Complément Affectif (Suppli – サプリ), Okazaki Mari – 2004/2010

Complément Affectif (Suppli – サプリ), Okazaki Mari – 2004/2010

Complément Affectif, volume 1, Mari OkazakiComplément Affectif est l’un de mes mangas préférés. Ses dix tomes m’ont accompagnés dans ma vie d’universitaire, puis de jeune travailleuse.

C’est une série qui me paraissait une valeur sure lorsque je l’ai commencée, car j’avais déjà lu des one-shot de l’auteure, Mari Okazaki. Ces volumes m’avaient beaucoup plu, tant au niveau esthétique que des thèmes abordés. La plupart d’entre eux avaient pour cadre le lycée.

Cependant, l’intrigue de Complément Affectif se place dans le monde du travail et suit une jeune femme en début de carrière. L’identification n’en n’a été que plus aisée.

En mûrissant, je me suis désintéressée des mangas de super-héros par lesquels j’avais commencé au lycée, pour leur préférer des histoires ancrées dans la réalité.

Voici les très belles couvertures des différents tomes – dix, plus un « bonus »


Sens de lecture: Les japonais lisent de la droite vers la gauche, contrairement à nous. Il faut donc prendre le livre « par la fin » et lire les pages de la droite vers la gauche, et de haut en bas.


L’histoire: [Je vais faire court, car cette lecture remonte à des millions d’années!]

Minami Fujii a 28 ans. Elle travaille d’arrache-pied dans une boite du pub au Japon. Concrètement, ça veut dire pas de vie. D’ailleurs elle est célibataire (enfin elle a plaqué son amoureux de fac, avec qui elle restait par habitude). Elle a tout de la jeune femme japonaise parfaite: un rien timide, assez naïve, fait des courbettes à ses supérieurs et prend beaucoup sur elle. Mais elle est très douée dans son domaine.

On va suivre son évolution dans sa vie professionelle, qui se mêle intimement à sa vie personelle puisque ses collègues deviennent ses ami(e)s, et qu’elle rencontrera l’amour.

Minami Fuji et ses copines du bureau au resto, après une dure journée de labeur
Minami Fuji et ses copines du bureau au resto, après une dure journée de labeur

Son cercle d’amies sera représentatif des différents modèles de féminité au Japon: une secrétaire sans opportunité de carrière qui passe par un mariage arrangé pour gagner un status; une supérieure qui fut (est encore) belle, mais très caractérielle; une artiste qui vit une relation à contre-courant avec un homme plus jeune qu’elle… Et quelques amis masculins aussi, qui viennent étayer cette jolie galerie de personnages.

Les personnages secondaires sont aussi très réussis et apportent encore une nuance à la peinture qu’Okazaki fait de la société japonaise. Je pense notamment à la jeune mannequin qui se suicide après une déception amoureuse.

L’éthique du travail au Japon, le monde de la pub (et tous ceux qui gravitent autour), les relations entre femmes, et les relations amoureuses sont les thèmes abordés dans ce manga.


Mon avis: Comme dit plus haut, il s’agit de l’un de mes mangas préférés.

Le coup de crayon onirique d’Okazaki est un plaisir pour les yeux. Onirique et tout en finesse… Je ne m’en lasse jamais. La nature est toujours très présente dans ses dessins. Une liane par ci, une fleur par là.

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Délire onirique de la mangaka, qui pose ses personnages féminins en kimono dans la nature.

Les thèmes abordés me parlent (ou me parlaient lorsque je l’ai lu): faire ses preuves au boulot, la recherche du grand amour, la gestion des relations de travail, et enfin la découverte du monde de la pub (glamour, mais pas tant que ça finalement).

Un manga clairement inspiré par l’expérience dans la pub de la mangaka, Okazaki Mari, et qui sonne donc très juste.

Fuji et son ténébreux amoureux
Fujii et son ténébreux amoureux

La réussite au travail et la recherche amoureuse de Mademoiselle Fujii sont bien sur façonnés par la société dans laquelle elle évolue, mais je pense que toutes les jeunes femmes peuvent se retrouver dans son portrait. Elle a beaucoup de doutes, elle est naïve, mais elle fait de son mieux.

Ses aventures amoureuses, d’abord avec un grand blond dont je ne me souviens plus du nom (mais à mon avis il y a une raison, je n’aimais pas le personnage), puis avec un photographe, ne sont ni mièvres, ni enjolivées. A chaque fois, il y a des obstacles, tant de leur côté que du sien, pour arriver à se trouver.

D’ailleurs, la fin du manga est très belle je trouve, même si très surprenante (je n’en dirai pas plus). Fujii fait un choix qui va à l’encontre de la société bien pensante japonaise. Elle se débarasse enfin de ce carcan pour s’autoriser à être, tout simplement.


L’auteure: mari-okazakiOkazaki おかざき Mari 真里 (au Japon le nom de famille vient en première place, le prénom de la mangaka est donc Mari 真里), née le 15 juin 1967 à Nagano au Japon (48 ans).

Elle a commencé à dessiner très tôt, et à participer à des concours. Elle fait les beaux-arts de Tama avant de commencer sa carrière dans une agence de pub (Complément Affectif est donc un manga très autobiographique).  Elle conciliera pendant quelques années ses carrières dans le manga et dans la pub, avant de se lancer à 100% en tant que mangaka en 2001.

Vous pouvez suivre Okazaki Mari sur Twitter ou vous ballader sur son site (tous deux en japonais).


Produits dérivés: Comme tout manga à succès, Complément Affectif a été adapté en une mini série au Japon. Les critiques que j’ai lu disent que la série est plutôt moyenne, je ne l’ai donc pas regardée (enfin, pas encore, car je suis quand même bien curieuse de voir ce qu’ils ont fait de mon manga favori!).

De plus, l’histoire semble avoir été changée, d’après les résumés.

Suppli
Suppli

Edito: j’ai regardé le premier épisode, qui m’a moyennement emballée. Comme je m’étais presque ennuyée (c’est un peu poussif, l’humour est un peu lourd, c’est presque cousu de fil blanc), j’ai juste regardé la fin du dixième et dernier épisode, et c’est bien ce que je pensais. L’intrigue a été complètement changée, car Melle Fujii finit avec Ishida – qui n’est qu’une pâle copie de l’Ishida du manga, de toute manière. Bref, je ne recommande pas du tout la mini-série! Quelle déception!

Si vous voulez quand même tenter l’aventure, voici le premier épisode, sous-titré en anglais (mais encore une fois, ne jugez pas l’oeuvre originale là dessus, car ce mini-drama lui fait carrément du tort):



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28 réflexions sur “Complément Affectif (Suppli – サプリ), Okazaki Mari – 2004/2010

    1. Oui, et malheureusement sous nos latitudes, les mangas ont une image tres « ado », donc pas facile de trouver quelque chose de ce style. On trouve plus des histoires qui se passetn au college/lycee, avec des super heros ou des combats d’art martiaux. Ou alors des gens au destin exceptionel, genre yakuza ou super star. Donc Complement Affectif fait vraiment figure d’ovni, au millieu de tout ca!

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    1. Si tu arrives à le trouver (à la Fnac peut-être), feuillète le premier volume, pour voir si ça te plait. Comme dit plus haut, ce genre de manga ancré dans la réalité est très rare hors du Japon. Pour moi c’est une bonne BD avec des perso attachants, et surtout de beaux dessins.

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    1. hum, oui c’est vrai que c’est un investissement! Comme j’ai acheté cette série au fur et à mesure des parutions, donc sur plusieurs années, ça ne m’a pas semblé si cher… mais je crois que c’était autour de 13 euros/volume. Sinon il y a aussi l’option « je bouquine à la Fnac », très pratique quand on a un budget serré 😉

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  1. Ce manga est sublime. Je l’avais commencé lors de sa sortie… mais j’avais arrêté. Je l’empruntais et j’ai dû arrêter… jusqu’à l’année dernière où je l’ai découvert dans ma médiathèque !! j’étais heureuse de pouvoir enfin le finir.
    Mari Okazaki a un trait que j’aime particulièrement. C’est frais, léger, aérien laissant place à la lumière. C’est un dessin ouvert sur le monde.
    Et puis il y a ses scénarios… je regrette que peu d’oeuvres nous oient arriver. Les publications françaises étaient certainement un peu trop en avance sur leur temps.
    Les manga pour femmes adultes sont arrivés plus tard et cela reste un petit marché. Mais je suis contente que des titres excellents nous arrivent enfin !

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      1. Cela m’a donné de l’espoir pour les femmes actives japonaises !
        Ce manga raisonne de façon personnelle. J’ai deux amies femmes japonaises dont une qui m’est très précieuse par le lien qui nous lie.
        Elles m’ont raconté des choses sur leur vécu et ce manga le raconte très bien.
        L’une d’elles a failli payer de sa vie pour avoir donner tout ce qu’elle avait à son travail. Les hommes lui ont fait payer très cher son ambition.
        Voir cette fin m’a fait monter les larmes aux yeux. Pour moi ce manga est un acte de rébellion pour toutes ces femmes qui veulent être autre chose que ce que la société veut qu’elle soit, j’adore !!!

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        1. Effectivement, Melle Fujii, qu’on pourrait prendre au premier abord pour une femme soumise voire servile, a en fait en elle une très grqnde force, qui se révèle lorsqu’elle doit faire un choix. Moi aussi j’ai adoré la fin!
          La société japonaise, avec ses codes rigides, laisse malheureusement peu de place à la créativité et à la différence. L’histoire de ton amie le prouve… faire carrière, mais pourquoi, lorsqu’on pourrait se marier? …

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        2. oui c’est exactement cela, réduire la vie de la femme à celle de trouver un mari et bien sûr vivre par son intermédiaire.
          Cette vision archaïque a été largement renforcée au Japon par les USA après l’invasion de 1945…
          Mais la femme japonaise est très forte !!!
          D’ailleurs si le Japon veut faire face à son avenir il doit prendre en compte les femmes et les cajoler… ce qui semble être en train de se passer.
          Si le gouvernement japonais veut que les femmes fassent des enfants, il va falloir leur permettre de concilier leur vie professionnelle et personnelle !

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  2. J’ai enfin pu emprunter la fin à la médiathèque, à part le tome épilogue qu’il n’avait pas 😦
    J’aime beaucoup aussi le trait de Mari Okazaki, il est très féminin et mature je trouve. La fin du tome 10 m’a vraiment plu, c’est tellement réaliste !
    C’est clair qu’on ne voit plus beaucoup de Josei dernièrement, ils se comptent sur les doigts de la main. C’est pourtant agréable de voir la vie de femmes actives, parce qu’au bout d’un moment les intrigues lycéennes… Ils avaient commencé à publier « Piece of cake » de George Asukara, mangaka que j’adore avec ses personnages aux réactions réalistes mais ils ont arrêté la publication au tome 2 parce que ça ne se vendait pas bien :S

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    1. Oui moi aussi ça me gave, ces histoires de coolège/lycée… J’ai passé l’âge 😉
      Effectivement les dessins d’Okazaki m’ont tout de suite conquise. Un monde onirique, mais réaliste. j’ai pratiquement lu TOUS ses mangas édités en français (plus quelques uns en anglais en version scan), et les histoires sont justes et touchantes. Un petit peu de fantqstique ici et là, beaucoup de poésie, et toujours des histoires qui sonnent juste. Bref, je suis conquise!

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  3. Le dessin a l’air vraiment sympa, beaucoup plus travaillé que dans Vague à l’âme ou s’est moi ? En tous cas, la série pourrait me plaire je pense, quoi que je n’arrive pas à trop à accrocher aux Josei tout de même. Je lui donnerais une chance si je tombe dessus un jour ^^

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    1. Tout à fait, le dessin est beaucoup plus abouti et travaillé. Vague à l’âme, c’est une oeuvre de jeunesse, et ça se sent. Elle devait vraiment être déprimée à ce moment là, pour nous pondre un truc pareil!
      Mari Okazaki a écrit plein de one shots, comme BX, Cocoon ou Déclic amoureux. Il y a aussi « Après l’amour, la sueur des garçons a l’odeur du miel » (tout un programme!) et une petite nouvelle érotique dont je n’arrive pas à me souvenir du nom.

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        1. Oui effectivement! C’est même dommage que tu aies commencé par ce volume, car il ne rend pas justice au travail d’Okazaki dans l’ensemble. Peut-être que la copine qui te l’a filé en a d’autres à te prêter? Sinon ça se trouve en scan je pense.

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        2. Elle me l’a offert parce qu’elle voulait s’en débarrasser ^^ Je ne sais pas, il faudrait que je regarde a la médiathèque, il doit y en avoir d’autres. Et je ne lis pas de scans, par principe en fait :S Je préfère mettre entre 7 et 13€ dans un bon manga, et soutenir autant les maisons d’éditions que les auteurs 🙂

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  4. Je ne connais pas du tout, mais j’ai très envie de découvrir cette série. Les graphs ont l’air magnifiques. Je suis pourtant plus branchée seinen généralement, mais cet article m’a donné l’eau à la bouche 🙂 je chercherai ce manga.

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    1. Oui, les dessins sont sublimes. La force de cette série, c’est justement d’être très ancré dans la vie réelle. la nana est employée dans une grande boite, comme pas mal de gens « normaux ». C’est pas une super héroine, il ne lui arrive pas des trucs de ouf, juste la vie. L’histoire a de nombreux rebondissements, les personages sont attachants… Pour moi c’est une formule gagnante!
      Si tu préfères, mari Okazaki a aussi fait plein de one shots, dont BX 9sur la boxe) et Cocoon. Ce sont ceux par lesquels j’avais commencé. Mais les héroïnes sont des lycéennes, à chaque fois. Aussi « Après l’amour la peau des hommes a l’odeur du miel » (ou un truc du style), avec une héroïne adlute et une autre ado, et un peu plus sexy. Toujours très ancré dans la vie réelle.

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