Lolita – Vladimir Nabokov, 1955

Lolita – Vladimir Nabokov, 1955

Lolita. Trois syllabes qui roulent sous la langue. Un mythe, un classique.

On connait tous l’histoire, ou du moins la ligne directrice: une jeune fille (très jeune) qui séduit un homme. Un homme d’âge mur.

On connait tous le complexe qui porte son nom: le complexe de Lolita, soit les hommes attirés par des jeunes femmes (jeunes filles, à vrai dire) beaucoup plus jeunes qu’eux.

Il y a eu des films, il y a eu la chanson. Lolita fait partie de notre inconscient collectif. Lolita m’attirait et me faisait peur en même temps. Un livre acheté un soir dans une rue de Pékin, à côté d’un petit barbecue de rue. Lolita, tu sens le roussi…

Un joli livre, ni trop épais ni trop court, à la couverture blanche évoquant l’aveuglant soleil d’été. Et au milieu, une apparition: cette jeune fille qui lit dans l’herbe sans se soucier de ce qui l’entoure, sure d’elle, et n’ayant besoin de personne.

Dire que j’ai mis du temps à l’ouvrir serait un euphémisme: j’ai mis des années! Mais finalement je t’ai lu, Lolita.


L’histoire:

L’été de ses 12 ans, Humbert Humbert rencontre la jolie Nancy, son premier amour. Cette romance d’enfance le marque à jamais, d’autant plus que Nancy meure. H.H. n’aura donc jamais l’occasion de finir cette histoire. Depuis, il est attiré par les jeunes filles lui ressemblant, qu’il appelle des « nymphettes ». Il leur confère un caractère spécial, une appartenance démoniaque que lui seul peut déceler. Ce caractère si spécial est aussi éphémère: il apparaît juste avant la puberté et disparaît autour du 15è anniversaire.

H.H. est conscient de cette attirance contre nature et fait tout pour ne pas céder à ses pulsions. Pour se satisfaire, il regarde les nymphettes de loin, cela lui suffit.  Il se marie même. Tout ça ne marche pas vraiment.

H.H. habite en France, mais un beau jour il est appelé aux Etats-unis pour gérer l’héritage que lui laisse un oncle distant. H.H. vient de divorcer de son alibi de femme. Il n’a rien à perdre, il y va. Par un concours de circonstances rocambolesque, il se retrouve à résider chez Mme Haze, Charlotte de son prénom, veuve et mère de la jeune Dolorès, dite Lolita.  Bam. Lolita est le sosie craché de Nancy. H.H. est sous le charme, mais se controle. On comprend tout de même que Lo lui fait un peu du gringe, plus par jeu que vraiment sérieusement. Lui est au paradis et en enfer en même temps.

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Tout irait très bien si Charlotte ne s’était pas éprise d’Humbert. Alors qu’elle conduit sa fille en camps d’été, elle lui lance un ultimatum: épouse-moi ou pars. H.H. décide de l’épouser afin de pouvoir rester auprès de sa chère Lolita. Il fait vraiment un effort pour apprécier Charlotte, essayant même d’évoquer la nymphette qu’elle put être lors de sa jeunesse pour honorer ses devoir matrimoniaux. Cela marche plus ou moins. Charlotte est folle d’Humbert.

Jusqu’au jour où elle découvre le pot aux roses. Dans un accès de colère, elle écrit des lettres dénonçant son mari incestueux et part les poster. Sauf qu’elle se fait renverser, et meurt. Oh drame… Oh joie! pour Humbert: il n’y a plus d’obstacle entre lui et sa chère Lo. Il part la chercher en camps de vacance et l’emmène pour un road trip de deux ans. Elle lui saute dessus, et il ne resistera pas, malgré ses bonnes intentions de ne pas la souiller.

Ils iront d’hôtel en motel, d’Etat en Etat. Il l’adore. Elle est une peste, consciente de son pouvoir sur lui. Elle s’en fout un peu. Elle est chiante. Il lui apprend le tennis. Il lui explique qu’elle ferait mieux de ne pas révéler leur petit secret à qui que ce soit.

Ils s’installent pendant un an à Beardsley, une école pour jeunes filles. Lolita a un peu plus de liberté, mais Humbert lui tient quand même la vis serrée. Mais il sent qu’elle lui échappe. Elle a des copines. Que leur raconte-t-elle? Elle ment pour sortir. Elle fait du théâtre. Et si elle voyait des garçons? Le pauvre H.H. n’en peut plus. Finalement ils reprennent la route.

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Lolita – Adrian Lyne, 1997

Une mystérieuse auto les suit… Et un jour Dolorès disparaît. H.H. est fou de douleur. Il se met avec Rita, une paumée rencontrée un soir dans un bar. Une bouée de sauvetage. Une bonne âme qui ne le laissera pas tomber. Quelques années plus tard, il reçoit une lettre de sa belle-fille, demandant à son cher papa de bien vouloir lui envoyer quelques dollars. Elle est mariée, enceinte, et ils sont vraiment dans le rouge. Merci bien, cher papa.

Ni une ni deux, H.H. quitte Rita et part chercher Lola. Il veut tuer le salopard qui l’a enlevée à lui des années plus tôt. Mais Dolly est mariée à un honnête gars, qui a ramené de la guerre une surdité précoce. Elle finit par lâcher un nom, celui de l’auteur de la pièce dans laquelle elle jouait à Beardsley. Son seul vrai grand amour. « Et moi? », lui demande son papa. Lolita de lui répondre qu’il n’était qu’un amusement pendant toutes ces années. H.H. tombe de haut, lui qui s’était fait tout beau pour ces retrouvailles.

Humbert va retrouver ce type, et lui loger plusieurs balles dans le corps lors d’une scène finale des plus intense. On comprend qu’il est arrêté alors qu’il zigue-zague sur la route en quittant la demeure de l’ artiste pervers. Humbert Humbert meure en prison. THE END.


Mon avis:

Lolita je t’aime moi non plus.

Le style de l’auteur est clairement lyrique. Sa maîtrise des mots est enchanteresse, mais lourde. On est dans la tête d’un psychopathe et ça se sent. La capacité de l’auteur à nous faire ressentir toutes les contradictions d’Humbert Humbert est captivante. Pour la même raison elle est dérangeante. Il y a une note explicative à la fin du livre qui est plus que bienvenue. L’auteur explique que son livre a dérangé car il n’y a pas de « bons » personnages. Qu’il ne fallait chercher à analyser l’oeuvre. Qu’il avait seulement dépeint une situation donnée.

La narration est intéressante: la confession d’un criminel, Humbert, à son avocat. Il y a même une « note » du dit avocat au début. Le narrateur prend régulièrement le jury à parti, leur demandant d’examiner tel acte, tel trait de caractère, telle réaction. Le lecteur se retrouve donc dans la peau d’un juré, à devoir décider de la culpabilité de l’accusé.

On s’attache à H.H., à ses manières raffinées qui clashent avec celles des habitants du nouveau monde. A son côté lettré, délicat. On se reconnait dans ses efforts pour être « comme il faut » en société, coller à un modèle, une image qui soit décente. Sa colère est sourde, son désir ne pourra jamais être satisfait. En même temps c’est un pervers manipulateur, et dans toute sa contradiction, un amoureux éperdu.

Charlotte incarne la maturité honie, la déchéance du corps et du bon goût. Humbert Humbert est un homme beau, qui a beaucoup de classe et qui prend soin de sa personne.  Lolita s’oppose en tout à sa mère, mais on devine qu’au fond, elles se ressemblent fort, physiquement et mentalement.

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On a pitié d’Humbert sur la fin. Même lorsqu’il revoit Lolita enceinte, ayant définitivement quitté le statu de nymphette, Humbert reste éperdument amoureux d’elle. Le pervers est devenu un amoureux transi, non plus épris d’un corps, d’un physique si particulier, mais d’une personne.

Lolita, j’avais du mal à m’arrêter le soir, lorsque mes yeux se fermaient malgré moi. J’avais du mal à reprendre ma lecture le soir suivant. rentrer dans le style lourd m’ennuyait, pourtant en quelques seconde j’étais prisonnière des mots.

Le tour de force de Nabokov, c’est aussi d’évoquer l’érotisme sans jamais verser dans la pornographie, d’évoquer la fureur des amants de manière subtile et raffinée. Une maîtrise des mots spectaculaire, qui évoque d’abord l’obsession du narrateur, puis la folie dans laquelle il glisse doucement. C’est juste beau.

Je voulais lire ce livre car c’est un classique. Cependant, malgré toutes ses qualités, il fut un peu difficile à « digérer ». Une pièce montée au chocolat amer.


L’auteur: Vladimir Nabokov

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« Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre, où j’ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne. Je suis venu en Amérique en 1940 et j’ai décidé de devenir citoyen américain et de faire de ce pays mon foyer. »

Voici qui résume à merveille le parcours hors du commun de cet homme né à Saint Petersbourg en 1899. Sa famille quitte la Russie alors que les bolchéviks arrivent au pouvoir, séjournant dans plusieurs pays européens. Nabokov émigre avec sa famille aux Etats-unis en 1940, et écrira à partir de ce moment là en anglais. En 1945, il sera naturalisé. Lolita, roman controversé, lui apporte la célébrité.


Produits dérivés:

En psychologie, le fameux complexe de Lolita désigne les hommes attirés par les très jeunes femmes.

Deux films ont été tirés de l’oeuvre de Nabokov: en 1962 par Stanley Kubrick et en 1997 par Adrian Lyne. En France, c’est le titre de la chanson phare de la jeune Alizée.

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5 réflexions sur “Lolita – Vladimir Nabokov, 1955

    1. C’est pour ça que j’ai mis si longtemps à l’ouvrir, ce satané bouquin! La note de l’auteur à la fin du livre, qui dit qu’il n’y a aucune leçon à tirer de son oeuvre, que c’est juste la description d’un fait, m’a beaucoup aidée à prendre du recul. Ca arrive, et c’est tout. Pas de jugement.

      J'aime

  1. Je pense que l’oeuvre de Nabokov lui a totalement échappé et l’intérprétation d’un drame passionnel faite par la majorité des lecteurs est très révélatrice de notre époque.

    En réalité Humbert Humbert est ce qu’on appelle « un narrateur menteur ». On ne peut pas se fier à ce qu’il raconte : il justifie ses crimes en essayant de démontrer que c’est la petite fille qu’il agresse qui est en fait son bourreau (ce que tu rapportes : « Elle est une peste, consciente de son pouvoir sur lui »). Malheureusement pour Nabokov, la société ayant tendance à douter des victimes, les lecteurs tombent en plein dans le panneau et s’identifient plus à Humbert Humbert qu’à la pauvre gamine qui se retrouve prisonnière d’un pédophile et tente de survivre comme elle peut.
    C’est pour ça que le roman est dérangeant! En fait, on adhère au discours de Humbert alors qu’on devrait en être absolument dégoûtés : on est tellement habitué à l’interrogation perverse « mais peut-être a-t-elle un peu cherché ce qui lui est arrivé? » qu’on accepte d’analyser si oui ou non elle l’a cherché… et par là qu’on accepte de se mettre du côté de l’agresseur.

    J’ai trouvé ces deux articles très intéressants sur l’interprétation erronée de Lolita comme une séductrice langoureuse alors qu’elle est en fait le portrait type d’une jeune victime d’un prédateur :
    http://www.prostitutionetsociete.fr/cultures/divers/l-eternel-detournement-de-dolores?lang=fr
    https://screenqueens.wordpress.com/2013/11/19/hey-lolita-hey-a-critical-comparison-of-stanley-kubrick-vs-vladimir-nabokov/

    Aimé par 1 personne

    1. D’une manière ou d’un autre, ce commentaire si intéressant était parti dans les spams!
      Merci pour cette belle analyse, et OUI je suis tout à fait d’accord, tu as mis le doigt dessus: un gros menteur!
      Dans tous les cas, même en étant attiré par une gamine, et même si la gamine en question se jette sur lui… C’est lui l’adulte, il doit faire le choix moral de renoncer. Et il sait que c’est « mal », puisque pour vivre cet « amour », il part en cavale ou séquestre Lolita.
      Je m’en vais lire les liens que tu proposes. Merci beaucoup!

      J'aime

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