retour! C’est comme si Worlds Apart ou les Spice Girls se reformaient pour un ultime concert!

L’héroïne Helen est très bien traitée: ses sautes d’humeur, son incompatibilité sociale, sa famille… et surtout la plongée dans son monde intérieur sont admirablement dépeints.

Tout comme This Charming Man, on traite d’un sujet grave (la dépression) par l’humour et la légèreté. C’est quelque chose que j’apprécie chez Marian Keyes. C’est vraiment dommage que le roman n’ait pas encore été traduit en français – peut-être que je devrais me proposer? 😉


L’histoire: SPOILER ALERT – Marian Keyes distille les infos au fur et à mesure dans son livre. Ici je remets tout dans l’ordre, chronologiquement. Il s’agit d’une enquête, donc j’ai mis de gros /SPOILER/ pour encadrer la résolution du cas. Si vous ne voulez pas savoir, allez directement au paragraphe suivant.Dublin-gallery-weekend-HERO-1500x515

Helen Walsh a 33 ans, elle est irlandaise, elle vit à Dublin, elle a une grande famille (cinq soeurs dont elle est la benjamine), et elle est névrosée. Elle est anti-conformiste à souhait, ne croit pas en grand chose (et surtout pas aux boissons chaudes ni à la peur), et est un peu inadaptée sociale. Etre en société lui demande des efforts immenses.

Elle a une passion pour les talons hauts et les écharpes, les couleurs glauques pour les murs de son apart’, et pour les stands de bric et de broc aux fêtes de Noël de sa paroisse.

Helen n’a jamais vraiment su quoi faire de sa vie. Elle a essayé ceci et cela, avant de suivre un cours du soir pour devenir détective privée. Elle est plutôt bonne, marche beaucoup à l’instinct et se met dans la tête des gens. Au début ça marche bien, elle a plein de clients, mais la récession arrive, et avec elle sa clientèle diminue considérablement.

1827921-inlineEntre temps Helen a rencontré Bronagh, une autre fille qui, comme elle, dis un gros F**k à la société. Elles deviennent bien évidemment BFF (Best Friends Forever). Helen, pour la première fois, devient suicidaire, et décide d’être admise dans un hôpital psychiatrique pour se sauver d’elle-même. Premier couac, Bronagh ne vient la voir qu’une fois, et semble mal à l’aise.

Lorsqu’Helen sort, enfin remise sur pieds,  Bronagh lui présente Blake, un agent immobilier complètement fou d’elle.  Helen, quant à elle, rencontre Jay Parker, un mec survolté qui a toujours de nouvelles idées de business.

C’est l’époque des sorties à quatre, des double-dates… tout roule. Bronagh se marie et Helen est demoiselle d’honneur. Sauf que Blake décide d’investir dans un projet de Jay, que la récession arrive, et que Blake et Bronagh, en plus d’être ruinés, sont endettés jusqu’au cou.

C’est la rupture: Bronagh ne veut plus voir Helen, et celle-ci romp avec Jay, qu’elle considère comme un traître. Helen a cette capacité merveilleuse de compartimenter sa vie dans sa tête. Aussi, elle range dans un coin de sa mémoire tout ce qui a trait à Jay Parker et l’efface. Elle s’auto-amnésie, en quelque sorte.

Six mois plus tard, en traînant dans une fête de Noël paroissiale, elle rencontre Artie. Artie est super sexy, il travaille dans la police des fraudes, il est divorcé et a trois enfants. Artie n’est pas le genre d’Helen. Mais ces deux là sont irrémédiablement attirés l’un par l’autre.

Trois mois plu tard, Helen perd son appartement, faute de pouvoir rembourser son prêt, et dois déménager chez ses parents. C’est plutôt dur à avaler, surtout qu’elle avait enfin un endroit rien qu’à elle pour exprimer ses goûts non-conventionels. Enfin un peu de liberté… qui lui est vite reprise.

En plus, Helen commence à avoir des hallucinations, ce qui avait marqué le début de sa dépression et de ses tendances suicidaires la fois d’avant. Bref, c’est pas la joie.

Le même jour, Jay la contacte. Il a besoin d’elle pour retrouver une personne disparue: Wayne Diffney. Quinze ans plus tôt, Wayne avait fait partie d’un boy band, les Laddz. Aujourd’hui les Laddz se reforment pour une série de concerts évènements, et Jay est leur manager. Sauf qu’on est vendredi, que le premier concert aura lieu mercredi, et que Wayne a disparu. Jay promet un gros pactole à Helen, qui ne peut refuser, vu sa situation financière.boyzonehalfnaked

A contre-coeur, Helen se lance dans cette enquête avec Jay, qu’elle déteste. Elle commence par explorer la maison de Wayne, qui partage apparemment son goût pour les teintes de murs bizarres. Elle découvre aussi chez Wayne desanti-dépresseurs, des somnifères et le Coran. Wayne gagne sa vie en produisant des artistes au moyen-orient avec John Jospeh, un autre ex-Laddz.

Next stop: les autres Laddz. John Jospeh a une splendide demeure et une splendide femme, Zeezah, une chanteuse du moyen-orient qu’il veut lancer en Europe. Frankie a des jumeaux et ne dort plus trop depuis leur arrivée. Roger est un pervers sexuel qui couche avec tout ce qui bouge.

Petit à petit, Helen s’immerge dans la vie de Wayne, retourne les pierres, inspecte ses comptes, retrouve les pièces du puzzle… cependant Wayne reste introuvable.

Helen s’enfonce de plus en plus dans la dépression. Elle va jusqu’à acheter un couteau pour se trancher les veines. La dernière fois elle avait essayé de se noyer, sans succès: on l’avait sauvée malgré elle.

Dans un éclair de lucidité, elle appelle sa psy, pas vue depuis un an, qui l’aide à se débarasser du couteau. Et dans un éclair de lucidité, elle comprend où est Wayne /SPOILER/ il s’est fait interner à l’hôpital psychiatrique, comme elle l’avait fait elle-même /SPOILER/.

Helen arrange les choses pour que les Laddz puissent quand même monter sur scène et se faire un tas d’argent, car ils étaient tous limite, financièrement parlant. Jay gagne aussi beaucoup avec ces concerts et rembourse Bronagh et Blake – mais cette amitié est de toute façon brisée.irlande-monnaie-devise-euros-piece-billet2-660x330

Dès que le cas est résolu, Helen se précipite à l’hôpital psychiatrique pour être aidée et se faire interner. Elle ressort quelques mois plus tard, se sentant mieux, mais différente à jamais.

Jay, qui avait promis à Helen un petit pourcentage sur les recettes si elle résolvait ce cas, lui amène sa part, ce qui permet à Helen de retrouver son appartement chéri.

Epilogue: Helen et Artie sont enfin un couple officiel auprès des enfants d’Artie, les Laddz ont tous repris la vie qu’ils souhaitaient, mais avec un pactole en poche, et Helen se sent beaucoup mieux dans sa vie – elle va jusqu’à inviter des gens pour prendre le thé chez elle, c’est dire 😉


Mon avis: Il faut savoir que ce livre est le dernier d’une série consacrée aux cinq soeur Walsh, dont le premier était Watermelon (Pastèque), le tout premier livre de Marian Keyes. Cependant, n’ayant pas lu les volumes précédents, je n’ai pas été perdue, donc il peut se lire indépendamment.

Plusieurs thèmes sont traités, mais le thème majeur est celui de la dépression.

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La dépression: L’auteure sait de quoi elle parle, puisqu’elle y a été sujette de nombreuses fois. La descente aux enfers d’Helen, qui ne peux lutter contre cette force obscure qui l’envahit, est magistralement rendue. Les symptômes sont bien décrits: hallucinations, manque d’appétit (Helen ne mange plus rien sauf ses anti-dépresseurs et ses somnifères), insomnie, idées suicidaires, sont le lot quotidien d’Helen.

J’ai aimé plonger dans la tête d’Helen, ses tentatives pour remonter à la surface (j’ai acheté un couteau, c’est quand même extrême, est-ce que je ne ferai pas mieux d’appeler ma psy?).

Le rôle du partenaire de vie, le sexy Artie, est bien mis en valeur: il l’accepte telle qu’elle est, avec ses incohérences, ses goûts peu conventionnels, et ses idées noires. Il l’aime inconditionnellement. En fait, Artie est la bouée de sauvetage qui permet à Helen de garder (plus ou moins) la tête hors de l’eau.

Le métier d’Helen est sa deuxième bouée: tant qu’elle a l’esprit occupée par autre chose, elle peut mettre de côté ses idées noires. Mais après? Lorsque le cas sera résolu? Elle sera livrée à elle même.

La famille irlandaise: l’auteure antagonise la famille Walsh et la famille d’Artie. Les deux appartiennent à la classe moyenne, mais le pourraient être plus différents.

Chez les Walsh, la télé est toujours allumée, et trône, telle une divinité, dans le salon. Les Walsh pratiquent l’amour vache: ils sont toujours en train de se dire des choses horribles, mais ils s’adorent et sont très proches et soudés.

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Chez Artie, c’est bien différent: Artie et son ex, Vonnie, ont divorcé parce qu’ils étaient trop occupés par leurs jobs respectifs, mais tout s’est fait à l’amiable. Tellement à l’amiable que Vonnie est très souvent fourrée chez Artie lorsque les enfants y sont. Ils pratiquent la garde alternée 50/50.

La télé? Que nenni. Chez Artie, on passe le plus de temps possible dehors, dans le jardin, et on parle beaucoup. La famille moderne modèle, en somme.

Il va sans dire que ce clash culturel abouti à des situations des plus cocasses – par exemple lorsque la fille aînée d’Artie demande à Helen si elle veut du thé fait maison, alors que cette dernière ne jure que par le coca light.

La famille recomposée: Artie a trois enfants: une ado, un preado, et une petite fille de neuf ans. Helen s’attend à entrer en compétition avec l’ainée, mais bizarrement c’est le garçon préado qui lui donne du fil à retordre.

Helen doit aussi composer avec Vonnie, la mère des enfants, qui est très (trop souvent) présente, et qui est très (trop) belle et sympa. Une guerre cordiale s’installe entre les deux femmes, et Artie ne sait pas trop sur quel pied danser.

Artie a aussi très peur que ses enfants n’acceptent pas sa nouvelle copine, et/ou que les enfants s’y attachent et que ça ne marche finalement pas. A la fin du livre, Helen n’est plus seulement présentée comme étant une amie, mais bien la chérie du papa.

284455-filip-nikolic-membre-des-2be3-est-637x0-2Le monde du show biz et la seconde vie des boy bands: Alors lààààà! Mais c’est toute mon adolescence qui défile! Quelle époque! 2be3, Worlds Apart, Boy Zone, et j’en passe!

Donc là, on assiste à la réunion, 15 plus tard, d’un boy band imaginaire, et on découvre toutes les ficelles et l’envers du décor. Pourquoi font-ils cela? Tout simplement parce qu’ils n’ont plus de sous, pas parce qu’ils ont la nostalgie des vieux jours. D’ailleurs c’est un peu la raison pour laquelle Wayne disparaît (mais pas que…).

Bref, tout ce truc sur les boy bands est juste savoureux. Rien que pour ça, le livre vaut la peine d’être lu.

La récession économique: celle qui a frappé de plein fouet l’Irlande. Celle qui affecte directement le nombre de cas (et donc le chiffre d’affaires) d’Helen. Celle qui empêche les gens de partir en vacances (et donc, lorsque des voisins de Wayne déclarent rentrer de vacances, c’est louche, puisque personne ne peut se le permettre). Celle qui fait perdre son apart’ à Helen. Celle qui ruine Jay, Bronagh et Blake. Bref, récession économique de merde.

Le monde des détectives privés: comment ils sont en compétition avec d’anciens flics reconvertis, quelles sont les ficelles du métier, comment on devient détective (en prenant des cours du soir, really??), comment on se fait un réseau plus ou moins légal et plus ou moins maffieux. Super intéressant, et bien documenté.

Bilan: Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce livre. J’aime la manière dont l’auteure mêle sujets sérieux, voire graves, et légèreté. L’humour permet de mettre du baume là où on en a le plus besoin. Là où ça fait vraiment, vraiment mal. La dépression, le suicide, c’est quand même du lourd. Mais je me suis bien marrée pendant ma lecture.

Marian Keyes a vraiment le don de parler de choses graves de manière légère, en dédramatisant, en présentant les faits de manière calme, sans pathos. Oui, la dépression est une réalité. Mais il y a des solutions: l’amour (maternelle, familial, ou l’amour passionnel), le travail, les médicaments, la psychothérapie.

Et il y a aussi la vie, qui continue, vaille que vaille.

Je pense que je vais me plonger dans les histoires des autres soeurs Walsh très bientôt.


Marian KeyesL’auteure: Marian Keyes est irlandaise, et considérée comme la mère de la chick lit (littérature pour nanas). Née en 1963, elle publie son premier roman, Watermelon, en 1995.

C’est suite à de nombreux épisodes de dépression et d’alcoolisme qu’elle prend la plume. Elle a publié 12 livres traduis en 36 langues.

Son dernier opus est un livre de recettes. Après une dépression sévère, Marian Keyes s’est lancée dans l’art culinaire, ce qui lui a permis de remonter la pente. Elle partage cela dans ce dernier opus.

Vous pouvez en apprendre plus sur son site: http://www.mariankeyes.com/home


Pour aller plus loin:

Visitez la page consacrée au roman sur le site de Marian Keyes (en anglais):  http://www.mariankeyes.com/books/the-mystery-of-mercy-close

 

 

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7 réflexions sur “Le Mystère de Mercy Close, Marian Keyes

    1. Tu as lu beaucoup de ses livres? Je dois avouer que pour moi, c’est une très agréable découverte. J’y suis allée au petit bonheur la chance, et si j’avais du payer pour ce livre, je ne pense pas que je l’aurais pris car la couverture (que ce soit l’illustration ou le résumé) ne me font pas vraiment envie. Et pourtant!!!

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